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Les raisons de la colère

06/10/2013 10:49 EDT | Actualisé 06/12/2013 05:12 EST

Dans un article publié le 14 septembre dernier sur le site lapresse.ca, on apprenait que le syndicat représentant les conducteurs d'autobus et les opérateurs de métro de Montréal avait décidé de prendre le taureau par les cornes pour mettre un frein à la violence contre eux. Ce «taureau» prend ainsi la forme d'une campagne de sensibilisation auprès des usagers dont le coût total frôle les 200 000 dollars...

Certes, la violence physique est inacceptable, mais y a-t-il autant de cas ? S'il s'agit plutôt de violence verbale, permettez-moi d'avoir quelques doutes tant les employés de la STM tendent à être de plus en susceptibles. Et puis nous, pauvres usagers, qui devons accepter sans broncher ces innombrables ralentissements de service quand ce n'est pas carrément des pannes majeures en pleine heure de pointe, pouvons-nous lancer une campagne y-en-a marre ? Nous, pauvres usagers qui devons faire affaire de plus en plus souvent à des agents transformés en pitbulls derrière les vitres de leur guérite ou peu enclins à relever la tête de leur livre, ne serait-ce que pour dire bonjour, pouvons-nous décider de ne pas payer ? Nous, pauvres usagers, qui goûtons chaque jour, entassés comme des bœufs, aux joies de la promiscuité dans le métro ou dans un autobus bondé, bloqué parmi les voitures en pleine heure de pointe, ce qui n'empêche pas le chauffeur de nous ordonner de pousser toujours plus vers l'arrière, pouvons-nous hurler que ça suffit ?

Oui, nous, pauvres usagers, avons-nous un moyen pour crier haut et fort notre ras-le-bol d'un service de transport en commun de piètre qualité ? Bien sûr que non. Au contraire, comme de dociles usagers, nous allons absorber une nouvelle hausse de la carte OPUS en janvier sans aucune amélioration du service en contrepartie. Comme chaque année.

La colère gronde, en tout cas en moi, encore plus quand j'entends les candidats à la mairie de Montréal jouer au traditionnel jeu des promesses même sur ce sujet. Se moquent-ils de nous ? Comme elle est intéressante cette idée quasi généralisée d'augmenter le nombre d'autobus. Tout comme l'ajout de 400 km de pistes cyclables proposé par la Coalition Montréal de Marcel Côté, ou encore l'aménagement de 130 kilomètres de service rapide par bus (SRB) sur des voies dédiées suggéré par Mélanie Joly. Certes, le réseau de tramway de Projet Montréal de Richard Bergeron fait rêver. Et ne parlons pas de l'accès WiFi dans tous les autobus, métros et abribus tel que promis par Denis Coderre, avouez que c'est super, on va être tellement plus heureux, n'est-ce pas ?

Bien entendu, je ricane. Faut-il leur rappeler, à ces candidats (sont-ils au moins des usagers réguliers du transport en commun ?), que le réseau est à 100 % de sa capacité. Plus le temps de rêver, il faut agir. Preuve que l'on se moque de nous, cette annonce récente du prolongement de la ligne bleue du métro. N'attendez pas une première pelletée de terre bientôt, oh que non. Le nouveau bureau de projet doit d'abord faire ses devoirs pendant deux ans, et ensuite on pourra éventuellement parler d'un début de commencement. Ainsi, le ministre des Transports et des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, envisage que le métro se rendra plus loin dans l'est de Montréal dès le début des années 2020...

Ah oui, faut-il leur rappeler aussi que le projet d'aménager un service rapide par bus (SRB) dans l'axe du boulevard Pie-IX, entre Montréal et Laval, a été une nouvelle fois retardé alors que le gouvernement du Québec a demandé de réévaluer la possibilité d'électrifier un corridor de circulation, au centre du boulevard, pour y aménager un tramway ou des trolleybus (sic). Si je ne m'abuse, ça fait pas mal d'années maintenant que l'on parle de ce projet. Dire qu'on ne parle même pas d'un système ultra-moderne de transport léger sur rail. Pathétique.

Bien entendu, on peut ne pas être d'accord avec des mesures de réduction de la circulation automobile comme celles du maire Ferrandez sur le Plateau Mont-Royal. Mais fussent-elles narcissiques, irréfléchies ou racoleuses, ces prises de décision devraient créer ce déclic pour faire sortir l'ensemble des élus de leur immobilisme. Car, et vous serez peut-être d'accord avec moi, ce n'est certainement pas une déviation de circulation par-ci par-là qui va régler cet enjeu majeur à Montréal. Mais non, au contraire, on ricane, on se choque, on s'invective et puis on passe à autre chose. Pendant ce temps, la ville suffoque avec un nombre toujours plus grand de voitures. Le réseau de trains de banlieue est bien peu développé et fiable pour encourager les résidents de laisser leur voiture à la maison. Le métro se fait vieux et même son nouveau ( !) système informatique fait souvent défaut.

Je ne veux plus entendre parler de réflexion. Action, réaction, s'il vous plaît, messieurs et mesdames les élus. Une taxe sur l'essence ? Certainement (elle n'est vraiment pas chère de ce côté-ci de l'Atlantique). Des péages ? Peut-être, mais à un prix raisonnable bien entendu. Des coupures dans les niveaux de décision ? Très certainement, il y a de l'argent qui se perd dans les dédales administratifs. Une contribution obligatoire des entreprises du centre-ville ? Sans aucun doute, car elles profitent d'une main-d'œuvre qui doit obligatoirement se déplacer pour mousser leurs profits. Faire appel à notre fleuron national, Bombardier, pour de nouvelles voitures de métro ? Pourquoi pas. Bref, n'essayez plus de plaire, il est temps de faire.

L'amélioration du transport collectif ne doit plus être au coeur de batailles partisanes ou rejetée sur la seule base d'une exclusivité de territoire. Autant la qualité de circulation que celle de l'air que nous respirons sont des enjeux de société et tout un chacun doit en être des promoteurs. Si le continuel « c'est pas moi, c'est lui » perdure, je ne vois pas comment Montréal pourra embarquer sur la voie de la prospérité.

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