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<em>D'Artagnan et les trois mousquetaires</em>: immortels

18/11/2014 03:39 EST | Actualisé 18/01/2015 05:12 EST

Il est rare de voir un spectacle où tout est aussi harmonieux, équilibré, parfaitement calibré. Où les comédiens jouent tous au même niveau, très élevé, où la musique, la scénographie, la chorégraphie des combats se complètent aussi bien et où tout s'agence de la plus merveilleuse façon qui soit pour procurer au spectateur une expérience unique et des plus agréables. D'Artagnan et les trois mousquetaires, qu'on peut voir au Théâtre Denise-Pelletier jusqu'au 12 décembre, est de cette qualité. Et en fait, c'est le spectacle parfait pour toute la famille, la façon idéale d'initier les enfants au plaisir que procurent les romans d'Alexandre Dumas et pour les parents l'occasion de revisiter ce classique à qui Frédéric Bélanger est absolument fidèle.

Fidèle, oui, mais avec des accents de modernité. On ne peut pas mettre tout le roman dans une pièce de théâtre de deux heures. Frédéric Bélanger a donc fait dans son adaptation des choix (très heureux à mon avis) en gardant tout ce qui fait de cette histoire un chef-d'œuvre immortel : ce mélange d'action, d'aventure, de mystère, de suspense, d'amour et d'humour avec en toile de fond et comme liant cette indéfectible amitié qui unit ces quatre jeunes gens, nos irrésistibles mousquetaires. À la mise en scène, ce talentueux jeune homme a opté pour le rythme et le mouvement, mais il ne craint pas non plus d'impliquer la salle entre autres dans une scène où le valet Planchet surveille les environs à la demande de son maître D'Artagnan. Le résultat est désopilant et s'il y a beaucoup de moments comme ça où on rit beaucoup, il y en a d'autres où l'émotion nous étreint, où nous sommes rivés sur notre siège nous, les témoins de cet éternel combat entre le bien et le mal dont l'issue nous apparaît parfois incertaine. Même si on connait l'histoire.

La distribution de ce spectacle est d'une rare qualité. Steve Gagnon est un D'Artagnan fougueux, baveux et terriblement attachant (n'oublions pas que le personnage n'a que 19 ans). Guillaume Baillargeon en Athos laisse entrevoir les souffrances et les blessures d'amour dont il ne guérira jamais. Guillaume Champoux en Aramis sait jouer de l'équilibre entre son côté dévot et l'aspect belliqueux de sa personnalité. Porthos, incarné par Bruno Piccolo, est le grand frère, l'initiateur bienveillant, celui qui décide, mais qui reconnaît les indéniables qualités de ses frères d'armes. En plus, ce qui ne gâche rien, ils sont tous les quatre beaux et charismatiques, séduisants, jeunes et virils. Rien de tel comme le plaisir esthétique qui s'ajoute au bonheur littéraire.

dartagnan

Je disais plus haut que Frédéric Bélanger était demeuré très fidèle au texte. Non seulement ses comédiens sont donc parfaits dans leur personnage respectif, mais leur diction et la façon dont ils rendent cette belle langue du 17e siècle sont impeccables. Robin-Joël Cook en Duc de Buckingham adopte juste ce qu'il faut d'accent et il est méconnaissable lorsqu'il joue le capitaine de Tréville. Même chose pour Claude Tremblay, délirant en Planchet, ce valet qui donne dans la petite criminalité et onctueux à souhait lorsqu'il devient le machiavélique cardinal de Richelieu. Et Philippe Robert est impeccable en comte de Rochefort, l'exécutant des basses œuvres du cardinal et exquis en un Louis XIII irrésistiblement précieux qu'on a du mal à prendre au sérieux.

Les personnages féminins ne sont pas en reste. Louise Cardinal, toujours excellente, incarne ici avec noblesse et dignité Anne d'Autriche. Dans son amour non avoué pour le Duc de Buckingham, elle représente parfaitement ce siècle illustré par le théâtre de Racine où la raison prend toujours le pas sur les élans du cœur. Maude Campeau est d'une irrésistible fraîcheur en Constance Bonacieux, l'objet des élans amoureux de D'Artagnan. Mais Stéphanie M. Germain, en Milady de Winter, éclipse tout le monde. C'est une apparition. Sa beauté diabolique est mise en valeur par des éclairages sublimes et par une robe rouge sang absolument fabuleuse. De plus, la comédienne nuance impeccablement son jeu afin que l'on prenne conscience qu'elle n'est, après tout, qu'une victime des circonstances, une femme née au mauvais siècle qui aurait sûrement fait une formidable femme d'affaires 300 ans plus tard, mais qui en est réduite à des manigances clandestines pour accéder à une certaine forme de pouvoir. Milady se place très haut dans mon palmarès des méchantes les plus nuancées et les plus intéressantes de l'histoire de la littérature.

La musique est aussi excellente. La chorégraphie des combats de Jean-François Gagnon est au poil. Tout est fantastique dans cette adaptation des Trois mousquetaires, extrêmement vivante et bien faite. Ce qui prouve que les bonnes histoires sont en mesure de tenir la route longtemps après qu'elles aient été écrites, surtout lorsqu'elles sont revisitées par ce Théâtre Advienne que pourra où il pleut du talent.

D'Artagnan et les trois mousquetaires: une production du Théâtre Advienne que pourra, au Théâtre Denise-Peletier jusqu'au 12 décembre 2014.

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