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Si nous changions de valeurs?

29/10/2013 12:15 EDT | Actualisé 28/12/2013 05:12 EST

Encore faudrait-il connaître ces valeurs, me feront remarquer certains d'entre vous. Vous n'auriez pas tort. D'autres lecteurs vont peut-être flipper à la perspective de devoir lire un autre billet sur le projet de charte. Certes, il y a bien ce point commun qu'est le mot « valeurs », mais n'ayez crainte, je n'ai guère envie de renouveler l'expérience d'exprimer un semblant d'opinion à ce sujet sur une tribune numérique. Oh que non, j'ai déjà donné... et reçu. Entendez par là non pas un bouquet de fleurs mais plutôt pas mal de tomates bien mûres.

Imaginez en plus, une maudite immigrante française qui vient mettre son grain de sel dans un débat qui appartient aux Québécois. Plusieurs lecteurs n'ont pas manqué de cracher leur hargne. « T'es pas contente, ma grande ? Ben retourne donc chez toé ! »... Encore heureux que je ne m'appelle pas Aicha ou Fatima. Bien entendu, il ne faut pas généraliser; des cons, il y en a partout. N'empêche que ces manques de retenue et de respect envers les idées des autres sont pas mal déconcertants et surtout dérangeants. À mon avis, la faute est imputable en partie à l'utilisation grandissante des réseaux sociaux qui permettent à certains internautes de ne pas être redevables de leurs actes.

En effet, ne nous leurrons pas, si les réseaux sociaux ont leurs avantages d'un point de vue, comme l'indique le nom, de relations sociales, ils entraînent aussi leur lot d'inconvénients. Certes, les gens partout dans le monde sont de plus en plus connectés et les frontières de communication tombent. Et c'est tant mieux. En revanche, la discussion raisonnée et le débat n'existent pas à l'ère du numérique. Pour certains éléments perturbateurs, seule la grossièreté sert d'argument, ceux-là même qui se cachent la plupart du temps sous le couvert de l'anonymat. Le pire est quand, en plus, ils ne savent pas écrire. Faut-il donc écrire uniquement des billets ou des blogues sur le sport, le showbizz ou la cuisine pour espérer avoir un peu de respect ?

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Non, non, je ne suis pas une petite nature, je vous assure. Mais j'avoue bien humblement que la lecture de nombreux commentaires disgracieux sur différentes tribunes citoyennes au sujet de la future charte m'a quelque peu affectée. Je suis même un peu sonnée. C'est comme si j'émerge d'un rêve d'une belle histoire qui se déroulait dans un coin de pays où tout le monde il était beau, tout le monde il était gentil.

Bien sûr que les opinions peuvent être divergentes, et je préfère bien mieux ça à la pensée conventionnelle, croyez-moi. Mais la polarisation extrême de la société québécoise apparue dans le cadre des débats a provoqué de véritables réactions épidermiques chez certains. Si tu es avec moi, tu es mon ami, sinon tu es un véritable traitre à la solde de l'ennemi. Quand ce n'est pas la corde sensible de l'histoire du Québec qui vient exacerber la susceptibilité et la sensibilité de certains individus. Alors dans ces cas-là, on peut lire des débordements de sentimentalisme proches de l'incivilité. Je ne leur dirais qu'une chose, à ces personnes « mesdames, messieurs, faire acte de mémoire et de respect est incontestable, refuser d'avancer avec son époque est une perte de temps».

Bref, dans ce contexte de frictions continues, il n'est pas étonnant que notre société présente des symptômes de dépression collective où chacun préfère rentrer dans le rang et s'isoler dans le confort de son petit monde, dépité ou désabusé. De toute façon, à quoi ça sert de vouloir changer les choses puisque ce que j'ai à dire est automatiquement écarté, hein ?

La société québécoise est triste; ça se voit et ça se ressent. Je le constate autour de moi et je commence à présenter moi-même des signes de lassitude. J'ai encore l'énergie de penser qu'il est grand temps de se ressaisir en bloc et de faire tomber toutes ces barrières invisibles (politiques, territoriales, linguistiques, de génération, etc.) qui pourrissent nos vies et nos discussions. La crise identitaire que nous connaissons et les déboires de nos institutions ne doivent pas saper notre envie de vivre au sein d'une collectivité saine et visionnaire. N'attendons pas que le miracle vienne uniquement de nos politiciens et décideurs. L'effort doit avant tout être individuel. Ainsi, si nos valeurs étaient à redéfinir ou même à définir, j'en proposerais quelques-unes : responsabilité, tolérance, ouverture d'esprit, ouverture sur les autres, délicatesse, empathie. Il y en d'autres, on a un grand choix.

Il est temps de souffler par le nez et d'apprendre à contenir nos susceptibilités. Donnons l'exemple à nos enfants qui, fort heureusement, apprennent à l'école les règles élémentaires d'un savoir-vivre ensemble et de gestion de conflits. J'ose espérer que les injures et les méchancetés ne font pas partie de la solution.

Allez, serrons-nous la main !

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