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Sur le projet de loi 62, Charles Taylor, Jocelyn Maclure et Gérard Bouchard se contredisent

En lisant leurs nombreux textes, j’ai l’impression de me retrouver au centre du roman Soumission de Michel Houellebecq.

30/10/2017 09:00 EDT | Actualisé 30/10/2017 15:02 EDT
Pogonici via Getty Images

Pour justifier leur opinion sur ce projet de loi, nos intellectuels se réfèrent à de grands principes universels et objectifs, mais souhaitent que ces grands principes soient appliqués localement d'une manière subjective.

Charles Taylor et Jocelyn Maclure sont des philosophes catholiques qui militent pour protéger toutes les religions. Leur récente prise de position publique sur le Projet de Loi 62 nous propose un raisonnement contradictoire. En lisant leurs nombreux textes, j'ai l'impression de me retrouver au centre du roman Soumission de Michel Houellebecq.

La philosophie vise l'universel, le général, les concepts, les lois en général et ne s'occupe pas du particulier, du singulier, des affects, de l'application concrète des lois. Nos deux philosophes semblent oublier cet aspect fondamental de leur discipline. Les philosophes ne doivent-ils pas se concentrer d'abord et avant tout sur la recherche des concepts universels, comme l'affirmait Hegel ?

D'une part, ils affirment la prépondérance des principes universels, la ''liberté de religion et le droit à la non-discrimination des femmes'' et d'autre part, ils laissent les individus appliquer ces principes, localement au cas par cas : «Les employés et gestionnaires qui œuvrent dans ces organismes sont les mieux placés» pour juger concrètement de l'application de la Loi. Avouons que les mobiles et les motifs qui poussent nos philosophes à faire de telles affirmations sont obscurs.

Le fait que Charles Taylor reçoive des prix accompagnés de milliers de dollars démontre bien que les religions, qu'il essaie de sauver, perdent du terrain.

Cela démontre que, face à la montée des Lumières, de la raison et de la laïcité, nos penseurs religieux sont aux abois. Les religions sont des institutions humaines qui offrent aux peuples des mythes, des légendes et des récits fabuleux. Le fait que Charles Taylor reçoive des prix accompagnés de milliers de dollars démontre bien que les religions, qu'il essaie de sauver, perdent du terrain.

Dans un livre récent Les avenues de la foi, Charles Taylor affirme que le rationalisme de la science est «sclérosant» et que l'être humain doit s'appuyer sur des «intuitions indémontrables», parce que le monde n'est pas réductible à des «lois causales.» Ces intuitions, on l'aura deviné, sont de nature religieuse et improuvable.

Charles Taylor a gagné le prix de la Fondation Templeton comme de nombreux prêtres, pasteurs, évangélistes, évêques qui se nomment Desmond Tutu, le Dalaï-Lama, mère Theresa, le frère Roger, Jean Vanier, etc. tous des gens très religieux. Ce prix de 1.5$ million est donné à des militants qui défendent les valeurs religieuses. Cette fondation soutien des partisans du «dessein intelligent».Charles Taylor est le seul philosophe à avoir reçu ce prix qui donne une bourse plus importante qu'un Prix Nobel.

Daniel Weinstock, professeur de philosophie à l'UdeM et à McGill, et l'un des commissaires de la Commission sur les accommodements raisonnables, présente dans un livre, les idées de son ancien professeur. Il critique sa conception de la religion :

«Dans l'avant dernier paragraphe du livre, Les sources du moi, Taylor fait valoir ses convictions spirituelles personnelles, qui lui font placer son espoir dans le théisme judéo chrétien et dans sa promesse centrale d'une affirmation divine de l'humain, plus totale que celle à laquelle les êtres humains pourraient jamais atteindre par eux-mêmes.»

Fait extrêmement surprenant dans le petit monde des intellectuels québécois, dans son article Daniel Weinstock ose parler des préjugés de Charles Taylor présentés dans ce même livre.

