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Tir groupé à «Tout le monde en parle»: l'opposition au contrôle des armes à feu

14/04/2016 10:11 EDT | Actualisé 15/04/2017 05:12 EDT

J'aime toujours revenir sur un sujet après que la poussière (de la poudre de canon?) soit retombée, que les émotions à fleur de peau se soient atténuées et que l'attention médiatique (souffrant probablement de TDAH) se soit déplacée sur un autre os à ronger. Cela permet de respirer plus calmement et de percevoir le débat sous un autre angle, dans le but d'élever ledit débat à une phase supérieure, le tout étant toujours subjectif, évidemment, à ce que moi je crois être supérieur. (Pas moi qui crois être supérieur, mais plutôt ce que je crois qui est supérieur. On se comprend bien, là, je ne veux pas des insultes dans les commentaires sur un malentendu.)

Dans ce cas précis, le sujet est le pénible débat à Tout le monde en parle le 3 avril 2016 sur le contrôle des armes à feu.

La poussière provient de la fumée des tirs d'arguments de tous les opposants aux opposants du contrôle des armes à feu, c'est-à-dire, l'auditoire de gau-gauche paqueté pour l'occasion, Guy A., son fou du roi, Nathalie Provost, une collègue ingénieure, Michel Barrette (qui fétiche sur les voitures plutôt que sur les fusils, les voitures tuant aussi du monde, soit dit en passant) et Mario Tessier.

Les émotions à fleur de peau sont la quantité inutile de tweets durant et après l'émisison, provenant des deux camps, les opposants et les opposants aux opposants, surtout ceux qu'auraient reçus Dany Turcotte. Mais l'os à ronger du moment est le déni du deuil que Thomas Mulcair a à faire sur sa perte du pouvoir. Ah, le pouvoir! N'est-ce pas ce qu'un fétichiste des fusils recherche quand il accumule chez lui les armes non enregistrées?

J'ai heureusement écouté ce débat à la radio, car j'imagine que de l'avoir vu à la télévision m'aurait dégoûté de TLMEP pour de bon (ce qui n'est pas loin de se produire s'ils continuent comme ça). Un très mauvais moment de radio (et de télé), ce segment de l'émission était le traditionnel tir au pigeon qu'affectionne particulièrement TLMEP. Vous invitez une personnalité détestée de 99 % des Québécois (à tout le moins des Québécois de gauche), vous l'assoyez au milieu d'invités sympathiques, et Guy A. annonce le début de la chasse. Les invités mitraillent le malheureux condamné, sans appels, sans répliques, sans aide. Et l'auditoire de se transformer en la plus cruelle foule de lyncheurs assis.

Se régaler d'un tel spectacle est l'équivalent de ceux qui assistaient à des pendaisons dans un temps qu'on qualifie peut-être erronément de moins civilisé.

Quand ce n'est pas le doc Mailloux, ou le docteur Barrette ou Gab Roy, c'est Guy Morin, le vice-président du collectif citoyen «Tous contre un registre québécois des armes à feu» qui fait office de pigeon pour le plaisir sadique de Guy A. On se demande bien ce qui pousse ces malheureux à se pointer sur l'abattoir de ce plateau de Radio-Canada. Le cachet? Selon le doc Mailloux, il s'agirait bien du cachet.

La cause de Guy Morin est perdue d'avance auprès des pacifistes et gagnée aveuglément pour ses amis chasseurs. Y a-t-il moyen d'être opposé au contrôle des armes sans être un chasseur? Peut-on être pacifiste et «féticher» sur les armes pour ce qu'elles représentent, et non ce qu'elles font? A-t-on le droit de posséder une arme pour se défendre contre les non-pacifistes et les chasseurs de la droite?

Pourquoi s'opposer au contrôle des armes à feu?

Ce n'est pas un secret que j'étais présent à la Polytechnique quand le tueur (svp ne le nommez pas, il ne mérite pas son humanité) a perpétré son carnage, et Nathalie Provost était là aussi. Je la comprends très bien d'associer tous les maux du siècle aux armes à feu. Ces petites merveilles de technologie développées dans les tréfonds du Moyen Âge sont encore insurpassées pour expédier un autre humain dans le néant et les animaux dans votre assiette.

L'équivalent d'une flèche, en beaucoup plus mortel et précis, le fusil est utilisé par les corps policiers, les armées, il se retrouve dans les navires, les avions, les chars d'assaut sous une forme beaucoup plus imposante. Le symbolisme phallique ne peut être ignoré, le canon allongé épousant la forme du pénis jusqu'au point de copier la propriété du jet d'urine de tourner sur lui-même, le même effet qu'on voit avec un canon rayé pour augmenter la vélocité de la balle, quoique l'urètre n'est pas rayé à l'intérieur.

C'est une arme terrifiante quand on y pense, tuant à distance instantanément, et, à moins qu'on invente le fusil laser, le fusil à plasma ou le dissociateur d'atomes, l'arme à feu restera l'arme de choix pour les meurtriers en série et les suicidaires sans empathie. D'ailleurs, personne ne parle d'interdire les couteaux quand un meurtre par arme blanche se produit, comme il s'est produit à Montréal récemment. Le couteau ne fait tout simplement pas le poids devant le fusil.

