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Une campagne sans histoire et sans littérature?

24/08/2012 10:17 EDT | Actualisé 24/10/2012 05:12 EDT
CP

On raconte qu'insulté par le mépris manifesté par John George Lambton à l'égard des Canadiens-Français, un peuple sans histoire et sans littérature, selon son célèbre rapport Durham, l'auteur François-Xavier Garneau entreprit d'écrire sa célèbre Histoire du Canada. Ce chef d'œuvre démontrait à la fois combien l'affirmation de Durham était erronée et à la fois combien l'histoire du Canada* était riche.

Bien que ce livre dont Berthelot Brunet, auteur de Histoire de la littérature canadienne-française, disait en 1946 qu'il était «nos sagas et notre Chanson de Roland» ait été adulé pendant plus d'un siècle, l'Histoire du Canada de Garneau n'est malheureusement plus lu que par une minorité. Et François-Xavier Garneau lui-même ne représente plus, hélas, qu'un Collège pour certains ou une statue sur la Grande-Allée pour d'autres.

Cette amnésie collective est dramatique. La méconnaissance de l'histoire nuit au sentiment d'appartenance à la société québécoise et à la fierté associée aux origines. Elle nuit, en somme, à la conscience collective. Se pencher sur cette question et tenter d'y apporter des solutions devraient impérieusement avoir des échos de toute part dans la collectivité québécois. Il s'agit là d'une contribution vitale à l'émancipation d'un peuple que de vouloir lui donner un meilleur accès à son passé. Eh bien non, ce n'est pas le cas.

C'est pour corriger cet état de choses que le Parti Québécois a rendu publics jeudi ses engagements en matière d'enseignement de l'histoire dans l'indifférence totale.

Le Parti Québécois a présenté à la même occasion ses engagements plus généraux en matière de culture. De fait, nous avions convoqué la presse pour faire connaître plus particulièrement ces engagements. La culture. Comme l'histoire lui permet de s'enraciner, la culture et les arts permettent à un peuple de se définir par rapport à l'autre. C'est la culture qui rend un peuple unique. Évidemment, cette culture ne se limite pas aux arts, elle englobe les institutions et les valeurs. Mais les arts jouent un rôle fondamental dans la détermination de l'identité d'un peuple. Et pas seulement par rapport au monde mais surtout par rapport à soi.

Nous étions donc, Pauline Marois et quelques candidats dont moi-même, devant le Cinéma Beaubien à présenter les engagements du Parti Québécois en matière de culture, ce qui, compte tenu de l'importance de ce dossier, n'est pas une mince affaire. « La culture d'un peuple, c'est l'ensemble des manifestations de son identité et de ses différences. C'est aussi le langage à travers lequel nous exprimons notre vision du monde. Nous devons lui accorder des moyens supplémentaires pour s'épanouir », expliqua notre chef.

Enthousiaste, j'ai applaudi à cette affirmation. Surtout que j'étais conscient que donner des moyens à la culture de s'épanouir n'a que des avantages, économiques, sociaux, pédagogiques, pour n'en nommer que quelques uns.

Les engagements du Parti Québécois en matière culturelle sont ambitieux. Le budget du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) sera augmenté de 13 millions de dollars pour atteindre 100 millions par année et celui de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) sera quant à lui augmenté de 8 millions de dollars pour le porter à 70 millions de façon récurrente. De plus, le Parti Québécois prévoit de soutenir les tournées internationales avec une nouvelle enveloppe de 5 millions de dollars par année pour pallier les compressions fédérales que le gouvernement de Stephen Harper a imposées unilatéralement au secteur culturel québécois et débloquera 10 millions de dollars supplémentaires pour mettre en place une mission d'information régionale et nationale à Télé-Québec.

Ce n'est pas rien. Il y a clairement une volonté d'aider directement le milieu culturel au Parti Québécois et c'est d'ailleurs pourquoi nous ferons les pressions nécessaires auprès du gouvernement conservateur pour rapatrier l'ensemble des pouvoirs en matière de culture et les sommes afférentes.

Malheureusement, une fois les engagements présentés, la chef du Parti Québécois a dû répondre à des questions des journalistes qui portèrent pour l'essentiel sur les référendums d'initiative populaire. La culture, l'histoire, on repassera. Ça ne mérite pas la première page.

Le silence sur la culture et l'absence de préoccupations sur ces enjeux déterminants pour l'identité du peuple québécois ne sont pas les nôtres.

Soit, et je le dis sans amertume, l'actualité a ses droits, mais reste qu'au-delà de toute considération électoraliste, je suis heureux d'appartenir à un parti qui, comme François-Xavier Garneau, se lève pour son histoire et sa littérature, un parti qui fait le choix d'appuyer ceux et celles quoi font que nous sommes ce que nous sommes.

Nous ne baisserons ni les bras ni la voix.

*On aura compris qu'à cette époque, le Canada était ce qu'aujourd'hui nous appelons le Québec.

Pauline Marois en campagne