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<em>Le dragon d'or</em>: la vie c'est comme une dent

11/04/2014 02:53 EDT | Actualisé 11/06/2014 05:12 EDT

Il y a plusieurs bonnes idées dans la pièce de Roland Schimmelpfennig présentée sur la scène du Prospero, mais ces bonnes idées se perdent dans un salmigondis d'histoires parallèles et de pistes narratives qui ne mènent à rien, ayant laissé la spectatrice que je suis quelque peu frustrée. 25 minutes après le début, j'aurais été bien en peine de vous dire de quoi Le dragon d'or voulait parler ou quel était le thème proposé. Petit à petit, j'ai compris ou cru comprendre qu'il s'agissait d'immigration, de déracinement, d'exploitation des plus faibles et des démunis.

C'est une noble cause que de vouloir dénoncer l'injustice, je ne vais donc pas m'opposer à la vertu, mais j'aurais apprécié que ce soit fait d'une façon plus limpide tout en utilisant les métaphores plutôt réussies qu'on retrouve dans la pièce. Hélas, ces métaphores se perdent dans des apartés dont la pertinence m'a semblé discutable. Le fil conducteur est ténu et il est difficile de le suivre pendant l'heure 45 que dure le spectacle.

dragon or

Roland Schimmelpfennig est un dramaturge allemand contemporain parmi les plus joués à travers le monde. La traduction du Dragon d'or est de Hélène Mauler et René Zahnd et elle m'a semblé fort adéquate et parfaitement adaptée à la réalité à la fois universelle et montréalaise des travailleurs immigrés qui vivent plus ou moins dans l'illégalité. L'histoire est multiple, trop ai-je trouvé, mais concerne principalement (de cela, on ne se rend compte qu'à la fin) un jeune chinois sans papier qui travaille dans la cuisine d'un restaurant Thaï-Chinois-Viet Namien, le Dragon d'or. Il a mal à une dent, un collègue va la lui arracher et cette dent va se retrouver dans la soupe d'une hôtesse de l'air. Ce restaurant est situé au rez-de-chaussée d'un immeuble et on va suivre également les drames divers de certains de ses locataires. Parallèlement, on nous raconte la fable de la Cigale et de la Fourmi qui sert de point de départ et d'allégorie à la dénonciation de l'exploitation sexuelle. Je vous avais dit qu'il y a beaucoup de choses là-dedans.

Les comédiens se donnent à plein dans ce spectacle. Dans un choix intéressant de mise en scène, Mireille Camier fait endosser les rôles féminins aux hommes et les rôles masculins aux femmes. François-Olivier Aubut, Jean-Antoine Charest, Carmen Ferlan, Amélie Langlais et Luc Morissette donnent donc dans un contre-emploi bigarré et très réussi, disons-le. Les comédiens utilisent tout l'espace de la scène du Prospero et réussissent avec trois fois rien et un minimum d'accessoires à nous faire voyager dans les différents lieux de l'action tout en incarnant une trentaine de personnages très différents les uns des autres. Mais Mireille Camier a aussi misé sur le côté festif de certains passages et c'est ici que le bât blesse : ces moments sont longs, inutiles et trahissent un certain relâchement dans le ressort narratif. Ce sont les comédiens, par exemple, qui servent les mets chinois commandés par certains spectateurs avant le début du spectacle. Mets chinois livrés sur scène d'ailleurs par le restaurant-commanditaire. C'est un peu trop et ça donne lieu à des temps morts, des maladresses et des ruptures de ton qui desservent le côté plus sérieux et dramatique du propos. La pièce aurait pu être amputée de 10 ou 15 minutes et ne s'en porter que mieux.

De bonnes idées, donc, mal exploitées. On aurait dû resserrer tout cela, structurer davantage et avec plus de rigueur un texte qui possède un très fort potentiel, mais qui s'égare trop souvent dans des méandres labyrinthiques où on peine à se retrouver. Ce n'est pas mauvais comme expérience théâtrale, mais ç'aurait pu être beaucoup plus.

Le dragon d'or, une collaboration entre les Productions Quitte ou double et le Théâtre Décalage, est présenté au Prospero jusqu'au 26 avril 2014.

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