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Quatre débats à la rescousse de la démocratie

10/08/2012 10:15 EDT | Actualisé 10/10/2012 05:12 EDT
PC

En cette campagne estivale, en plus d'avoir droit à une joute électorale des plus imprévisibles, nous assistons aussi à une lutte entre la télévision publique (Radio-Canada et Télé-Québec) et la télé privée (TVA). Avec l'annonce d'un grand débat à quatre (ou cinq) chefs le 19 août sur les ondes de la télé publique et de trois face-à face entre les chefs des trois principaux partis du 20 au 22 août sur TVA, les Québécois pourront pour une fois tirer profit de cette bataille que se font les géants des médias depuis des années.

Les quatre principaux partis politiques sont prêts depuis le printemps pour cette campagne et l'idée d'un débat qui devait inclure Québec solidaire était devenue incontournable depuis que le parti avait fait élire Amir Khadir en décembre 2008. Ce débat plus traditionnel, les partis l'attendent depuis longtemps, car sa forme est connue et le type d'échanges qu'on y retrouve est celui auquel les partis sont habitués depuis 1998 (qui fût le premier débat à inclure le chef d'un troisième parti).

Depuis 1994, les plans de campagnes des différents partis politiques prennent en considération la tenue d'un seul débat qui les propulse ensuite dans le tout dernier droit de la campagne électorale.

Une campagne électorale à quatre débats vient changer la donne pour les conseillers politiques qui prévoient les « lignes » de leurs chefs sur chacun des sujets et qui sont aussi ceux qui inventent les coups d'éclat des chefs lors de ces confrontations télévisées. Québec solidaire et Option nationale (sous réserve de leur participation) tenteront de jouer le tout pour le tout lors du premier débat, tandis que pour les trois autres chefs, la réelle confrontation aura lieu lors des trois jours suivants. Les stratégies seront donc complètement différentes et laisseront davantage de place aux vraies personnalités des chefs.

Des face-à-face incontournables

Les trois débats en duos entre MM. Legault et Charest ainsi que Mme Marois seront l'occasion pour les chefs d'aller au-delà des phrases faciles et des lignes d'attaque. Ils devront confronter directement leurs valeurs, leurs styles et leurs idées avec un adversaire au moins aussi préparé qu'eux et ce, dans un cadre qui donnera (idéalement) le même temps de parole aux deux belligérants. Cet exercice forcera les chefs à improviser rapidement et à nous montrer une partie d'eux-mêmes qu'on a trop peu souvent l'occasion de voir.

Lors des dernières élections présidentielles en France, le débat entre MM. Hollande et Sarkozy nous a montré tout le potentiel que pouvait avoir ce type d'exercice. TVA innove donc en nous donnant l'opportunité d'être témoins d'un réel débat entre les trois politiciens qui peuvent aspirer à devenir chef du prochain gouvernement. On pouvait s'attendre à l'indignation de Québec solidaire d'être tenu à l'écart de ces débats. La décision de TVA est toutefois la bonne, car selon tous les scénarios probables, QS ne fera élire qu'entre un et trois députés et n'est donc pas dans la course pour former le gouvernement.

Médias et politique

On reproche sans cesse aux médias de n'offrir qu'une infime partie de l'information disponible aux citoyens. En plus de sélectionner les nouvelles selon ce qu'ils considèrent être intéressant, la tendance des médias à interpréter le message des politiciens plutôt que de laisser ces derniers s'exprimer (par le biais de« clips » plus longs que les 7 ou 10 secondes actuelles) fait en sorte qu'il semble y avoir bien peu de communication non filtrée entre les citoyens et ceux qui aspirent à les représenter. Ces quatre débats seront une des rares occasions pour les citoyens d'analyser et de juger des discours des chefs de partis sans ces filtres interprétatifs que sont les bulletins de nouvelles ou les articles de presse écrite.

En période non-électorale, les émissions d'affaires publiques qui traitent de politique québécoise sont (trop) peu nombreuses et celles qui sont diffusées quotidiennement restent souvent en surface, invitent peu d'experts et surtout, ces dernières ne donnent pratiquement jamais la parole aux politiciens. Lorsqu'on compare la qualité des émissions politiques d'ici avec celles de nos voisins canadiens anglais (sur CBC ou sur CTV), avec celles des Français et celles des Américains, on ne peut que se désoler de voir qu'on accorde si peu d'attention aux débats politiques.

Cette fois, en plus de la couverture médiatique traditionnelle de la campagne électorale, la présentation de ces quatre débats donne davantage l'impression que nos entreprises de presse prennent au sérieux leur rôle d'information du public. On ne peut que s'en réjouir.

Portraits des chefs