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Hypno

25/03/2013 10:31 EDT | Actualisé 25/05/2013 05:12 EDT
Courtoisie

J'aime les magiciens et hypnotiseurs de tout acabit. J'aime ne pas en croire mes yeux, j'aime me demander, mais comment ils font et j'aime qu'on entretienne le mystère autour de leurs performances. Cette recherche de l'éblouissement doit se rattacher aux premières découvertes de l'enfance où tout était étonnant et fabuleux. De nos jours, blasés que nous sommes, il est de plus en plus difficile d'être surpris et c'est bien dommage. On aurait besoin d'écarquiller les yeux davantage. Non?

Hypno de Simon Boudreault aborde ce thème, mais en questionnant la place de la réalité dans l'illusion. Que faire lorsque la vie ne donne pas l'occasion de se réjouir à chaque instant? Il est difficile de changer d'existence. Mais si un hypnotiseur peut nous faire croire qu'un drame ne s'est jamais produit, que nos failles et faiblesses sont inexistantes ou que nous sommes différents de l'image que nous projetons, pourquoi ne pas en tirer avantage même si c'est au prix d'une vie d'illusions et de mensonges et même si des questions d'éthique risquent de se manifester? C'est là le propos d'Hypno, le résultat provoque l'hilarité et pose quelques questions fondamentales sur la nature même de notre essence. Car vivre alors que la vérité nous est dissimulée peut mener à un chaos bien plus grave que si cette même vérité nous avait été révélée.

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Crédit photo: Marie-Andrée Lemire

Le quatuor de personnages qui se retrouve sur scène sert fort bien le texte de Simon Boudreault de même que la mise en scène de Luc Bouffard qui fait beaucoup avec le peu d'espace et les quelques accessoires de la production. François Erikson (Martin Tremblay dont je parle plus bas) est l'hypnotiseur coincé dans un engrenage de mensonges dans lequel il s'est laissé entraîner tout en pensant bien faire. Il a ainsi caché à sa femme Sandrine (Geneviève Beauchemin) de terribles secrets et s'est laissé convaincre de changer la personnalité de Rogère Blouin (Marie-Hélène Gosselin), la femme de Victor Lalancette (Martin Grenier), afin de faire de cette femme laide et sans attrait une bête de sexe persuadée de détenir tous les secrets de la séduction. Évidemment, tout cet échafaudage de secrets et de mensonges va se morpionner joyeusement, combinant la comédie au drame pour le plus grand plaisir d'une salle conquise d'avance le soir de la première.

Martin Tremblay, qui joue le rôle de l'hypnotiseur François Erikson, chausse les souliers de Francis Martineau à trois jours de préavis. Il s'acquitte fort bien du défi si ce n'est quelques hésitations bien compréhensibles si on tient compte du court délai qui a été le sien pour apprendre et maîtriser le rôle. Tremblay possède une autorité naturelle qui sied parfaitement au personnage qu'il interprète et il s'en tire comme un chef. Martin Grenier est délicieux en mari aux prises avec un insoluble dilemme et Marie-Hélène Gosselin est fort drôle en tigresse séductrice. Pour sa part, Geneviève Beauchemin se révèle convaincante à souhait dans le rôle de l'épouse qui ne comprend rien à rien, mais dont la vie est complètement chamboulée par les révélations qui viennent ébranler son couple. Ce quatuor s'amuse visiblement beaucoup.

La pièce est construite avec une narration faite de retours en arrière ce qui a semé chez moi au départ une légère confusion. Une fois la convention acceptée et comprise, ça va. J'ai aimé la façon dont la pièce pose le dilemme de la prise de conscience. Est-il préférable de savoir ou d'ignorer surtout si notre confort est au prix d'un confortable brouillard mental...La connaissance, c'est terriblement dangereux, c'est bien connu. La Bible en parle déjà et nous met en garde. Mais je préfère ce danger colossal à l'ignorance. C'est un viatique pour une vie peut-être plus douloureuse, mais certainement plus intense. Non?

Hypno, une production du Tsunami Théâtre est présenté à la salle intime du Prospero jusqu'au 6 avril 2013