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<em>La concordance des temps</em> fait du bien à l'âme

08/12/2013 06:03 EST | Actualisé 07/02/2014 05:12 EST

Je vous parle ici d'un spectacle qui fait du bien à l'âme. La concordance des temps, c'est l'histoire d'une rupture, jouée avec les deux points de vue, souvent contradictoires, de l'homme et de la femme, mais avec un souci de la nuance exprimé dans le langage, la gestuelle, le décor, la musique qui transporte le spectateur et lui procure une expérience unique.

Sur scène, Évelyne de la Chenelière et James Hyndman. Ce texte a d'abord été un roman de madame de la Chenelière adapté et mis en scène avec beaucoup de finesse, de talent et de sensibilité par Jérémie Niel. La musique de Thomas Furey est parfaite et scande les étapes de cette relation dont on suit pas à pas la désintégration. Mais davantage qu'une autopsie, c'est une résonnance magnétique dans le sens médical du mot, qui se produit sous nos yeux. Bien sûr qu'ils s'aiment ces deux-là. Elle est toujours à l'heure, il est souvent en retard. Il est traducteur et pour lui le langage sert à comprendre et à cerner les remous du monde alors que pour elle, ce même langage ne constitue pas un élément stabilisateur. Sa vision du monde à elle est floue, hors focus, celle de son compagnon se veut plus rationnelle, mais elle est, somme toute, également approximative.

Le texte alterne entre le lyrisme poétique et des considérations de tous les jours, chevauchant la gravité et la légèreté dans un même envol. Le couple a des rêves communs et l'auteur se sert d'une belle métaphore, celle de bergers allemands qui poursuivent des oiseaux dans le ciel et qui tachent de giclées de sang le coucher du soleil déjà embrasé de couleurs violentes. Mais ces rêves communs ne seront pas suffisants pour les souder à jamais.

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Crédit photo: François Gélinas

Il existe une complicité manifeste entre Évelyne de la Chenelière et James Hyndman. Une connivence qui contribue à cette fusion entre l'idéal et le réel exprimée dans le texte et qui, dans leur couple, est détruite par une suite de petits désastres tout-puissants. Ces deux personnages demeurent également énigmatiques, comme nous le sommes parfois pour nous-mêmes et pour les autres, mais je vous jure qu'on ne peut résister à cette captivante invitation à un voyage terriblement familier, mais aussi plein d'une inquiétante étrangeté.

Il n'ya pas vraiment de raison, de cause profonde, à leur rupture. La vie, tout simplement, qui fait bifurquer un parcours qui se serait voulu lisse et qui se révèle soudainement abrupt et plein d'aspérités. Lui veut un enfant, pour l'amener à la plage, car sinon pourquoi faire des enfants si ce n'est pour les amener à la plage? Elle, raconte ce souper entre amis où on évoque des vacances passées en Corse et le goût délicieux du gigot d'agneau. Elle parlera aussi de deuils qui ont marqué sa vie. Sur la scène dépouillée de l'Usine C, leurs deux ombres chinoises projetées sont aussi élusives que les sentiments et les émotions dont ils veulent se saisir et garder prisonniers.

C'est un spectacle planant, irrésistible, exquis dont la séduction s'exerce à plusieurs niveaux. Je crois pouvoir dire que le lien émotif, cette entente secrète et idéale que l'on cherche avec un partenaire, Évelyne de la Chenelière l'a trouvé avec son public grâce à cette surimpression entre passé et présent qui laisse aux fantômes l'opportunité de revenir.

La concordance des temps est présentée à l'Usine C jusqu'au 13 décembre 2013

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