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Épopée nord: délire festif

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Nous sommes en 2035 dans un Québec indépendant, riche et écolo. Suite à la mystérieuse disparition de Fred Pellerin et à des avancées de la science, les Amérindiens, relégués dans le nord, se clonent et réussissent à constituer la moitié de la population. Ces huit millions de représentants de diverses tribus sont donc en droit, comme le précisait le Traité de Valleyfield (2022) de réclamer la moitié du territoire. Les Québécois qui restent (un certain nombre regagne la France sur les mêmes grands voiliers qui les en avaient amenés 400 ans auparavant) se retrouvent parqués dans le Village québécois d'antan à Drummondville.

L'hilarité s'ensuit.

epopee nord

Épopée nord est un spectacle tout ce qu'il y a de réjouissant, parfait pour nous faire oublier la grisaille et le froid de cet hiver. Cette bande de joyeux et talentueux lurons s'amuse comme des fous et l'énergie qui se dégage de tout cela est communicative. On tape des mains, on tape du pied, on chante avec eux, c'est un gros party archi sympathique où on est ravis d'être conviés. Olivier Morin et Guillaume Tremblay (qui ont aussi écrit le texte) épaulés par Myriam Fournier et Virginie Morin jouent tous les rôles de cette improbable fable truffée de références à la culture populaire. Ainsi, on y retrouve Denis Lévesque, Jocelyne Cazin (en marchette), Manon Massé, Jean Leloup, la coupe Longueil, Québec Issime et le iPhone 4 et, bien sûr, l'inévitable Auberge du chien noir qui côtoient des personnages sortis de l'imagination délirante des auteurs. Navet confit assure la partie musicale (quoique tout le monde s'en mêle à un moment ou à un autre) et, parfaitement intégré à la pièce, assume aussi le rôle du diable.

Tous ces délires festifs sont définitivement ancrés dans une réalité d'aujourd'hui. Je ne crois pas qu'un texte comme celui-là vieillisse bien, il va subir les avanies du temps parce que trop tributaire de références d'ici et maintenant qui vont sembler incompréhensibles aux enfants d'Olivier Morin et de ses amis. Il demeure que leur imagination fertile et leur inventivité langagière semblent sans limites avec plein d'expressions jamais entendues et d'images nouvelles et évocatrices. Et puis, pourquoi pas, des nouveaux proverbes : Notre folklore c'est comme notre trou d'cul. Il faut pas regarder ça de trop près, mais ça nous appartient et il faut en prendre soin.

C'est une fable aussi qui fait appel à certains de nos mythes : la Chasse-Galerie, le diable qui surgit lors d'une soirée de chants et de danses, les pactes qui vont suivre. Une réflexion sur notre culture, donc, pleine de dérision, mais pas nécessairement très optimiste.

On sent dans tout cela l'influence et les thèmes chers à Olivier Choinière, celui de Mommy entre autres, et je me posais à la sortie d'Épopée nord la même question qu'après avoir vu Mommy : au-delà de l'humour, des références à la culture populaire, du plaisir qu'ils ont à jouer, à chanter et à danser, qu'est-ce qu'Olivier Morin et sa gang veulent nous dire? Sous l'humour j'ai cru déceler la peur de disparaître, un constat de désespoir, une absence de foi dans l'avenir du Québec, dans les possibilités que sera capable et désireuse d'assumer cette génération de trentenaires. Ils ne semblent pas avoir de réponses à toutes leurs questions et ne semblent pas en voie non plus de trouver des solutions. Du moins pas encore. Mais je leur souhaite de toucher la grâce et de continuer à pratiquer leur art dans l'espoir qu'il devienne un agent de changement social.

Épopée nord : une production du Théâtre du Futur, présenté au Théâtre d'Aujourd'hui jusqu'au 14 février 2015.

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