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Mettre une croix sur la Charte

14/09/2013 10:26 EDT | Actualisé 14/11/2013 05:12 EST

Mes valeurs sont celles de l'inclusion. Mes valeurs sont celles de l'ouverture. Mes valeurs sont celles que m'a inculquées cette société qui a toujours su se prévaloir de sa diversité pour en faire une richesse, dans la tolérance et le respect des libertés individuelles. Mes valeurs sont québécoises.

D'entrée de jeu, oui, je crois à la neutralité de l'État. Oui, je crois que les croyances personnelles, politiques et religieuses, ne doivent en aucun cas inférer dans les décisions de ceux qui représentent l'appareil étatique. Cependant, le devoir de neutralité ne se définit pas par l'affichage de ses croyances, mais bien le fait d'adopter une attitude impartiale dans le processus décisionnel. À mon sens, il est absurde de penser qu'une religion se remise au placard de 9h à 17h du lundi au vendredi. J'ai été offusquée par les propos de la première ministre affirmant qu'une éducatrice pourrait, par le simple port du voile islamique, tenter d'endoctriner des toutpetits.

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Pourquoi prêter de telles intentions? En quoi une fondamentaliste chrétienne ne pourrait engendrer le même impact malheureux alors que sa tenue vestimentaire serait tout à fait conforme aux normes que le gouvernement péquiste compte établir avec cette Charte?

Ce dernier fait fausse route en permettant de trier de petits symboles. Parmi les signes religieux à interdire, le seul pouvant être porté sous un autre format est la croix catholique. Je suis navrée, mais la kippa version miniature n'a pas encore vu le jour! Et soyons réalistes : bien rares sont les catholiques arborant une croix d'une taille aussi grande que celle qu'envisage de proscrire

le gouvernement.

Oui, je crois à l'égalité entre les hommes et les femmes. Non, je ne crois pas que ce projet de loi protège cette valeur bien plus universelle que québécoise et déjà garantie par nos chartes. M. Drainville se dit convaincu qu'il y a des femmes qui portent un signe religieux qui seront soulagées de pouvoir le retirer. Or, la beauté de vivre dans une société libre et démocratique est que celles n'étant déjà pas désireuses de le porter peuvent en toute conscience s'en défaire sans que l'État ne vienne décider à leur place ce qui leur convient ou pas! Et il est bien ironique de constater que les principales victimes de cette mesure seront bien les femmes puisque les hommes portant la barbe à des fins religieuses n'auront aucune obligation de la raser.

Oui, je crois au respect de notre patrimoine historique et culturel. Mais quand est-ce que cette histoire cesse de s'écrire? La première synagogue canadienne a été construite à Montréal en 1768, la communauté juive tirant des racines ici depuis le traité de Paris. Les Ukrainiens grécocatholiques et orthodoxes sont établis au Québec et ailleurs au Canada depuis la fin du XIXe siècle. Et que dire des Premières Nations qui ont accueilli des générations d'immigrants alors que nous omettons si souvent de les célébrer?

À l'heure où le Québec est en perte de vitesse économique, que l'atteinte du déficit zéro est compromise et que 59 % des emplois perdus en juillet 2013 étaient chez les jeunes entre 15 et 24 ans, notre Québec devrait canaliser ses énergies ailleurs et investir ses 1,9M$ de campagne publicitaire dans la recherche, dans le réseau universitaire ou dans les commissions scolaires, alors que le gouvernement a plutôt décidé d'amputer ces postes cruciaux pour notre relève.

Ostraciser certains groupes des charges publiques se révèle malsain tant pour notre tissu social que pour notre économie. Toutes les études sont éloquentes à cet égard : les immigrants, notamment ceux venus du Moyen-Orient, ont plus de difficulté à se trouver un emploi, malgré le fait qu'ils soient bardés de diplômes. Voulons-nous les exposer à encore plus d'obstacles d'intégration, accentuer notre taux de chômage collectif et ainsi ralentir notre économie? Car oui, ce qui exacerbe les tensions, ce qui freine le vivre ensemble, ce n'est pas la religion et encore moins le fait de l'afficher via des symboles ostentatoires. Ce qui freine le vivre ensemble c'est le fait de ne pas croire en une véritable égalité des chances et de voir s'amoindrir ses perspectives de mobilité sociale.

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