Marc Antoine Morin

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Pour une vraie révolution

Publication: 28/04/2012 12:06

Certains disent que nous vivons une révolution, voire un « printemps érable ». J'ai toujours cru qu'une révolution se faisait lorsqu'une société en avait vraiment besoin; en dernier recours. Je pensais aussi que toute la société devait participer à la révolution si telle en était le cas... C'est d'ailleurs pour cette raison que je ne croyais pas en l'utilité de la grève et que j'ai cofondé le MÉSRQ. Je souhaitais que nous trouvions une autre manière de régler le défi lancé par les associations étudiantes. Nous pensions qu'au 21e siècle, la façon de communiquer pour orienter des décisions politiques allait être différente, qu'on serait capable de le faire sans manifestation, sans brutalité, ou du moins d'une manière moins archaïque que celle d'arriver dans la rue avec un marteau et une faucille en brandissant des slogans choquants... Je pensais que les étudiants québécois auraient su innover, trouver une nouvelle façon de dialoguer; que nous changerions le monde de cette manière : ne sommes-nous pas un peuple innovateur, après tout? J'aurais espéré qu'on dise de nous à travers le monde : « Au Québec, ils ont compris comment résoudre leurs conflits de façon moderne et civilisée ». Mon espoir relativement à l'élévation de notre condition reste toujours aussi fort.

Cependant, l'émeute sociale décrite par beaucoup, ou plutôt par une minorité de gens à l'échelle provinciale qui croit que nous sommes sous une dictature et même dans un État policier, m'effraie. Je devrais plutôt dire que leurs moyens pour faire entendre leur idéologie par rapport à l'avenir m'inquiètent. En ce sens, lorsque j'entends des regroupements de gens qui ne condamnent pas la violence, des gens qui tiennent des propos haineux et même des menaces à l'égard des gens qui ne pensent pas comme eux, des médias qui cherchent à couvrir les « scoops », plutôt qu'un vrai débat, et j'en passe, je me demande comment nous terminerons 2012. Oui, la situation au Québec me fait réfléchir et me donne davantage le goût de m'impliquer et de parler. Par contre, ce que je ne trouve pas normal, ce sont les gens qui, lorsqu'ils entendent des discours de gens plus à « droite » , comme moi, qui parlent de liberté individuelle, de responsabilités envers la société, de rigueur économique, de liberté de choix, etc., se lancent dans des tirades stéréotypées en nous traitant de fascistes ou de méchants capitalistes, certains allant même jusqu'à parler de « brainwash ».

Mais pourquoi donc? Ce n'est pas parce que nous avons des valeurs inscrites dans une idéologie de droite que nous ne pensons pas au bien commun! Personnellement, j'ai toujours défendu des causes culturelles, artistiques et même environnementales. Il ne faut cependant pas généraliser tous mes « opposants ». Alors, quand une personne ne partage pas mes opinions, je ne la crible pas de stéréotypes haineux. Au contraire, je lui suggère d'étayer ses idées, de m'expliquer ses convictions! Tel est un vrai débat, une vraie discussion et l'échange rigoureux nous permet d'améliorer notre vision et nos ambitions. Je suis épuisé d'être confronté à des murs. Et ces murs, il y en a des deux côtés. D'ailleurs, je trouve ridicule et tribale l'histoire des carrés de couleurs : comment mieux créer un clivage entre les gens? Par contre, depuis le début de cette révolte étudiante, on dit que les « verts » constituent une minorité, que nous n'aurions même pas le droit d'expression; on nous ridiculise et on cherche à tort et à travers à nous montrer comme étant des monstres individualistes. Or, l'ironie, celle du désir de certaines personnes à vouloir éliminer notre minorité qui agace, m'est apparue en pleine face lorsque j'étais à l'Université et que j'ai croisé devant le local d'une association étudiante cette citation sous fond rouge : « La démocratie devrait assurer au plus faible les mêmes opportunités qu'au plus fort»-Ghandi.

C'est dans cet esprit que je perçois l'ère des débats et des révolutions au Québec. « Ma minorité est plus importante que la tienne, alors tais-toi » : il faut briser des deux côtés les mythes gauches/droites; briser les stéréotypes, écraser le cynisme politique. Dans mon désir de voir le monde s'épanouir, je crois que tous les points de vue devraient se respecter et se développer à travers un éveil collectif sain, où une rencontre de tous permettrait une meilleure préparation de notre future. Après tout, la démocratie s'articule par les échanges d'idées et par l'expression de tout le monde. Pour une fois, parlons-nous vraiment, et ayons le courage de dialoguer proprement. La vraie révolution se fera ainsi, lorsque nous aurons un consensus collectif et démocratique; lorsque nous serons à l'aise en ayant conscience des arguments opposés. Pourquoi les étudiants ne pourraient-ils pas se concerter entre eux de façon plus objective? Pourquoi ne pas travailler ensemble maintenant? Après tout, les gens du MÉSRQ, de la Classe, et des autres associations seront toujours des membres de la société Québécoise dans vingt, trente ans... Il faudra un jour ou l'autre travailler ensemble, en tant qu'équipe, comme une famille. Soyons plus futés et forgeons ensemble le Québec de tous les Québécois; un Québec où tout le monde y trouvera sa place et surtout qui pourrait enfin, dans le possible convenir à tout le monde. Voilà ce que j'attends de notre génération; un renouveau politique, un renouveau de la perception de la politique et de notre rapport à cette merveilleuse liberté que nous avons, à travers l'histoire tant espérée à être détenue : utilisons-la à bon escient au Québec, dès maintenant!

 
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