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<em>L'architecture de la paix</em>: une construction chambranlante

05/03/2014 12:55 EST | Actualisé 05/05/2014 05:12 EDT

Le décor de L'architecture de la paix présentée à L'Espace Go est magnifique: de grands panneaux d'osier souple qui s'ouvrent, se roulent ou se déroulent, se transforment et confèrent une luminosité dorée et une intimité d'une trompeuse douceur à ce qui va se passer sur la scène. Hélas, c'est à peu près le seul élément de ce spectacle qui m'a plu.

Je crois comprendre ce qu'a voulu faire Paula de Vasconcelos, l'idéatrice et metteur en scène du spectacle. Fascinée par le concept philosophique d'une architecture de la paix, elle a demandé un texte à Évelyne de la Chenelière afin d'illustrer les possibilités de l'espace et de la reconstruction après qu'une tragédie ait frappé, quelle qu'en soit sa nature. Dans le texte, on fait allusion au grand ébranlement, à une guerre qui devait être la dernière, à un possible drame familial aussi, événements dramatiques s'il en est et qui amènent les individus à bâtir à nouveau ce qui a été détruit. Mais une fois qu'on a compris que ce thème de la résilience est le fil conducteur, il n'y a pas grand-chose d'autre à explorer.

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Crédit photo : Anne-Flore Rochambeau


On trouve dans L'architecture de la paix un mélange de discours, de musique et de danse. La danse est très, très ordinaire, la musique ne casse rien quoiqu'Ana Brandao ait une bien belle voix et le texte est extraordinairement répétitif. D'ailleurs en tout et pour tout, il doit y avoir une trentaine de minutes de discours pour une représentation d'une heure quinze et je n'ai pas pu m'empêcher de penser que le reste, danse, musique, était du remplissage. Les mots d'Évelyne de la Chenelière demeurent hermétiques et ne laissent filtrer l'émotion qu'au compte-goutte. Les élans sont stoppés, les comédiens débitent plus qu'autre chose, bref ça ne va pas du tout. Il y aurait pourtant là-dedans une touchante histoire d'amour, un geste irrémédiable qui est posé, un rachat éventuel. Mais je n'y ai pas cru deux minutes. Peut-être parce que tout cela est dilué dans un fouillis de gestes et d'intermèdes musicaux, la forme l'emportant sur le fond et sur le propos.

Pascale Montpetit ne semblait pas très convaincue, et n'était donc pas très convaincante le soir de la première. Daniel Parent, qui joue le mari, semblait manquer d'appui et de consistance. Philippe Thibault-Denis, qui tient le rôle du fils, et qui est ma foi bien mignon, m'est apparu le plus investi et le plus susceptible de laisser passer des sentiments et de l'émotion de même que la comédienne portugaise Ana Brandao avec sa jolie voix. Mais je me suis demandée ce que faisait sur scène le musicien Carlos Mil-Homens dont les prestations n'ajoutent rien à ce spectacle sans action, sans véritable histoire et qui nous répète la même chose jusqu'à plus soif.

Je conçois fort bien qu'on veuille parler de l'humain qui se reconstruit après une catastrophe, qui se relève alors qu'il était par terre et qui garde toujours espoir, cette morale de l'homme debout qui jalonne l'histoire de l'humanité, fort heureusement d'ailleurs. C'est un beau thème, riche et bienveillant. Mais ici, ça demeure au ras des pâquerettes, il n'y a aucune profondeur dans le traitement et on sort de l'Espace Go dans le même état où on y était entré. Il n'y a pas de dépaysement du cœur ni de l'âme, on ne sent ni la cruauté de la vie ni la souffrance des personnages qu'aurait dû nous transmettre un texte qui demeure sibyllin et qui se tient trop à distance de la blessure.

L'architecture de la paix, une production Pigeons international en collaboration avec le Teatro Saoz Luiz de Lisbonne, est présentée à l'Espace Go jusqu'au 22 mars 2014

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