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<em>Les chroniques de Saint-Léonard</em>: italien un jour, italien toujours

22/12/2014 01:00 EST | Actualisé 21/02/2015 05:12 EST

Si Béatrice Picard n'existait pas, il faudrait l'inventer: c'est elle qui porte littéralement sur ses épaules ces Chroniques de Saint-Léonard de Steve Galluccio présentées au Théâtre Jean-Duceppe. Et en dépit d'un faux accent italien un peu forcé au début, elle représente le point d'ancrage et l'âme même de ce texte qui traite de l'appartenance à une communauté.

Est-ce que les familles italiennes dysfonctionnelles sont plus dysfonctionnelles que les autres? Une chose est sûre : elles le sont avec plus d'éclat et en faisant plus de bruit. Les deux clans que nous retrouvons sur scène, unis à cause du mariage de leurs enfants, représentent de façon universelle les parents pleins de bonnes intentions, mais trop envahissants. Qui se mêlent de tout et qui traitent leur progéniture comme si elle avait encore sept ans et demi. Ce qui, on en conviendra, ne constitue pas l'apanage exclusif des familles italiennes. Steve Galluccio s'est servi de son expérience personnelle pour créer ces personnages, mais certaines des répliques sonnent justes et vraies pour quiconque s'est déjà retrouvé dans un souper de famille.

chroniques de saint leonard

Terry (Émilie Bibeau) et Robert (Pierre-François Legendre) qui habitent le duplex quasi ancestral de la famille, reçoivent à souper leurs parents ainsi que la grand-mère de Terry. Entre raviolis trop cuits et vin maison de qualité douteuse, le jeune couple fait provision de courage afin d'annoncer une grande nouvelle. Dans l'intervalle, la grand-mère divulgue plusieurs informations et souvenirs non filtrés qui provoqueront l'ouverture des digues pour la génération suivante : on va se dire quelques vérités bien senties, des secrets seront dévoilés et de potins en révélations la tension montera jusqu'au drame final. Drame qui se retrouve dans l'ordre des choses, remarquez bien.

Au départ, le texte présente quelques faiblesses : les propos insignifiants succèdent aux conversations vides et aux clichés propres à ce genre de théâtre. La mise en scène de Monique Duceppe souffre aussi de baisses d'énergie et de cassures dans le rythme. Mais Béatrice Picard tire son épingle du jeu dans cette première moitié et le jeune couple se montre tout à fait convaincant dans l'angoisse qu'il éprouve. La deuxième moitié est meilleure : les réparties sont plus savoureuses, les échanges plus dynamiques et l'émotion prennent la place qu'il faut.

Tout le monde se tire bien d'affaire là-dedans, le public étant toujours ravi de retrouver sur scène les Pauline Martin et Claude Prégent, égaux à eux-mêmes. J'ai particulièrement aimé le jeu de Sylvie Potvin en Gina et celui de Harry Standjofski qui incarne son mari Carmine et qu'on ne voit pas assez au théâtre. Et Béatrice Picard, comme je l'ai mentionné plus haut, est parfaite (à part l'accent bizarre) en aïeule malcommode et attachante. Le décor, cependant, m'a confondue. Ce jeune couple qui a rénové sa cuisine de manière résolument moderne et high-tech et qui fait état des 30 000 dollars investis dans la salle de bain a gardé dans la salle à manger des rideaux en velours rouge relevant d'une esthétique italienne complètement dépassée et qui détonnent singulièrement avec leur allure et leurs goûts.

Ces Chroniques sont une ode à un quartier, à une communauté, à un certain esprit. C'est un hommage à cette combativité de l'immigrant qui fait sa place envers et contre tous au sein d'une société dont il deviendra partie prenante. C'est aussi le constat que malgré la modernité, la postmodernité, tout ce qu'on voudra, certaines choses demeurent, liées qu'elles sont à une identité dont il semble impossible de se départir. On ne peut pas oublier ou renier ce que l'on est profondément. Et selon Steve Galluccio, tout cela est pour le mieux.

Les chroniques de Saint-Léonard : au Théâtre Jean-Duceppe jusqu'au 7 février 2015.

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