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Se pourrait-il que nos hommes soient malades... de détresse?

15/11/2014 09:08 EST | Actualisé 15/01/2015 05:12 EST

Le raz de marée de témoignages de femmes agressées sexuellement qui a suivi la mise en lumière des allégations d'agressions perpétrées par Jian Ghomeshi, m'a profondément attristée, abasourdie et perturbée. Comment se fait-il que, dans un Québec (et un Canada) qui aspire tant à l'égalité des hommes et des femmes, il y ait une telle proportion de femmes qui ont vécu l'inimaginable et qui plus est, dans de nombreux cas par des proches ?

Dans son article Cher Foglia, vous n'avez rien compris, Louise Gendron du magazine Châtelaine écrit « Tous les hommes ne sont pas des violeurs. Mais toutes les femmes, ou presque, ont peur. Pas besoin qu'il y ait 40 000 lions dans la savane pour changer le comportement de la gazelle (...). Les femmes ont l'inconscient d'une biche. Une peur chevillée si profondément qu'elles sont incapables d'imaginer la vie sans elle. La peur comme un sabot de Denver. » Aussi, elle explique qu'après un sondage rapide au sein de l'équipe de Châtelaine, il s'avère que pas moins de 19 femmes cumulent 6 agressions sexuelles et 63 ont vécu des incidents désagréables, soit dans des circonstances où l'on se dit « là, je suis dans la merde, ça risque de dégénérer. » Dans certaines commentaires lus ici et là, j'ai pu aussi relever ceci : « Toutes les femmes ont la peur de marcher librement dans la rue. »

Et là, je suis obligée de dire que je n'embarque pas dans ce genre de rhétorique trop empreint d'émotivité selon moi. Ici, au Québec (on n'est pas en Inde ni dans certains pays du Maghreb), ce n'est pas vrai que j'ai peur de marcher librement dans la rue. Et si je faisais un sondage autour de moi, je ne pense pas qu'il y ait tant d'amies que ça qui traînent la peur comme un sabot de Denver pour reprendre les termes de madame Gendron. Il est vrai que je ne suis pas un canon... Blague à part, je ne pense jamais à la menace d'une agression sexuelle à moins bien sûr de traverser le parc Lafontaine ou d'emprunter une ruelle seule à 2 h du matin. Certes, j'ai transmis à ma fille adolescente des notions élémentaires de prudence et surtout de respect de soi et, en tant que mère, je prie pour que rien ni personne ne la mette en danger. Toutefois, jamais ô grand jamais je ne lui ai transmis la peur de l'autre, quel qu'il soit.

En revanche, je vais avancer quelque chose ici qui risque de faire hérisser le poil de nombreuses personnes, surtout des femmes, qui vont peut-être penser que je prends la défense des hommes. Ce qui n'est pas mon propos puisqu'ici. J'essaie juste de comprendre pourquoi, au sein d'une aussi petite population (en termes de nombre de personnes), il y ait autant de violence. Ainsi, mon questionnement est le suivant ; se pourrait-il qu'un bon nombre de nos hommes soient malades... de détresse et de blessures passées ?

Faut-il rappeler que les hommes se suicident trois fois plus que les femmes ? Faut-il rappeler qu'il y a seulement 20 ans, le taux de suicide des adolescents québécois était l'un des pires au monde - lire l'article intitulé Le Québec n'a plus le pire taux de suicide au pays ? Si on devait comparer le nombre d'organismes de soutien pour femmes et ceux pour hommes, je ne suis pas certaine qu'il y a un fort déséquilibre. Alors, qu'est-ce qu'ils deviennent tous ces hommes tourmentés mais non soutenus?

Il y a aussi le nombre de signalements d'enfants maltraités en hausse en 2013. Pour son dixième bilan annuel, la Direction de la protection jeunesse s'inquiétait ainsi de la hausse du nombre de signalements d'enfants maltraités avec des augmentations de 12,3 % à Québec, et de 8,4 % pour la région de Chaudière-Appalaches. Pour l'ensemble du Québec, 80 540 signalements avaient été traités par la Direction de la protection jeunesse (DPJ), soit une augmentation de 4 % par rapport à l'année précédente. Dans un rapport de l'Institut de la statistique du Québec intitulé la violence familiale dans la vie des enfants du Québec en 2012, on pouvait lire aussi que dans l'ensemble, les garçons sont proportionnellement plus nombreux que les filles à vivre une forme ou l'autre de violence familiale (agression psychologique répétée, violence physique mineure ou sévère). Dites-moi, tous ces enfants ne risquent-ils pas d'être un jour ou l'autre dépressifs, alcooliques, toxicomanes ou d'avoir des troubles de la personnalité ou des comportements suicidaires ?

Sous ses airs bon enfant, il me semble que la société québécoise cache une âme torturée à différents niveaux, dont celui des relations entre les hommes et les femmes. Pouvez-vous me citer là tout de suite, un super beau film d'amour québécois, sensuel et romantique (sans humour ni tourmente), créé au cours des vingt dernières années ? Moi non. Avez-vous aussi remarqué que la plupart de nos séries télévisées ou webséries racontent la dynamique bancale entre les deux genres ? Les filles d'un côté, les hommes de l'autre ou si les deux se rejoignent, c'est toujours assez bancal ou jamais gagné d'avance...

Je ne veux pas minimiser la tragédie que représente l'accumulation des témoignages de toutes ces femmes courageuses, mais je crois réellement que ce serait le temps de considérer la violence faite aux femmes comme un enjeu de société dans son ensemble. Parler du respect pour les filles à nos petits gars dès leur enfance, ce serait bien, encore faut-il qu'on leur parle, à nos petits gars...

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