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Le Front national est l'allié des indépendantistes québécois, vraiment?

02/03/2015 10:52 EST | Actualisé 02/05/2015 05:12 EDT

On a dernièrement appris que plusieurs membres du bureau du Comité national des jeunes péquistes avaient préparé un texte contestant la hausse des frais de scolarité pour les étudiants français et décidé de le cosigner avec de jeunes responsables politiques français... Jusqu'ici pas de problème, cette rupture par Couillard d'un partenariat ancien est contestable. Certains la défendent intelligemment, c'est à dire pas seulement avec un angle budgétaire, c'est le cas de Jean-François Lisée par exemple, mais ce n'est pas le débat. Par ailleurs, faire un texte transversal des deux côtés de l'océan est logique.

Seulement, Joël Morneau, président des jeunes péquistes d'Abitibi, et par ailleurs soutien de Bernard Drainville, a pour le moins manqué de jugement. Le texte qu'il a initié, présenté devant le conseil exécutif, voyait plusieurs jeunes péquistes affirmer leurs valeurs communes avec le Front national, dont les représentants étaient présentés comme « des amis souverainistes francophones de la France ». Léo Bureau-Blouin a tout de suite signifié la fin de la récré, mais a dû faire face à une certaine résistance, les membres du conseil étant assez mitigés, le FN ayant salué publiquement l'élection de Pauline Marois en 2012. Finalement, le texte a été rejeté et le président des jeunes péquistes a expliqué que ses militants manquaient de culture politique française. C'est le moins qu'on puisse dire. De son côté, Bernard Drainville a clairement condamné cette initiative malheureuse. Lui qui a déjà du mal à se détacher de l'image de «candidat de la Charte» n'avait aucune envie de se voir acoquiner avec un parti d'extrême droite.

Cette inculture gravissime pour un représentant politique - même jeune - n'est pas pardonnable. Si l'on veut créer des ponts avec la politique française, il faut un minimum la connaître. Malheureusement, je vois très régulièrement des militants indépendantistes sincères dirent sur les réseaux sociaux que le Front national a raison, que c'est un parti logiquement partenaire des indépendantistes, etc. C'est totalement aberrant.

Il y a bien sûr le fond raciste, complotiste et antisémite du Front national. Ceux qui imaginent que cela a changé avec Marine Le Pen se fourre le bras (et pas le doigt) dans l'oeil. D'une part Jean-Marie Le Pen, condamné à de nombreuses reprises pour ses saillies racistes, est toujours député européen et élu régional. D'autre part, les dérives des élus et candidats FN se comptent par centaines. Le site L'Entente en soulève très régulièrement : ainsi tel candidat FN appelle à tuer les juifs, l'eurodéputée Sophie Montel parle de « l'évidente inégalité des races », des membres sont très régulièrement exclus pour leurs photos de tatouages et saluts nazis (ce qui n'arrive curieusement pas dans d'autres partis), etc. Il faut aussi rappeler que le FN est anti-avortement, opposé aux droits des homosexuels (comparés par de nombreux élus à des pédophiles et zoophiles), pour la peine de mort, anti-syndicats... Pas vraiment la position du PQ, même le plus identitaire.

Mais au-delà de ça, imaginer une alliance PQ/FN est totalement insensée puisque le Front national est radicalement opposé à toute idée d'indépendance des nations. Se proclamer «souverainiste» en France n'a pas du tout le même sens qu'au Québec: la France est un pays souverain, le Québec non. Un souverainiste français est d'abord un militant des frontières, anti-Europe, souhaitant radicalement contrôler l'immigration et militant pour une France unie et indivisible.

En effet, la France a une culture politique qui fait que l'État et la nation sont des concepts mêlés. Il paraît totalement insensé à de nombreux observateurs de les séparer, c'est une exception assez rare au sein du monde.

Le Front national est en première ligne dans ce combat d'arrière-garde, combattant tous les militants régionalistes. Ainsi, le FN s'est déclaré contre l'apprentissage des langues régionales, a milité très fortement contre la réunification de l'Alsace, considère la ministre française de la Justice Christiane Taubira comme une terroriste parce qu'elle militait pour l'indépendance de la Guyane...

De manière générale, tout ce qui peut avoir trait à l'idée d'indépendance ou d'autonomie d'une des nombreuses régions françaises s'attire les foudres du Front national, un parti construit sur un mélange entre des collaborateurs pro-Vichy et des barbouzes ayant combattu l'indépendance de l'Algérie. Conformément à son idéologie haineuse, raciste et refusant la différence, le Front national est donc profondément colonialiste et anti-indépendance - terme qu'il proclame même fièrement pour expliquer son opposition au référendum d'auto-détermination en Nouvelle-Calédonie*.

Alors, voir M. Moneau dire qu'«il faut arrêter de voir le FN comme une gang de fascistes et de radicaux» et comme des alliés de l'indépendance est simplement pathétique et idiot. Le voir conserver ses responsabilités avec une si grossière erreur, qu'il semble à peine regretter, paraît impensable.

Plus loin, lire que Charles Picard-Duquette, président des jeunes péquistes de l'Estrie, ose dire «Moi, je peux signer, j'ai un coloc noir. Ils oseront jamais me traiter de raciste!» atteint carrément le scandaleux. Le racisme larvé de ce deuxième commentaire, inexcusable et qui appelle à une réponse prompte du CNJ, montre en tous cas que le racisme larvé est très clairement partagé entre sympathisants FN de tous pays...

* De fait, hormis les partis directement régionalistes, le seul parti français qui milite pour l'indépendance de ce territoire, mais aussi de l'Écosse, qui défend la réunification du Pays Basque ou la création de régions collées sur les territoires culturels et qui siège aux Parlements avec les indépendantistes catalans ou écossais, ce sont les écologistes...

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