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ÇA!: Ni Stephen King, ni Freud

Silva Ménard, seule en scène pendant les 45 minutes du spectacle, livre ce texte délicieusement fantasque avec humour et bienveillance.

17/10/2017 09:00 EDT | Actualisé 17/10/2017 09:40 EDT
Paul Patrick Charbonneau

Les mots les plus simples sont souvent porteurs de secrets que nous ignorons. C'est le thème de la très charmante pièce Ça! que propose la Maison Théâtre aux petits de trois à cinq ans, pièce que j'ai vue en compagnie de Léopold S. à qui j'expliquais que Ça! n'avait rien à voir avec Stephen King ou avec les théories de Freud. Pas qu'il s'en préoccupait beaucoup, remarquez.

C'est souvent de la simplicité que naissent les meilleures idées. Les auteurs, Louis-Dominique Lavigne et Étienne Lepage, ont pris des mots usuels, les premiers concepts que les enfants saisissent et qu'ils connaissent tous: la doudou, le toutou, le biberon, la couche, la poussette, le lit à barreaux... À partir de ces mots se greffent des moments, des anecdotes, des histoires égayés de rimes et d'allitérations colorées qui confèrent une dimension et une profondeur à ces mots de tous les jours. Ainsi, la poussette que les petits n'aiment pas particulièrement, parce qu'associée au bébé. Mais c'est difficile aussi de vouloir être autonome à trois ans. On trouve également des clins d'œil aux parents avec entre autres le petit qui refuse de dormir et le papa épuisé qu'on devine au bout du rouleau. Tous ces objets dont on parle sont intimement liés à l'enfance, aux premières années de la vie et leur abandon qui succède souvent au plus vif attachement, constituent une étape vers autre chose. Cela s'appelle grandir.

La scénographie et la mise en scène de Lise Gionet sont pleines de trouvailles et savent nous faire pénétrer dans cet univers avec quelques objets judicieux qui remplissent parfaitement leur fonction: un grand drap blanc gonflé par endroit et à qui la comédienne va donner différentes formes grâce à des crochets, quelques accessoires multi fonctionnels qui deviennent les objets dont on parle. Milva Ménard, seule en scène pendant les 45 minutes du spectacle, livre ce texte délicieusement fantasque avec humour et bienveillance; elle est vivante, elle bouge bien, elle est à la fois sympathique et charismatique et sait véhiculer à travers les mots les images parfois fortes contenues dans l'écriture.

Je dois dire que, contrairement à d'autres occasions, le jeune public de la Maison théâtre semblait résolument captivé par ce spectacle, petites créatures qui se sont comportées de façon admirable.

Je dois dire que, contrairement à d'autres occasions, le jeune public de la Maison théâtre semblait résolument captivé par ce spectacle, petites créatures qui se sont comportées de façon admirable. C'est dans le recueillement et le silence que le tout s'est déroulé alors que nous buvions les paroles de Milva Ménard. Qui a su nous envoûter. Ça! relève le défi de parler du rapport prodigieusement simple et parfaitement compliqué que les enfants (et les adultes) entretiennent avec ces objets de tous les jours qui font partie de la vie et qui ont la possibilité d'incarner un adorable imaginaire. Léopold S. a beaucoup aimé cette pièce pleine de charme, et moi aussi.

Ça!: Une production du Théâtre de Quartier, à la Maison Théâtre jusqu'au 22 octobre 2017.

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