«Des préjugés ont également été soulevés par des historiens inquiets par ce qu'ils voient comme étant la tentation manifestée par ''Source du moi'' de faire dans ''l'histoire à thèse''. Par exemple, pour Jerrold Seigel, qui a consacré tout un ouvrage, The ''Idea of the Self'', à la formulation d'une histoire de sujet occidental s'inscrivant en faux par rapport à celle de Taylor, l'entreprise de ce dernier est viciée à l'avance par le fait qu'il choisit les auteurs qu'il voit comme étant fondamentaux pour notre tradition, ainsi que les arguments à mettre en évidence chez tel ou tel ou tel philosophes, en fonction de sa thèse philosophique qu'il veut mettre de l'avant. Cela donne lieu à mon avis à une vision fortement biaisée de l'histoire du sujet.» Bref, Charles Taylor sélectionne ses références historiques pour justifier a posteriori sa thèse de départ pour protéger les religions.

Les figures d'autorité doivent aider les jeunes à se faire une opinion en se basant sur le respect des institutions démocratiques. Monsieur Bouchard nie cette réalité.

Son collègue et coprésident de la commission éponyme, Gérard Bouchard n'est pas en reste. Dans un texte, Perdre le gout du Québec, il affirme aussi de grands principes universels : «Nous vivons dans une société démocratique où règnent une grande liberté et un attachement profond aux idéaux de justice sociale et d'égalité.» Une telle prise de position devrait annoncer une invitation aux jeunes à adhérer à ces idéaux. Mais au lieu de pousser les jeunes à qui il parlait, à respecter les lois, il rejette la loi 62, votée démocratiquement par les élus de l'Assemblée nationale. Selon lui, cette loi est «mal ficelée, les motifs sont douteux, est un fatras de contradictions et d'inepties assorties de dispositions byzantines, que les villes refusent d'appliquer.» Imaginez ce que peut comprendre un jeune issu d'une société ou la démocratie n'existe pas ou est malmenée ? Une loi peut être contestée, mais ne peut être rejetée comme le fait le maire Coderre. Les figures d'autorité doivent aider les jeunes à se faire une opinion en se basant sur le respect des institutions démocratiques. Monsieur Bouchard nie cette réalité.

Nos trois professeurs me rappellent le héros du romanSoumission, de Michel Houellebecq. Le personnage principal fait partie de l'élite intellectuelle des professeurs d'université. Il participe au processus de collaboration avec un islam adapté à la France, qui veut promouvoir la religion. L'auteur décrit une université française imaginaire, corrompue par l'argent saoudien. Il a imaginé avec humour une pratique raisonnable de l'islamisation, modifiant toutes les coutumes, les lois, la vie des femmes et les cours donnés aux étudiantes. Les Saoudiens utilisent leurs milliards de pétrodollars pour subventionner les universités qui payent grassement des professeurs ordinaires qui acceptent l'autorité académique d'un recteur musulman. Ces professeurs ont même le bonheur de pouvoir se marier avec une ou deux jeunes étudiantes islamistes. Nos intellectuels québécois devraient connaitre le philosophe athée Michel Onfray, qui affirmait récemment : « Michel Houellebecq a diagnostiqué l'effondrement spirituel de notre époque.''

Il me semble que monsieur Charles Taylor ferait œuvre plus utile en conseillant à ses amies pour couvrir leur figure, de porter un masque à l'Halloween, pendant le Carnaval du Mardi gras, les fêtes d'enfants, les parties pour adultes, etc., mais pas l'été par 35 degrés Celsius, en attendant le bus! Il pourrait se servir de sa notoriété internationale pour promouvoir la tolérance. De son côté, Gérard Bouchard devrait recommander de respecter les lois votées par nos députés élus démocratiquement.

Quand faut-il se découvrir le visage en vertu de la loi 62 ?