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Redonner pour une énième fois sa deuxième chance au PQ?

20/10/2016 08:10 EDT

Sans mentir, si votre ramage

Se rapporte à votre plumage,

Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois.

Jean de La Fontaine

Jean-François Lisée est le nouveau chef du Parti québécois. Mais qui l'eut cru? Je m'adresse à ceux qui ont des intérêts et connaissances limités dans la politique québécoise et qui probablement ne savaient pas qui était Lisée avant qu'il n'éructe des «HEY!» intempestifs en débat.

Est-ce que l'élection de Lisée à la tête du parti qui est l'opposition officielle au Parti libéral du Québec doit nous redonner la confiance que le PQ n'est pas mort et qu'il est le meilleur véhicule politique pour jeter dehors Couillard et son entourage? Je ne le sais pas encore et en rédigeant ce billet, j'espère parvenir à une réponse convaincante pour nous tous, les indépendantistes égarés.

Le fin renard

Je connais le nom Jean-François Lisée depuis la parution de ses deux livres magistraux Le tricheur et Le naufrageur. Ces essais de 1994 sont en fait une entreprise de démolition de la réputation de Robert Bourassa (génération Y, allez googler ce premier ministre québécois, le plus nationaliste des libéraux). Il avait alors quitté la politique pour les raisons de santé que l'on sait, mais le PLQ était toujours au pouvoir. Est-ce que le livre a aidé à l'élection du PQ en septembre 1994? Difficile à dire, mais ce qui est moins mystérieux est que Lisée devint conseiller du premier ministre Jacques Parizeau.

Je peux affirmer fièrement avoir lu Le Tricheur et Le Naufrageur de bout en bout sans échapper un seul mot. Ces deux briques de 1302 pages au total relatent les évènements de la politique québécoise de 1990-1992 et surtout les enjeux politiques entourant les derniers jours de l'accord du Lac Meech (génération Y, allez googler cette importante borne sur la route de la politique québécoise) et ce qui suivra avec l'accord de Charlottetown.

Deux briques dans la mare de la politique québécoise

Qu'est-ce que je retiens de l'analyse de Lisée pendant ces 1302 pages? Et bien, que Bourassa n'avait pas grand classe. Qu'il mettait ses pieds sur le bureau durant les caucus, habillé comme la chienne à Jacques (mal habillé) comme on dit au Québec. Que Parizeau se fait appeler Monsieur, qu'il aime beaucoup la bouteille de vin.

Mais encore? Que Bourassa à une copie de Il Principe (Le Prince, de Machiavel) sur sa table de chevet. Lisée est très critique des démarches constitutionnelles de Bourassa (oh, je viens de perdre des lecteurs ici) tout en vouant une admiration pour ce politicien. Cherchait-il à être conseiller de Bourassa, de Parizeau ou de n'importe quel parti qui jouit du sacro-saint pouvoir? Ambitieux, le fin renard du journalisme.

Et si enfin nous avions trouvé le sauveur du PQ et que ce n'était pas le malheureux PKP?

Le prétentieux surprend

Ses livres n'étaient-ils qu'une carte d'affaires pour entrer en politique? Quoi qu'il en soit, même en tant que conseiller dans l'ombre, Lisée s'est bâti au fil du temps une réputation de grand pédant prétentieux au-dessus de ses affaires et de celles des autres. C'est généralement le sort réservé aux grands cerveaux de notre époque. Le peuple québécois ne comprend pas Lisée, un politicien hautement perspicace et intelligent doté d'une grande culture générale. Brrr. Mais c'est quoi cette bibitte? Les Québécois ont peur et le déclarent pédant. Voilà, le verdict est tombé et l'étiquette est collée.

Voyez sa perturbation de la campagne de la CAQ en 2012 dans un discours de François Legault. Admirez son courage de dénoncer le couronnement de PKP comme chef du PQ. J'ai moi-même qualifié ces actions de manque d'intelligence émotionnelle quoiqu'elles remuent la boue politique comme on a rarement vu. Je crois que Lisée s'inspire des grands politiciens du XIXe siècle comme Papineau ou George-Étienne Cartier.

L'incompréhensible peuple québécois

Dans ma tentative de comprendre le peuple québécois, mon peuple qui me semble si étranger, j'avais voté CAQ en 2012 pensant que tout le monde était rendu comme moi vers une nouvelle troisième voix. Mais non, le peuple a voté Marois alors que j'avais mis le PQ aux oubliettes.

Et de prendre ma carte du PQ en pensant que les Libéraux étaient dehors pour quelques années. Mais non. Pendant la campagne de 2014, j'ai eu beau avertir le bureau-chef de mon comté que je voyais plein de péquistes s'en aller à Québec Solidaire, ça ne servait à rien, les stratèges aveugles de Marois la voyaient majoritaire. On connait la suite.

Après cette horrible défaite, j'ai déchiré ma carte du PQ et suis devenu un indépendantiste égaré qui ne se reconnaissait ni dans QS, ni dans Option Nationale, et surtout pas au PQ dont la marque (en marketing) est synonyme d'échecs tout comme Samsung est synonyme de téléphones qui brûlent. Maintenant que Lisée est le chef du PQ, comment agir pour 2018?

Peut-être que le peuple se trompe en pensant que le Québec est maintenant fort dans son (et grâce au) Canada, mais il faut que le peuple se fasse sa propre idée, pas que les élites indépendantistes décident pour lui.

Quoi faire? Quoi penser?

Selon la réaction exagérée de Couillard, Lisée semble une véritable menace pour le PLQ. Et si enfin nous avions trouvé le sauveur du PQ et que ce n'était pas le malheureux PKP? C'est bien beau un politicien extrêmement intelligent, encore faut-il que le peuple l'élise. Je rêve d'un Québec dirigé par Lisée. L'important c'est de déloger les Libéraux, tout comme il a fallu déloger Harper.

Pour ce qui est de l'indépendance, je suis un peu comme Robert Lepage, je serai là quand ça sera le temps, mais ce n'est guère éthiquement correct de forcer dans la gorge des Québécois mous et des immigrants, une idée qu'ils n'ont pas au départ. Peut-être que le peuple se trompe en pensant que le Québec est maintenant fort dans son (et grâce au) Canada, mais il faut que le peuple se fasse sa propre idée, pas que les élites indépendantistes décident pour lui.

En attendant ce beau projet francophone, oui Lisée, je suis derrière toi. Libère-nous des Libéraux, première étape pour rétablir une identité francophone au Québec. Tel un phénix, tu fais renaître le PQ de ses cendres. Et svp, Aussant et autres branches mortes de l'indépendance, n'obstruez plus le chemin anti-libéral.

Note à moi-même: prépare-toi, Luc, à une autre peine d'amour avec le PQ, au cas où.

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