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L'éducation: valeur marchande ou valeur fondamentale?

Publication: 5/03/2012 05:19

De notre perspective des choses, le choix que fait le gouvernement libéral d'augmenter inconsidérément les frais de scolarité pour des études universitaires constitue aussi, au-delà d'une vision purement comptable, une attaque frontale à l'une des valeurs fondamentales chères aux Québécoises et aux Québécois, une valeur bien enracinée dans la société québécoise tout entière, à savoir la solidarité entre les générations.

Aujourd'hui, plus que jamais, celles et ceux qui ne se sentent pas soutenus par leur propre communauté, sur la base de la solidarité qui nous distingue, seront plus enclins demain, sans état d'âme, à ne pas répondre aux appels à l'aide des plus mal pris de notre société. Le lien social sera alors brisé et, partant de là, c'est le sentiment d'appropriation à une même communauté qui serait profondément affaibli, fragilisé, nous exposant aux fourches caudines de la culture du libre-marché, de la loi de la jungle, en somme, de la raison du plus fort, pour ne pas dire, de la raison du plus riche...

Par cette hausse brutale des frais de scolarité, le gouvernement libéral est en train de démanteler l'esprit de corps de la société québécoise. Les auto-proclamés « grands bâtisseurs » se transforment peu à peu, mais très sûrement, en « grands démolisseurs » de communauté.

Quand une génération se sent soutenue par les siens, elle se souvient longtemps et développe le sens de la dette envers cette même communauté. Quand elle a le sentiment de ne pas être soutenue par sa communauté, c'est tout le contraire: elle la rejette et s'inscrit peu à peu, mais très sûrement, sur le chemin du chacun pour soi.

Cette hausse des frais de scolarité est le modèle parfait d'une décision politique qui engendre et nourrit l'individualisme, un trait culturel que je ne reconnais pas dans ce Québec de tous les possibles...

De plus, les effets pervers d'une telle hausse sont nombreux comme l'ont souligné Louis Dumont, Guy Rocher et Michel Seymour, tous professeurs à l'Université de Montréal, dans un article du journal Le Devoir du 17 janvier 2011, intitulé: Droits de scolarité - Le modèle québécois n'a rien d'une anomalie. Les auteurs y font notamment référence à l'ouvrage La Tour de papier; L'Université, mais à quel prix? de messieurs James E. Côté et Anton L. Allahar, lesquels soulignent les conséquences néfastes de droits élevés.

«Selon leurs observations, les gouvernements qui ont avalisé de telles hausses se désengagent alors de leurs responsabilités du financement de l'éducation supérieure, les étudiants veulent un retour immédiat sur leur investissement, en forçant une hausse marquée des notes qui leur sont accordées, et les universités se transforment en usines à diplômes. Pourquoi voudrions-nous de ce scénario au Québec?»

Cette marchandisation potentielle de l'éducation aurait un impact certain sur l'implication citoyenne de nos futurs diplômés. Les manquements à la citoyenneté, la méconnaissance de la citoyenneté, l'effritement, la déliquescence, la disparition de la citoyenneté, autant de sources potentielles des dysfonctionnements majeurs dans nos communautés.

La valeur de solidarité ne doit pas disparaître au profit du principe de matérialisme et de l'individualisme « égomaniaque », germe d'auto-exclusion, d'exclusion, de fracture sociale et d'injustices de toutes sortes.

Être citoyen, c'est être concerné par la vie de la collectivité. C'est pouvoir dire: la collectivité, c'est mon affaire. Aussi, la citoyenneté n'est pas seulement une question d'idées, c'est aussi une question de pratiques, de comportements, de valeurs intériorisées. Il faut donc offrir le maximum de chances en matière d'éducation pour que toutes et tous soient capables de trouver leur place dans une société dans laquelle la réalisation des projets de vie de chacun dépend de plus en plus des connaissances qu'il possède.

Nous le pensons et le disons depuis longtemps au Parti Québécois, l'éducation c'est le fer de lance pour développer le Québec et nos universités occupent une place centrale et croissante dans le développement de la société et des économies du 21e siècle. Les ressources cognitives sont dorénavant plus importantes que les ressources matérielles comme principal facteur de développement humain et économique. L'éducation et la formation permanente sont maintenant des éléments stratégiques des économies modernes.

L'éducation est aussi ce vecteur des valeurs et des repères dans un monde où l'environnement économique domine là où l'environnement politique, social et culturel change à toute vitesse.

En ce sens, l'éducation doit miser sur la performance et la solidarité et non pas sur les avantages résultant de la naissance ou de la situation financière des parents. Elle est le préalable de l'équité sociale.

D'où l'importance de réduire les barrières d'ordre économique à l'accès aux études supérieures.

D'où notre proposition d'un gèle des frais de scolarité jusqu'à la tenue d'un sommet sur l'enseignement supérieur et l'adoption d'une loi-cadre sur les droits de scolarité et les autres frais afférents qui visera à diminuer l'endettement étudiant, qui tiendra compte de la capacité de payer des étudiantes et des étudiants et qui préservera l'accessibilité économique et l'accessibilité régionale.

C'est tout un système de valeurs fondamentales qui est en jeu.

 
 
 

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