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Festival de Cannes : Egoyan hué, Ceylan acclamé, Szifron provoque l'hilarité

16/05/2014 07:44 EDT | Actualisé 16/07/2014 05:12 EDT

La troisième journée de la compétition a bien mal commencé ce matin alors que la presse a salué de copieuses huées The Captive d'Atom Egoyan, qui ne court certainement pas la chance de figurer au palmarès samedi prochain. Pourtant cette histoire d'un réseau de pédophiles hameçonnant les jeunes filles sur Internet avec leur « vieilles » victimes captives promettait beaucoup. De fait, dans son utilisation des cadrages et son thème de la disparition d'enfants, The Captive évoque d'abord Speakins Parts puis The Sweet Hereafter. Hélas, le tout se gâche bientôt.

Huit ans après la disparition de leur fille (Alexia Fast), ses parents (Mireille Enos et Ryan Reynolds), persuadés qu'elle est encore vivante, convainquent deux détectives (Rosario Dawson et Scott Speedman) de reprendre l'enquête. Compliquant inutilement la progression du récit avec ses allers-retours dans le temps, Egoyan semble vouloir faire oublier les incohérences qui truffent le scénario de David Fraser. Malgré son histoire bouleversante, l'émotion est rarement au rendez-vous en raison de la facture clinique, du jeu peu convaincant des interprète et de l'interprétation caricaturale de Kevin Durand dans le rôle du ravisseur. Pour ajouter aux malheurs du spectateur, la musique de Mychael Dana se fait tapageuse et envahissante. Une grande déception pour les fans d'Egoyan.

En milieu de journée, la compétition s'est corsée grâce au cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan (Uzak, Iklimer). Rappelant l'univers de Tchekhov, Winter Sleep met en scène un acteur à la retraite (Haluk Bilginer, sérieux rival de Timothy Spall dans la course au prix d'interprétation masculine) qui tient un hôtel en Anatolie centrale avec sa femme (Melisa Sözen) et sa sœur (Demet Akbag).

D'une durée de trois heures et quart, Winter Sleep est sans doute l'oeuvre la plus bavarde dans la magnifique filmographie de celui qui nous a habitués à des films introspectifs et contemplatifs. Ainsi, Winter Sleep comporte plusieurs huis clos baignés d'une lumière chaleureuse où l'acteur entretient de longues conversations, essentiellement en champ/contre-champ, avec son entourage, lequel lui fait prendre conscience de ses limites et de ses contradictions. Plus cet homme laisse tomber ses différents masques, plus celui-ci se fait aussi détestable que fascinant. De loin, le meilleur film de la compétition jusqu'à maintenant.

En soirée, bon nombre de spectateurs ont croulé de rire devant l'hilarant film à sketchs de l'Argentin Damian Szifron, Relatos Salvajes. De la vengeance d'un musicien raté à une mariée qui perd les pédales le soir de ses noces, en passant par un homme qui récolte les contraventions et un duel explosif sur la route, ces contes sauvages menés tambour battant offrent une radiographique de la situation socio-économique de l'Argentine où l'humour noir et les situations absurdes font mouche. Une véritable bulle de champagne au cœur de cette compétition qui prend lentement son essor.

Un Certain Regard satisfaisant

Du côté d'Un Certain Regard, la contre-programmation comme se plaît à l'appeler Thierry Frémaux, délégué général du festival, l'heure était certainement à la fête hier soir alors que l'équipe de Party Girl a été chaleureusement ovationnée par le public. Relatant la véritable histoire de l'entraîneuse Angélique Litzenburger, qui joue son propre rôle, cette réalisation tricéphale signée Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis, fils d'Angélique, s'avère un tendre portrait d'une attachante marginale doublée d'une tendre chronique familiale et d'un tableau de société que ne renieraient sans doute pas les frères Dardenne.

Quatre ans après avoir reçu le prix de la Mise en scène pour Tournée, Mathieu Amalric est de retour avec La chambre bleue, d'après un roman de Simenon, où un homme (Amalric), accusé du meurtre du mari de sa maîtresse (Stéphanie Cléau, qui signe le scénario avec Amalric), se remémore leur relation torride. Sensuel, élégant, captivant, ce film tire sa force de son habile chronologie éclatée, laquelle entretient le mystère jusqu'à la toute fin. En somme, deux très bons films qui donnent envie de négliger la compétition officielle au profit d'Un Certain Regard...