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Apologie de la créativité en classe (2/2)

25/01/2015 11:19 EST | Actualisé 27/03/2015 05:12 EDT

L'école est-elle un milieu d'épanouissement du potentiel de ses élèves ou un outil de conformisme castrant qui, en fait, permet de fixer les paramètres de réalisation de ces derniers, et ce, au détriment de la créativité estudiantine ? Autrement dit, les possibilités d'accomplissement et d'actualisation de l'élève sont-elles prédéterminées et préréglées pour ensuite être imposées ? En effet, l'enseignant contrôle la totalité du processus d'apprentissage, à savoir le temps, l'espace, la nature des connaissances à apprendre et celle des compétences à développer. De plus, le comportement de l'élève est également sujet à contrôle de la part de l'enseignant.

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La fabrique d'automates

Le système d'éducation québécois n'est donc pas basé sur la reconnaissance de la diversité, mais bien sur la conformité. Et le milieu scolaire ne met pas en place les conditions gagnantes afin de favoriser la créativité chez ses élèves ? Et leur curiosité est-elle encouragée ? Exploitée ? Valorisée ? Selon Ken Robinson, ancien professeur d'art à l'Université de Warwick en Angleterre et conférencier de renom, ces deux caractéristiques figurent parmi celles qui distinguent les humains des animaux. Créons-nous des conditions gagnantes pour les voir émerger ?

Pour reprendre les mots de David Solway, le système actuel fabrique des automates, « des personnes qu'on instruit davantage qu'on les éduque ». Il programme aujourd'hui des automates pour réaliser des tâches de façon répétitive et fastidieuse. Les accomplissements des élèves sont mesurés à l'intérieur de paramètres prédéterminés, normalisés et entièrement contrôlés. L'élève s'actualise dans ces barèmes rigides et qui ne sont pas celui qu'il s'est fixé. Ce dur constat explique, en partie, que l'école québécoise peine à faire diminuer le décrochage scolaire et à susciter la mobilisation de l'élève et son sentiment d'appartenance envers son milieu scolaire. En ce sens, l'élève est pris au sein d'un système de manufacturation de l'éducation, lui-même orienté vers une production de masse de la connaissance via la diplomation.

Formons-nous des automates programmés pour affronter les mêmes problématiques que leurs parents avec les mêmes outils et solutions ? La société se plaint souvent du manque d'imagination de ses dirigeants. Voilà qui est paradoxal, car elle forme ses futurs leaders de la même façon que ses actuels dirigeants ont eux-mêmes été éduqués.

Qu'il s'agisse d'anciens ou de nouveaux problèmes, le besoin de trouver de nouvelles solutions est essentiel. Il est impératif de penser différemment pour espérer agir différemment. Le milieu scolaire est-il un terreau fertile pour l'incubation d'idées créatives et novatrices ou offre-t-il un milieu de récupération d'idées déjà éprouvées et condamnées à être intégrées ad vitam æternam par ses élèves ? Pourtant, l'élève doit, plus que jamais découvrir de nouvelles solutions à d'anciennes problématiques et même, de nouvelles solutions pour de nouvelles problématiques, lesquelles sont, à ce jour, inexistantes.

Exit la trivialité

Pour paraphraser John Mason, auteur et conférencier américain, si nous sommes nés en tant que version originale pourquoi vivre notre vie en tant que simple copie ? La vie n'est-elle pas monotone et insipide lorsque vécue dans la conformité et la banalité ?

En milieu scolaire, l'élève aspire ainsi à une plus grande diversité idéologique pour ainsi lui permettre réellement de penser à l'extérieur de la boite et d'y développer une série d'idées novatrices et originales. Le monde de l'éducation clame haut et fort que les seules limites sont celles que l'élève s'impose ; il est grand temps de mettre cette maxime en pratique ! Le tout, toujours sous le signe de la créativité, de la curiosité et de l'exploration avec une série d'essais qui se traduisent par des succès, mais également par des erreurs qui, grâce à la rétroaction enseignante, pourront être converties en expériences formatrices. À ne jamais prendre le risque d'avoir tort ou de se tromper, rien d'original ou de différent ne sera proposé. Avec la même vieille mentalité, on obtient les mêmes vieux résultats !

Nous avons été conditionnés à être normaux, à ne pas faire trop de remous, et à ne pas sortir du lot. Le pire c'est qu'à notre tour, nous conditionnons nos élèves de la même façon. Parallèlement, nous savons tous pertinemment que ceux qui ont marqué ce monde ont d'abord et avant tout été des marginaux qui ont su se détacher de l'ordre établi pour apporter du nouveau et améliorer la vie de leurs contemporains. Mais valorisons-nous cette anormalité ou cette différence dans nos classes ? Voilà où la mise en valeur de la créativité devient incontournable.

Cela dit, nos attentes envers les élèves sont qu'ils soient autonomes et qu'ils se démarquent par leur esprit critique et leur capacité à remettre en question l'ordre établi. Nous voulons les voir innover et se dépasser. Entre ces vœux pieux et les mesures que nous prenons au quotidien pour permettre cet accomplissement, il y a toute une brèche à colmater !

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