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<em>Cirkopolis</em>: pari tenu pour le Cirque Éloize, enfin presque

14/11/2013 02:24 EST | Actualisé 14/01/2014 05:12 EST

Je me dis souvent : ce n'est pas possible, tout a été dit et plusieurs fois. On a tout inventé, on a tout créé, on ne peut plus trouver de nouvelles manières. Roman, théâtre, poésie, on ne fait que répéter. Puis arrive le cirque, et là je me dis : jusqu'où peut-on soumettre le corps humain, n'a-t-on pas exploré toutes les positions et contorsions possibles et imaginables? Peut-on pousser plus loin les limites?

Vous comprendrez que même si un sain doute m'assaille parfois, je sais que j'ai tort et c'est avec reconnaissance que je m'incline bien bas devant les créateurs de tout acabit qui revisitent les thèmes que l'on croit éculés et nous les proposent de nouveau, nous forçant ainsi à poser sur eux un regard dont l'ardeur et la fraîcheur nous étonnent parfois.

style="float: Cirkopolis était un spectacle très attendu, le battage médiatique autour de cette création du Cirque Éloize en faisant foi. Est-ce que le pari est tenu? Oui, bien sûr et non, pas tout à fait.

Le thème récurrent du spectacle est la déshumanisation, les rouages de la machine ou de l'administration, littéralement représentés par des projections très réussies en arrière-plan ou par les artistes sur scène, qui remettent en question les possibilités de l'individu de s'exprimer et de créer. Lorsqu'ils sont vêtus de longs manteaux et coiffés de chapeaux et qu'ils déambulent, anonymes, sur la scène, les membres du Cirque Éloize ne sont pas sans rappeler l'extraordinaire et marquant Joe de Jean-Pierre Perreault (1984). Référence et/ou hommage, l'image et le symbole sont toujours puissants et efficaces. Chaque élément du spectacle s'évertuera à démontrer la beauté de l'individualisme en opposition aux rouages destructeurs des régimes totalitaires et des malveillantes architectures staliniennes.

Les numéros qui s'enchaînent pendant l'heure et demie que dure la représentation sont tous excellents : de la jeune fille en robe rouge qui tourne avec une grâce infinie dans sa Roue Cyr au garçon timide dont la musculation incroyable rappelle les statues d'Hercule dans l'Antiquité et qui revisite le concept du push-up en passant par l'exquis numéro de Diabolo, on sent ici le spectacle rôdé, parfaitement au point et où les metteurs en scène Jeannot Painchaud et Dave Saint-Pierre ont insufflé leur vision et laissé leur marque.

Parmi les moments forts, le numéro de contorsionniste de Myriam Deraiche dont la photo illustre cet article et qui se retrouve aussi sur le matériel promotionnel du spectacle. J'ai apprécié qu'il ne s'agisse pas ici de communiquer au spectateur un vertige malsain en donnant à voir des positions toutes plus invraisemblables les unes que les autres. Le numéro est d'un esthétisme rigoureux où la jeune fille est parfaitement mise en valeur par sa horde de supporters (dans tous les sens du mot) et où, si nous demeurons conscients des risques et périls auxquels elle s'expose, nous ne pouvons qu'être subjugués par la maîtrise déployée. Et ce que j'ai le plus aimé c'est qu'à la fin de son numéro elle se retrouve seule sur scène et se dirige calmement vers la porte dissimulée dans le décor. Et juste avant de la franchir, elle se retourne et nous lance un regard plein de gravité et de connivence.

Il faudrait davantage de moments comme celui-là dans Cirkopolis : des moments qui ont le pouvoir de capturer le spectateur à l'intérieur d'une image, à jamais. Je sais que je vais me rappeler de ce regard. Et alors que j'ai souvent été éblouie lors de la représentation, je n'ai jamais été émue, sauf à cette occasion. Cirkopolis possède davantage d'éclat que de substance et je sais pertinemment pour en avoir assez vu qu'il y a des moments de cirque qui vous bouleversent l'âme et vous laisse suffoqué après avoir entrevu un pan de la nature humaine qui demeure la plupart du temps cachée. J'ai apprécié l'humour, la virtuosité, le talent et la technique. J'aurais aimé davantage de sentiment.

Cirkopolis est présenté au Théâtre Maisonneuve de la Places Arts jusqu'au 24 novembre 2013. Et on annonce des supplémentaires les 6 et 7 décembre.

(Crédit photo : Valérie Remise)

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