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Y a-t-il trop de Français à Montréal?

18/09/2013 11:54 EDT | Actualisé 18/11/2013 05:12 EST

Ou plutôt sur le Plateau, devrais-je préciser. Question fort impertinente je l'avoue. Si j'ose la poser, c'est peut-être parce que je suis moi-même immigrante française, un statut qui me colle à la peau même encore après 18 ans de vie commune avec les Québécois de souche, et même si je tente de me faire régulièrement passer pour une outremontaise.

Aujourd'hui, je me dis que, dans ce lourd et continuel débat autour de la future Charte et du soi-disant «envahissement» des musulmans, changer de cible ne ferait pas de mal et pourrait nous faire souffler un peu.

Trêve de plaisanterie, cette question m'est venue il y a quelques semaines à la lecture d'un article dans le journal La Presse intitulé «Cohue pour s'expatrier au Québec». On pouvait y lire, qu'en raison de la situation économique catastrophique en France, un grand nombre de Français voit en la province du Québec une terre d'espoir et de promesses. Je peux les comprendre alors que le taux de chômage là-bas est de 10 % (en constante augmentation depuis deux ans) avec 4,79 millions de chômeurs et de gens sous-employés.

Pour ma part, j'ai immigré par choix et j'ai donc tout laissé tomber par choix. En couple à l'époque, avec mon papier de résidente permanente acceptée, mon chat et une valise, je savais que tout serait à refaire. Ce qui a été le cas. Ah oui, en passant, pourquoi atterrissons-nous tous sur le Plateau ? C'est bien simple, avant de partir, vous vous renseignez, vous lisez de bons commentaires sur le quartier et vous vous dites que ce serait un lieu sympa pour un premier pied-à-terre. Aucun snobisme... au départ. Notre premier logement, nous l'avons dégoté grâce à un concierge (péruvien d'origine) hyper généreux qui nous a acceptés comme locataires sans emploi ni l'un ni l'autre. Attendri par notre petit couple sans meubles, il nous a prêté un matelas (pas de punaises à l'époque...), un canapé vraiment décrépi, un petit téléviseur noir et blanc et une radio. Notre intégration culturelle a commencé avec La petite vie et les lignes ouvertes de Ron Fournier. Pas mal, non ? Trois mois après notre arrivée, nous assistions au référendum de 1995 et à la sortie de Jacques Parizeau.

Je me souviendrai toujours de ce conseiller en immigration qui nous avait prévenus en ces termes: «Le Québec, ce n'est pas l'eldorado». Et il avait raison. Même s'il fait bon vivre au Québec, personne ne vous attend les bras ouverts, et il faut prendre le temps nécessaire pour y faire sa petite place. Et s'efforcer de la garder.

Or, ce qui m'inquiète un peu quand je lis des articles qui dépeignent le choix de Français désespérés de s'installer au Québec, c'est la raison première de leur décision. En attendant que le tout revienne à la normale dans leur pays, un grand nombre de ces «réfugiés économiques» viendraient uniquement chercher un répit de ce côté-ci de l'Atlantique. Avec la bénédiction de madame Hélène Conway-Mouret, ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée des Français de l'étranger qui affirme au sujet des mouvements de population: «C'est la même chose pour toute l'Europe. Pourquoi y voir quelque chose de négatif ? Quand le pays sera de nouveau en croissance, ils vont pouvoir revenir.» Ben voyons, c'est si simple. On se sert et on repart.

Bien sûr, il existe des accords d'échanges économiques entre le Québec et la France. Je pense par exemple aux PVTs, ces «permis vacance-travail» d'une durée d'un an qui permettent à des Français âgés entre 18 et 35 ans de venir travailler au Canada sans trop d'embarras administratifs. Les premières années du lancement de ce permis, les quotas étaient faibles. Or, depuis quelques années (le bouche à oreille sans doute), c'est le boom et on assiste à l'arrivée de ribambelles de pvtistes dans la belle province. On les croise au détour de nos rues ou derrière les comptoirs de certains commerces, particulièrement sur le Plateau que l'on tend à appeler dorénavant la Petite France.

Mais pour tous ceux et celles qui quittent patrie et famille en croyant trouver rapidement un travail à leur mesure, y aura-t-il vraiment de l'emploi pour tout le monde? Car la société québécoise vit ses propres soubresauts face à l'économie. Même si le taux de chômage atteint seulement les 7,8 %, il y a beaucoup de jobines ou d'emplois précaires. Les domaines manufacturiers ou de services professionnels connaissent des baisses d'activités avec des pertes d'emplois en conséquence. Le secteur culturel crie famine et le domaine des médias est une chasse gardée. Bien sûr, il y a des domaines d'activités qui sont en manque de main-d'oeuvre qualifiée comme l'aéronautique, le domaine industriel et les technologies de l'information mais il s'agit là de pénuries de travailleurs spécialisés. Dans ce cas-là, je comprends que si les démarches de recrutement n'ont pas permis de trouver les perles rares chez nous, on puisse élargir les recherches à l'international. Dont en France.

Bref, vous avez peut-être l'impression que j'encense un certain protectionnisme économique. Ce qui n'est pas le cas car je crois beaucoup à l'ouverture des frontières et à la mobilité internationale. Ce qui me préoccupe, c'est la chute brutale que peut représenter un espoir déçu. Venir s'installer au Québec, c'est avant tout accepter de s'intégrer dans une société différente (et non pas parente éloignée), d'adopter ses façons de faire et, surtout, de faire preuve d'ouverture, d'humilité et de patience. Beaucoup de patience. Ce qui se passe en Europe est dramatique et cela m'attriste.

Je ne pense toutefois pas que le Québec puisse se positionner comme un sauveur, et j'ose espérer que des organismes d'immigration comme Québec International qui a participé il y a quelques mois à un «Forum Expat» qui a attiré 3 000 personnes plutôt que les 500 ou 800 prévues, exposent aux intéressé(e)s une vision honnête et réaliste du Québec.

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