Maka Kotto

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Les fossoyeurs de culture

Publication: 16/04/2012 00:32

Forte de sa majorité à la Chambre des communes, l'idéologie conservatrice décomplexée a sévi une nouvelle fois avec le dépôt du dernier budget fédéral. Plus de 650 emplois seront supprimés à Radio-Canada, dont près de la moitié dans les services français. C'est une nouvelle désastreuse pour la qualité et la diversité de l'information au Québec.

Les salles de nouvelles en région subissent ainsi de plein fouet le contrecoup de cette barbarie à visage mondain, avec l'appauvrissement durable appréhendé de l'offre de l'information. Jean Pelletier, premier directeur de l'information télévisée, déclarait le 4 avril dernier : «Sur le front de l'information, les moyens deviennent de plus en plus réduits.» Des émissions comme Enquête, qui a débusqué, dans les dernières années, de nombreux scandales, verront-elles leurs moyens d'investigation réduits ? Si oui, ce serait une très mauvaise nouvelle pour la démocratie et une très bonne nouvelle pour les bandits, cravatés ou non...

Qu'entend faire le gouvernement de Jean Charest face à la fragilisation de ce diffuseur public qui célébrait récemment avec fierté son 75e anniversaire ?

La ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, qui connaît bien ces enjeux, s'est dite attristée et restera, dit-elle, attentive à la situation. Un peu court...

Interpellé sur cette question la semaine dernière à l'Assemblée nationale par Pauline Marois, la chef de l'opposition officielle, le premier ministre Charest n'a pas bronché et n'a pas semblé préoccupé de l'impact de ces coupes à Radio-Canada sur la qualité et la diversité de l'information dans les régions du Québec.
Une semaine plus tard, on attend toujours que le premier ministre Charest condamne le gouvernement conservateur de Stephen Harper pour ces coupes idéologiques et qu'il exige que Radio-Canada poursuive sa mission, soit celle d'offrir une information de qualité dans toutes les régions du Québec.

D'ailleurs, dans un article du journal Le Soleil , le 29 octobre 2011, le directeur des services français de Radio-Canada à Québec, Jean-François Rioux, disait, en marge du 75e anniversaire de l'institution, que « Radio-Canada est un repère dans la société, et une société sans repères est une société qui se perd », se réjouissant qu'au fil des ans, le contenu local prît une place grandissante, soulignant « que l'engagement au niveau régional est fondamental et est de plus en plus vrai ». Il en rajoutait en disant : « Si Radio-Canada Québec traitait l'information de la même manière que l'ensemble des autres médias, ce serait la noyade garantie. Le local est à la fois un gilet de sauvetage et une obligation envers le public ».
On peut toutefois présumer que les récentes (mauvaises) nouvelles émanant de son employeur ont eu un impact important sur son enthousiasme... surtout que l'article du Soleil était coiffé du titre : Radio-Canada : 75 ans tournée vers l'avenir.

Mais qui dit télévision publique, dit culture et le premier ministre Harper a depuis longtemps montré son vrai visage en ces matières. Déjà, entre 2004 et 2008, alors que je siégeais à la Chambre des communes, j'ai souvent eu l'occasion de dénoncer Stephen Harper (à la tête d'un gouvernement minoritaire en 2006) pour ses positions idéologiques archaïques et frémi à l'idée de le voir à la direction d'un gouvernement majoritaire... Je posais alors une question toute simple, à savoir si l'avènement d'un gouvernement conservateur majoritaire ne sonnerait pas le glas de la culture, au Canada en général et au Québec en particulier ? Les coupes à Radio-Canada, CBC et à l'Office national du film en sont un éloquent et triste préambule.

Le 75e anniversaire de Radio-Canada nous a rappelé la place unique de ce diffuseur public dans l'histoire et la vie culturelle du Québec, que ce soit au chapitre de l'information avec les René Lévesque et tant d'autres grands journalistes ; de son rôle dans la diffusion et le rayonnement de la chanson, de la poésie et du théâtre québécois ; de la production des grands téléromans et autres Beaux-Dimanches qui ont révélé aux Québécoises et aux Québécois leur exceptionnelle énergie créatrice et le talent inépuisable de ses artisans.
Le formidable héritage culturel qu'ils nous ont légué ne doit pas être dilapidé par pure dérive idéologique.

 
 
 

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