Je peux donc comprendre aussi l'intérêt que certaines personnes ont à en posséder une ou plusieurs (comme M. Morin, qui en a un nombre non spécifié, probablement dans le 3 chiffres ou près) pour le sentiment de pouvoir sur l'autre, de sécurité et d'invulnérabilité. À chaque fois qu'un policier m'interpelle, je me demande, si comme un robot fou, il ne va pas dégainer son arme et me tirer, interprétant mal mes intentions soumises de citoyen sans défense devant les forces de répression de l'autorité.

Et c'est justement là que M. Morin se trompe d'arguments (je dirais même qu'il se tire dans le pied...) Quoique certaines personnes ne trouveraient sa cause défendable sous aucun prétexte, il devrait utiliser un autre argument que son argument principal, qui est que le registre de contrôle des armes coûterait trop cher à un État qui a besoin d'argent pour ses hôpitaux (afin de soigner les victimes d'armes à feu? Excusez-moi, je digresse). C'est un argument boiteux, mais tout comme l'argument que de sauver une seule vie n'a pas de prix. Donc un registre peut coûter 100 milliards s'il le faut, en autant qu'il sauve une vie, n'importe quelle vie (sauf une vie d'agresseur sexuel, si j'ai bien compris la logique du peuple québécois), alors le registre vaut son coût.

Et bien, chers pacifistes, ne vous en déplaise, mais la vie a bien un coût, et si vous voulez savoir il est de combien, demandez aux assureurs. Et vous constaterez aussi que chaque individu a un prix différent. Certains valent gros, et d'autres pas. Heureusement, les assureurs nous cachent tous ceci, sinon nous dormirions mal.

L'argument que M. Morin aurait dû invoquer, qui est l'argument majeur aux États-Unis pour posséder une arme, qui est aussi l'argument que notre ex-premier ministre Stephen Harper avait invoqué, est le désir de protéger les siens et soi-même contre un agresseur armé. Ou des autorités, qui deviendraient totalitaires?

Et nous voilà rendu à la portion science de mon article, car est-il vrai que de posséder une arme comme moyen de défense nous assure de prolonger notre vie?

Une étude sur l'espérance de vie pour les possesseurs d'armes à feu

Le bon sens nous dirait que ceux qui possèdent une arme ont une espérance de vie plus élevée parce qu'ils peuvent s'en servir pour se défendre contre une agression quelconque. Or, cette étude de Charles Branas de l'université de Pennsylvanie arrive à une conclusion différente.

Sur une période de deux ans et demi, ils ont analysé 677 fusillades à Philadelphie en regardant si les victimes transportaient une arme ou pas. Le groupe de contrôle consistait en résidants de la même ville et de paramètres similaires : âge, genre, groupe ethnique. Le résultat surprenant est que les victimes qui transportaient une arme étaient 4,5 fois plus susceptibles d'être atteintes par balles et 4,2 fois plus sujettes à être tuées que ceux qui n'avaient pas d'arme.

Autrement dit, le fait de posséder une arme sur soi augmente les chances d'être victime d'une agression armée.

Comment peut-on expliquer ceci? Est-ce qu'une arme n'est pas sensée nous protéger des méchants voleurs?

Il semblerait que de se promener avec une arme donne un faux sentiment de sécurité, ou que les agressions escaladent vite vers de la violence armée. Si vous n'êtes pas armé, vous allez vous tenir tranquille et éviter les situations dangereuses.

Il y a aussi le fait que si une arme se trouve à la maison, un accident peut arriver, quelqu'un de votre entourage peut s'en servir contre vous, ou même le voleur s'en emparer, quand ce n'est pas tout simplement que vous ne savez pas vous en servir correctement.

Donc, statistiquement, l'argument qui stipule que j'ai besoin d'une arme pour me protéger et que c’est pour cette raison que je ne veux pas l'enregistrer, car c'est un fardeau bureaucratique supplémentaire et inutile, ne tient pas la route. Le fait de posséder une arme ne protège pas du tout.

Les libertariens

Les libertariens modernes, dont Éric Duhaime, prônent les libertés individuelles et une non-ingérence de l'État dans les affaires personnelles des citoyens. Comme de posséder des armes. L'État ne devrait pas ajouter du contrôle dans ce domaine et des enregistrements supplémentaires, selon eux.

Probablement que Guy Morin est de cette idéologie aussi. C'est un souhait louable de vouloir moins de bureaucratie s'infiltrer dans nos vies privées. Mais posséder une arme est-il un privilège, un droit? Une technologie qui peut tuer à distance, est-ce que ça ne rentre pas un peu dans la sphère publique?

Il est vrai que les voitures tuent tout aussi dramatiquement et qu'un permis de conduire est essentiel. Au Canada, obtenir une arme à feu requiert un ou plusieurs cours et la délivrance d'un permis. Vous pouvez vous promener avec un char non enregistré : tôt ou tard, vous allez vous faire prendre. Avec une arme, c'est plus difficile de surveiller tout ce qui se promène en circulation.

Et qu'en est-il de l'argument que ce ne sont pas les armes qui tuent, mais les personnes? C'est un peu vrai. Une arme, un objet inanimé qui ne bouge pas de lui-même, a besoin d'un humain pour être actionné afin de tuer. Et un humain qui veut tuer doit se trouver une arme.

Sauf que c'est plus facile pour une arme de se trouver un humain (car il y a beaucoup d'humains tout partout), que pour un humain de se trouver une arme. Donc, s'il n'y avait pas autant d'armes, il n'y aurait pas autant d'occasions pour une arme d'être disponible pour un meurtrier. Ce qui revient à dire que les armes tuent, dans un sens.

Il faudrait donc moins d'armes. Et moins de policiers avec des armes.

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