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Éducation: l'inéluctable nivellement par le bas

25/05/2015 10:35 EDT | Actualisé 25/05/2016 05:12 EDT

Nous entendons souvent à l'interne des critiques qui véhiculent l'idée que les élèves ont changé et que nous nivelons par le bas pour les accommoder au lieu d'augmenter nos attentes et les forcer à les rencontrer. Pas besoin de chercher bien loin... lisez les critiques de certains abonnés à mes billets de blogue précédents et vous y trouverez des perles de nostalgie professionnelle démontrant sans l'ombre d'un doute que «c'était bien mieux avant». La rengaine habituelle est que les élèves sont moins matures, moins travaillants, moins disciplinés, moins respectueux, etc. Et si c'était plutôt l'école qui n'avait pas changé?

Je vous ai déjà écrit à propos de quelques fractures scolaires qui exposent ce décalage entre l'école et les attentes ou besoins de l'élève. Mais lorsqu'il est question du nivellement par le bas, je dois clamer que je suis effectivement d'accord avec ceux qui prétendent que le nivellement par le bas existe bel et bien dans nos écoles.

Le nivellement par le bas

N'en déplaise à certains, les classes homogènes n'ont jamais existé. Cependant, il y a lieu d'admettre que les classes sont désormais plus hétérogènes que jamais. Il n'est cependant pas question d'offrir une éducation à la carte, mais simplement d'offrir une pédagogie inclusive, à l'image de l'évolution de la société qui tend à offrir des chances égales de réussite à tout un chacun. Bien que les élèves à besoins particuliers soient de plus en plus nombreux dans les classes dites régulières et que le préjugé voulant que les élèves aient changé persiste, cela ne signifie pas pour autant qu'il faille diminuer les critères de réussite. Entre autres, les changements curriculaires rompent avec les anciens modèles éducatifs, et les attentes sont différentes. Les comparaisons entre les deux programmes sont impossibles et ne servent qu'à identifier ceux qui sont accablés d'un irrémédiable spleen en s'évertuant à ralentir une école qui tente de se moderniser en tentant de mettre du sable dans l'engrenage du progrès

Si nivellement vers le bas il y a, c'est davantage au niveau professionnel qu'en termes d'attentes ministérielles. Bien souvent, ces enseignants réfractaires diminuent eux-mêmes la complexité des tâches en évitant de mettre à profit de nouvelles stratégies permettant le rehaussement et l'approfondissement de l'apprentissage. En effet, y a-t-il plus simple que la pédagogie directive? À l'opposé, l'apport des TIC, de la créativité, de la collaboration ainsi que de la coconstruction des savoirs permet de complexifier la progression académique de l'élève à travers des situations d'apprentissage plus longues et contrastées. Donc, sincèrement, qui nivelle par le bas? Le pédagogue contemporain privilégiant une pédagogie active avec tout ce que cela implique, ou celui qui demeure juché sur la tribune pendant la majorité de l'année scolaire?

Également, ce nivellement vers le bas des pratiques professionnelles se traduit par l'ostracisme fréquent des enseignants ouverts, curieux et entreprenants. Ceux-là mêmes qui expérimentent de nouvelles approches ou de nouveaux outils dans leurs approches pédagogiques sont souvent rabroués par leurs collègues qui se sentent menacés par l'innovation de leurs pairs. Cette situation est beaucoup plus présente que nous le croyons dans les milieux scolaires et elle fera l'objet d'une série de billets subséquents.

L'évangéliste scolaire ou lourd destin de l'enseignant contemporain

En un sens, l'immobilisme de plusieurs est une forme de nivellement vers le bas. Également, il semble que l'imagination et l'innovation soient, en fait, une forme de courage professionnel! La marche vers le progrès scolaire fait en sorte que nous tirons constamment les élèves vers le haut. Cela est un fait et c'est probablement le propre de l'éducation que d'user de diverses stratégies pour convaincre des élèves de se dépasser sur une base quotidienne. Mais désormais, une situation aussi triste que déplorable s'impose alors qu'il devient nécessaire que certains enseignants tirent vers le haut également leurs propres collègues empêtrés dans des pratiques inertes et déconnectées des réalités sociales de leurs élèves.

Ce leadership ne se fait pas sans heurts et le processus de mobilisation s'étend sur une longue période, puisque l'art de convaincre en est un qui s'inscrit dans la lenteur. Et cette lenteur prend tout son sens, compte tenu des nombreux obstacles qui sont mis en travers du cheminement de ces enseignants visionnaires. En ce sens, l'enseignant contemporain devient, plus que jamais, une espèce d'évangéliste scolaire, car il doit sans cesse voir à convaincre ses pairs, ses élèves ainsi que leurs parents. Quotidiennement, il est observé, jugé, critiqué et il doit confondre les sceptiques.

Tel est le lourd destin qui incombe à l'enseignant contemporain. Il est effectivement plus simple de faire abstraction de la lente marche de l'école vers la modernité et de s'attacher aux racines de l'inertie, que d'assumer un solide leadership en faisant fi des railleries, du cynisme et de l'isolement au profit d'une réelle conviction, d'une estime et d'une confiance professionnelle à toute épreuve.

Le leadership est un choix évolutif et un travail de longue haleine qui s'incarne à travers une pléthore d'actions quotidiennes. L'effet multiplicateur de ces actions n'obtient pas toujours les résultats escomptés, mais il n'en demeure pas moins que les changements souhaités s'opèrent, bien souvent, discrètement.

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