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<em>Cranbourne</em>: une savoureuse et profonde comédie humaine

30/11/2013 10:10 EST | Actualisé 30/01/2014 05:12 EST

Ce qui fait la force de Fabien Cloutier, en plus de son talent de comédien, de ses textes très travaillés et de ses histoires à tiroirs extrêmement bien construites, c'est cette candeur, cette naïveté sympathique qui gagnent tout de suite le cœur de son public. Même lorsqu'il raconte des énormités, même lorsqu'il frôle le racisme le plus élémentaire et les abysses de la scatologie, il demeure ce jeune homme gentil, vulnérable, intelligent, mais un peu épais, sans culture, qui se dit timide, mais qui n'hésite pas à exposer de grands pans de son intimité devant un public qui se roule par terre. Bref, ce qu'on appelle un bon gars.

cranbourne


Cranbourne, le deuxième volet des aventures du chum à Chabot (qu'il a jamais pas connu), est de retour à La Licorne. Si vous voulez rire aux éclats et être ébahi devant des histoires aussi invraisemblables que plausibles, allez voir Fabien Cloutier. C'est un bonheur, un moment rare de théâtre où Cloutier (qui aurait pu devenir, pour notre plus grand malheur, un humoriste) revisite la littérature orale et nous livre le portrait d'un Québec profond qui nous est à la fois étranger et terriblement familier. Il raconte avec truculence ses déboires alors que, en quête de sens pourrait-on dire, il s'implique dans les scouts, avec les Chevaliers de Colomb et dans le bénévolat pour personnes âgées. Ça ne marche pas tellement bien pour lui et après une virée dans le bois avec une bande de types de sa connaissance tous plus tarés les uns que les autres, il décide de changer radicalement de vie et de se trouver une job et une blonde dans l'année qui vient. Il décroche un emploi à l'usine de gâteaux Vachon à Saint-Marie-de-Beauce et là, sa vie va changer pour le mieux. Jusqu'au jour de son mariage...

Fabien Cloutier occupe toute la place, joue tous les personnages et raconte selon son seul et unique point de vue. Du jeu de hasard qui implique la vache Josée à Saint-Magloire à la façon dont il va dissimuler la bague qu'il compte offrir à sa blonde pour sa demande en mariage, il fait preuve d'une surprenante éloquence et d'observations sauvagement amusantes. Le fait qu'il soit si attachant constitue un énorme avantage : en plus de nous raconter de bonnes histoires, on l'aime, le chum à Chabot, avec ses grandes qualités et ses gros défauts, avec ses rêves raisonnables qui se limitent à vouloir trouver une blonde qui travaille dans un bureau. On l'aime aussi parce que lorsqu'il parle de Chabot, son chum, on sent l'admiration pour ce type qui a une femme et une petite fille mignonne à croquer et qui mène une vie sans vague, sans tempête, honnêtement et sans se poser trop de questions. Ce que Chabot et son chum ne savent pas c'est que le destin est parfois sans pitié, même pour les bons gars.

Je n'ai qu'un seul reproche : j'aurais aimé en savoir plus, j'aurais aimé que ça continue et qu'on me donne des détails sur ce qui arrive au chum à Chabot après... Mais peut-être que c'est ça après tout, qu'on n'en dit pas plus parce qu'on n'est pas le genre à s'apitoyer, à analyser, à faire des retours en arrière qui risquent de se révéler un peu trop proches de certaines émotions... Il demeure que Cranbourne est une savoureuse et profonde comédie humaine et que Fabien Cloutier détient le rare talent de nous parler de vies simples et d'un spectaculaire anéantissement capables de susciter chez-nous une ardente sympathie ainsi qu' une fascination envoûtée.

Cranbourne est présenté à La Licorne jusqu'au 13 décembre 2013

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