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Koalas: ils ont des griffes

13/10/2014 09:41 EDT | Actualisé 13/12/2014 05:12 EST

Félix-Antoine Boutin, dont le plus récent texte, Koalas, est présenté au Théâtre d'Aujourd'hui, possède un indéniable talent. Mais je revendique le droit (en fait, je me l'arroge) de discuter la forme qu'il choisit pour exprimer ce talent. Pour moi, Koalas, et bien qu'il y ait des moments formidables dans ce spectacle, ne fonctionne pas. En fait, ça m'a rappelé les Nouveaux romans français que je devais me taper à l'Université dans mes cours de littérature. À part Nathalie Sarraute (que j'aime toujours lire d'ailleurs) les autres me laissaient froide comme une banquise.

J'ai tout de même ri de bon cœur pendant le spectacle, certaines trouvailles m'ont étonné et ravi mais le résultat final m'a semblé complètement déjanté; j'ai perdu le fil conducteur (à moins qu'il n'y en ait pas eu de toute façon) et, franchement, je n'ai pas vraiment compris où l'auteur voulait en venir avec tout cela.

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Le texte, dans sa quasi intégralité, est au conditionnel (je vous parlais de Nouveau roman...), une technique efficace pour suggérer les possibles, les avenues qui s'ouvrent et s'offrent aux protagonistes. Cela permet aussi d'établir une distance entre soi et soi. En parlant ainsi, les personnages s'observent, s'analysent, se regardent agir et se jugent. Mais.

Au départ, les cinq personnages jouent de façon distanciée dans des situations plutôt réalistes : un anniversaire, un enterrement. Mais on s'aperçoit bien vite qu'il y a une bonne dose d'étrangeté dans tout cela, que le discours presque normal dissimule en fait des abîmes d'absurdité. Il y a du Ionesco là-dedans, du Théâtre de la cruauté aussi avec ces Paul, Philippe, Marie, Julie et Tom qui tentent désespérément de donner le change alors qu'ils sombrent tous plus ou moins dans le délire et la folie. Ils s'aiment, ils se trahissent, ils se mentent, ils ne s'aiment plus, ils se réconcilient, tout recommence et la mort est la seule issue.

Tout ça est émaillé de références à la culture populaire, de Madonna à Françoise Hardy et de Tina Turner au thème du film de James Bond You only live twice chanté par Nancy Sinatra (1967). Il y a aussi des orignaux, des licornes, un koala (ou ce qui en tient lieu), des pommes, une fille qui porte un sac de plastique sur la tête, un personnage qui passe une audition pour exister, du méta avec des indications de mise en scène et du texte projeté en arrière-scène. Bref, un joyeux, et pas inintéressant, salmigondis qui m'a amusé tout en me faisant me demander où tout cela voulait s'en aller.

Et les koalas là-dedans? Au début, avant que le spectacle ne commence, un discours enregistré et diffusé en boucle nous informe sur les mœurs reproductrices des koalas. La phrase Pendant l'époque de la reproduction, on aboie beaucoup revient deux fois de suite à chaque répétition du discours. Bon. Je me suis laissée dire aussi que le titre de la pièce réfère au fait que les koalas, tout mignons qu'ils soient, s'agrippent avec leurs griffes à leur partenaire et que ça ne fait pas de bien du tout. Une métaphore pour l'amour qui blesse, pour la difficulté rencontrée dans les contacts intimes, j'imagine.

En fait, plus je vous en parle, et plus j'ai l'impression d'avoir, ultimement, aimé ce texte singulier, ce spectacle original et excentrique. C'est peut-être cela le plus grand talent de Félix-Antoine Boutin : se glisser insidieusement dans votre tête et vous faire apprécier quelque chose pour laquelle vous ne vous sentiez aucune affinité....

Crédit photo : Nans Bortuzzo

Koalas : à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui jusqu'au 25 octobre 2014.

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