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La fin de la démocratie et l'échec des droits humains?

03/04/2016 09:03 EDT | Actualisé 04/04/2017 05:12 EDT

Ceci n'est pas une analyse des attentats du 22 mars en Belgique, c'est plutôt une réflexion par rapport à un contexte qui peut inquiéter facilement quelqu'un, quand certains signes semblent omniprésents.

Je dois avouer que le titre de ces pensées est et se veut provocateur, par le fait même que ce sont les termes les plus surutilisés par les élites globales pour justifier une intervention militaire et terrorisante hors de l'utopie occidentale. D'ailleurs, c'est ici qu'importe de suivre les effets post-9/11. On peut maintenant marquer l'entrée dans une ère qui est loin de nous mener dans un paradigme démocratique ou dans quelque chose qui défend lesdits droits humains en les suspendant.

D'abord, il y a une forte augmentation du discours haineux et une radicalisation de l'extrême droite en Occident qui n'est pas négligeable. Heureusement, plusieurs mouvements d'opposition ont su s'affronter à ce type de manifestation fasciste. Par contre, l'apparition d'opinions racistes, xénophobes, homophobes et, surtout, islamophobes ne fait que se multiplier aux États-Unis et en Europe.

En dehors de toute la littérature ou des productions d'opinions écrites par rapport à l'organisation État islamique, nous avons tendance à nous concentrer face à ce groupe d'une idéologie proche du nazisme, sans nécessairement regarder les dangers qui habitent tout près de nous. Une série d'interprétations du monde qui trouvent leur naissance à l'intérieur de notre quotidien : la reproduction d'un totalitarisme d'origine entièrement occidentale.

Justement, il est étonnant de voir à quel point nous avons intégré la peur et la nécessité «d'être en sécurité» en même temps que l'on a laissé de côté tout principe démocratique en ouvrant les portes à l'autoritarisme.

On pourrait me traiter de fou ou d'inconscient. «Quel individu! Il ne tient pas vraiment compte de la menace?» En fait, c'est cela que je crains, le retour d'une série d'événements disparates qui permettront de réactiver des administrations de la mort ou thanato-politiques comme celles d'Auschwitz ou des goulags. C'est là où nous sommes rendus, le point Godwin est un sujet de débat.

Nous sommes en 2016...

Et nous avons été témoins que l'histoire n'est pas arrivée à sa fin, qu'elle est disparate et ne suit pas une ligne progressiste. En ce sens, le monstre qui a donné naissance aux origines du totalitarisme est toujours présent et vivant.

En plus, ce que nous appelons de manière carnavalesque la «démocratie» est en train de se fondre avec la figure autoritaire de l'État d'exception. On impose leur «démocratie» en suivant la nouvelle norme qui suspend ces droits dits «fondamentaux» pour les êtres humains.

Il est impressionnant d'entendre plusieurs témoignages de victimes qui banalisent énormément l'intervention des organismes coercitifs, comme la police ou l'armée, dans les quartiers de la France et des États-Unis après un attentat. C'est comme si c'était complètement normal que l'on perquisitionne votre maison à n'importe quel instant, sans mandat, pour votre «sécurité», mais en vous prenant comme terroriste potentiel. Nous sommes coupables et victimes en même temps.

L'État d'exception est la règle, et il semble que nous ayons très bien intégré cette figure des moyens du bon dressage.

Comment se fait-il que l'on parle dans les grands médias des perquisitions sans autorisation d'un juge comme si c'était monnaie courante?

Comment se fait-il que nous soyons encore prêts à participer à notre propre désastre ou catastrophe humaine?

Avons-nous réellement appris les leçons du passé? J'espère que ce soit le cas, la résistance se voit dans l'alternative, mais encore.

Perdus dans le cœur de la grande Babylone

D'un autre côté, il est important de prendre conscience qu'une série de personnes déplacées et qui arrivent pour demander du refuge ne sont pas prises en compte par nos autorités, ni par une bonne partie de nous-mêmes.

