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«Les Hauts-Parleurs»: Allo? Y'a quelqu'un?

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Je l'ai déjà dit. Je crois que Sébastien David a beaucoup, beaucoup de talent. Il le prouve de nouveau avec sa plus récente pièce, Les Hauts-Parleurs, présentée au Théâtre Denise-Pelletier. Que ce soit comme comédien dans Ce samedi il pleuvait d'Annick Lefebvre ou comme dramaturge avec Les Morb(y)des que j'ai vu au Quat'Sous en 2013, Sébastien David crée des univers et nous siphonne à l'intérieur.

Trois personnages sur scène dans cette nouvelle pièce. Le voisin (Richard Thériault), un vieil homme solitaire compositeur de musique électro-acoustique, le jeune garçon (Guillaume Gauthier), qui vient de déménager avec son père dans cette petite ville dont le paysage urbain est dominé par l'ombre d'une immense cathédrale et Greta (Marie-Hélène Bélanger), perdue et démunie, l'un de ces personnages chers à Sébastien David pour qui les gens de peu de mots ont autant de choses à dire et à nous apprendre que les intellectuels.

La mise en scène, également de Sébastien David, est pleine de vie et d'inventivité. Une structure de bois qui s'allonge ou rapetisse au besoin en constitue le principal élément. Les comédiens bougent beaucoup et occupent tout l'espace de ce qui leur est imparti dans la Salle Fred-Barry. Les éclairages de Martin Sirois viennent à point nommé mettre l'accent sur un état d'âme ou une émotion et sont une véritable réussite. Et surtout, il y a cette histoire d'une incroyable richesse et d'une étonnante complexité qui nous est racontée en l'espace d'une heure. Ça, madame, ça s'appelle la maîtrise de l'écriture.

hauts parleurs

Car au début, lorsque le jeune garçon s'introduit chez le voisin et casse par inadvertance un bibelot représentant un enfant de chœur et que ce voisin surgit armé d'un bat de baseball, on ne sait pas trop de quoi il s'agit ni où ça s'en va. Le génie ici c'est que c'est follement intéressant, qu'on veut absolument savoir de quoi il retourne et ce qui va se passer. On découvre petit à petit le désarroi de ce garçon qui a dû abandonner sa mère et suivre son père dans cette nouvelle ville, l'immense solitude de ce vieil homme en butte à de fausses rumeurs et à des attaques d'adolescents désœuvrés qui n'ont rien de mieux à faire que de le prendre comme bouc-émissaire et la façade affichée par Greta, la jeune fille qui va devenir l'amie du jeune homme, et qui attend désespérément son beau Jason parti en vacances dans le Maine avec ses parents.

C'est Greta qui va nous livrer un de ces monologues dont Sébastien David a le secret, une volée de bois vert verbal à la fois très drôle et tragique. J'avoue que j'en aurais pris davantage, mais je sais aussi que l'auteur veut probablement éviter d'être étiqueté uniquement comme le-gars-qui-écrit-des-monologues-percutants. Car ce qu'il nous propose ici est une magnifique réflexion sur la passation de la connaissance et du savoir, sur l'amitié intergénérationnelle, sur le bonheur et parfois la nécessité pour un adolescent de connaître un mentor qui saura le guider et lui faire comprendre un peu la vie. Le voisin dit au jeune garçon que l'accès au Sacré peut passer par autre chose que la religion. Qu'il ne s'agit en somme que de trouver notre propre notion du sacré et d'y croire. Mais aussi que le sacré d'avant, comme le son des cloches de la cathédrale, peut nous être utile dans cette quête. Et c'est cette recherche, nous dit Sébastien David, qui nous permet de mettre de l'ordre dans le chaos. Ce texte est desservi par de très bons comédiens et Richard Thériault est particulièrement touchant dans son incarnation du compositeur qui aime toujours Vivaldi, mais qui cherche encore et toujours autre chose dans l'univers de la musique, métaphore pour l'existence où trop de gens renoncent parce que c'est difficile de chercher.

Il y a une scène bouleversante à la fin de la pièce qui fait état des cœurs brisés et des enfants de chœur (ou de cœur), qui oppose la bonté et la compréhension à l'ignorance et à la mesquinerie, ignorance et mesquinerie (dont Greta assume la démonstration) toutefois excusables dans une certaine mesure. Mais il y a surtout l'espoir qui se pointe et la certitude que, oui, on peut changer le cours d'une vie en écoutant et en répondant avec les mots qu'il faut. Cet héritage-là, transmis par le voisin au jeune garçon, personne ne peut le leur enlever. Et c'est cela la beauté, et c'est cela qui nous reste après Les Hauts-Parleurs.

Les Hauts-Parleurs : une production du Théâtre Bluff présentée au Théâtre Denise-Pelletier jusqu'au 21 novembre 2015.

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