Les images et récits de milliers de familles qui meurent en essayant de traverser ces murs et ces mers en gageant le tout, leur vie, font partie maintenant du quotidien occidental. Par contre, les 28 nations qui se disent former une partie du monde «civilisé» et «démocratique» ont pris la peine de négocier avec un régime fasciste comme celui de la Turquie d'Erdogan pour renvoyer toute une multitude d'«indésirables» hors de leurs frontières «civilisées». Sans oublier que la convention de Genève s'en va elle aussi dans l'oubli avec le droit international humanitaire.

Tout ça pour dire que l'on assiste à la renaissance d'une pensée et d'un système ouvertement fasciste soutenue de façon volontaire ou involontaire par un manque de volonté politique des élites et de certains groupes sociaux (les appuyeurs du Trump ou du Le Pen du voisinage) qui permettent l'établissement du discours de la haine dans notre quotidien sous la bannière de la liberté d'expression.

Les questions que je me pose à travers cette réflexion sont les suivantes : à quel moment ouvrirons-nous les yeux sur cette indifférence ou indistinction de leur «démocratie» avec l'État totalitaire?

Est-ce que ce sera après une autre charcuterie mondiale au nom de ceux qui font les guerres, bien commodes dans leur bureau? Ou ce sera après une autre extermination de masse qui dépassera les six millions en peu de temps? Je ne le sais pas, mais je n'aimerais pas l'apprendre ni le voir se matérialiser en même temps.

Alors, on pourra me critiquer que je n'ai pas touché l'État islamique. Justement, tout le monde ne fait que les analyser et se concentrer sur eux sans se regarder soi-même.

Il est critique d'éviter la pente descendante que nous avons prise dans les dernières années par rapport à nos propres totalitarismes. L'échec de la «démocratie» que j'utilise exprime le fait que ce masque n'est plus là. L'État d'exception est la norme, comme le disait Giorgio Agamben dans un article dans Le Monde, où l'État de droit est aujourd'hui l'État de sécurité.

Aucun mandat n'est nécessaire pour perquisitionner sous la suspension de nos droits, nous sommes tous et toutes espionnés à travers le World Wide Web par nos gouvernements. D'ailleurs, les plus grosses entreprises participent à ces enjeux politiques en leur vendant notre information personnelle.

On continue à parler en se servant de ces termes polysémiques, car leur surutilisation a rendu la démocratie et les droits humains des mots vides et hypocrites parfois.

Contrairement à leur naissance comme étant des concepts subversifs dans leur époque respective, aujourd'hui le plus grand dictateur ou double-moraliste les utilise de façon démagogue pour justifier l'utilisation de mécanismes totalitaires ou l'extermination d'un «autre».

Je ne crois pas que nous pouvons continuer d'être convaincus que sous l'exception nous sommes dans un régime démocrate, ou qu'avec la suspension des droits fondamentaux, c'est-à-dire humains, nous soyons mieux qu'une dictature.

En fait, le danger est que ce gouvernement du peuple par le peuple n'est pas encore présent, son mirage fabriqué ne l'est plus non plus. D'un autre côté, ce que les humanistes défendaient avec ferveur comme étant des droits universaux peuvent maintenant disparaître lorsque nécessaire sous la suspension normative que nos États sécuritaires imposent à leurs populations imbibées par la peur.

Est-ce la fin de la démocratie et des droits humains? Je ne crois pas, parce qu'en fait, nous n'avons pas encore construit cela. Nous faisons notre possible, car les expressions de la résistance sont présentes, sans patriotisme, sans militarisme, sans machisme et sans racisme. De plus, il sera impératif de créer des nouveaux concepts pour justement éviter de surutiliser l'inutilisable. C'est cela notre but et pourquoi j'utilise le «nous»? Parce que le miroir parle pour le visage d'un révolté.

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