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Les cégeps fêtent leur 50e anniversaire: les gagnants et les perdants

La formation technique sort grande gagnante de l’apparition de cégeps.

09/11/2017 06:34 EST | Actualisé 09/11/2017 06:34 EST
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Avec la création des cégeps, la formation est uniformisée en offrant un diplôme, le DEC de trois années d’études après le secondaire avec des enseignants tous diplômés des universités.

La grande gagnante de la création des cégeps est la formation technique. La grande perdante, la formation générale. Je propose des solutions pour améliorer la culture générale et former une élite de classe mondiale.

Les cégeps furent créés, en 1967, en fusionnant les institutions vouées à la formation technique et les collèges classiques responsables de formation générale. Le ministère de l'Éducation réapparut au Québec en 1963 et créa les polyvalentes en 1964.

La formation technique sort grande gagnante de l'apparition de cégeps. Avant 1967, le diplôme technique variait d'un endroit à l'autre au Québec. Les diplômes s'obtenaient avec l'équivalent de deux à cinq années d'études après un primaire de sept années. Dans la région des Laurentides par exemple, on a de la difficulté à inventorier les académies, collèges commerciaux, collèges industriels, petits séminaires, séminaires, collèges, instituts agricoles, couvents de filles, écoles normales, écoles secondaires publiques, instituts spécialisés, écoles ménagères, etc. Il était impossible de comparer la valeur des diplômes et des formations. De plus, une plus de onze communautés religieuses féminines, et plus de quatorze masculines, se faisaient concurrence en offrant des formations et des diplômes sans commune mesure parce le ministère de l'Éducation n'existait pas. La création des communautés religieuses à l'époque équivaut à nos ''Startups'' actuels. Avec la création des cégeps, la formation est uniformisée en offrant un diplôme, le DEC de trois années d'études après le secondaire avec des enseignants tous diplômés des universités.

Avec la création des cégeps, la formation est uniformisée en offrant un diplôme, le DEC de trois années d'études après le secondaire avec des enseignants tous diplômés des universités.

Jusqu'en 1967, la formation générale, le cours classique, durait huit années après un primaire de sept années. Par la suite, après ces 15 années de ''vraies'' études (diminué à13 avec les cégeps), vécues souvent comme pensionnaire dans un collège, les diplômés étaient admis en droit, médecine, génie, lettres, etc. Dans les collèges classiques, les avocats apprenaient la langue du droit, depuis 2000 ans en Occident, le latin et les médecins, celle de la science et de la médecine, le grec. Les jeunes ouvriers, travaillaient, et étaient membre de la JOC ou Jeunesse ouvrière catholique, les jeunes étudiants, étudiaient, et étaient membre de la JEC, ou Jeunesse étudiante catholique et les Jeunes agriculteurs étaient membre de la JAC ou Jeunesse agricole catholique. ''Chacun son métier et les vaches seront bien gardées'', comme le dit l'adage millénaire. Chacun était à sa place. En étudiant quotidiennement deux des plus grandes civilisations de l'histoire humaine, les Grecs et les Romains, le cerveau des jeunes était façonné par de grandes idées qui allaient les influencer pendant toute leur vie.

Pour illustrer concrètement mon propos, je me réfère aux réactions culturelles récentes de nos élites politiques qui illustrent bien les différences entre ceux qui ont étudié au collège classique et au cégep. Il y a quelques années, pendant les travaux de l'Assemblée nationale, Bernard Landry, diplômé d'un collège classique, à l'occasion d'une dispute, voulait écouter le point de vue de toutes les parties. Il a utilité la célèbre expression latine issue du droit romain : ''Audi alteram partem,'' il faut entendre l'autre ou les autres côtés. Ce qui découlait de sa formation basée sur les humanités gréco-latines. De son côté, la ministre de la Justice Stéphanie Vallée, diplômée de cégep, dans le cours d'une discussion à l'Assemblée nationale sur le discours haineux a affirmé : « Ce n'est pas sorti d'une boîte de Cracker Jack. Il y a d'autres États, d'autres législations qui l'ont encadré ». La députée Manon Massé en a rajouté avec son fameux pogo. «Ça prend pas le pogo le plus dégelé de la boîte pour comprendre qu'après avoir mis le feu dans la bâtisse, ce n'est pas un coup de peinture et des rideaux qui vont changer les choses». Depuis la création des cégeps, le niveau du discours au ''Salon de la race'' n'est plus le même. Ces interventions font en sorte que certains se demandent si le niveau intellectuel au Québec baisse !

Bref, en créant les cégeps, on a appliqué une expression consacrée : ''On a jeté, le bébé (les humanités classiques) avec l'eau du bain.'' Le clientélisme est devenu le critère d'admission principal. On a assisté à la colbleuisation, et à la marchandisation de l'enseignement supérieur. On a suivi le mot syndical : ''Tous également ignorants, pauvres et incultes.'' Les Cegeps.Inc sont maintenant perçus comme des PME qui investissent en région.

J'ai dû adapter, simplifier, édulcorer le contenu de mes cours de philosophie pour que les étudiantes, surtout de techniques humaines, non habituées au langage abstrait, puissent au moins obtenir la note de passage.

Concernant la formation technique, je me réjouis de la qualité des cours donnés par mes collègues. Ceux de la formation générale sont tout aussi compétents et dévoués. Là où le problème surgit, c'est dans cette volonté d'ingénierie sociale de mélanger dans les cours de philosophie et de littérature les étudiants des deux secteurs. J'ai dû adapter, simplifier, édulcorer le contenu de mes cours de philosophie pour que les étudiantes, surtout de techniques humaines, non habituées au langage abstrait, puissent au moins obtenir la note de passage. Un collègue se vantait de répéter la matière jusqu'à quatre fois pour que les plus faibles comprennent. Désolant et démotivant pour les meilleurs.

Je propose un retour à une formation de qualité des élites de la société québécoise. Nous en avons bien besoin. Le manque de rigueur intellectuelle dans la formation des dirigeants de demain est très grave. Les cours de formation générale, philosophie, littérature, mathématiques, etc. devraient revenir à ce qu'ils étaient avant la création des cégeps, des cours de haut niveau. Dans ces cours, les professeurs pourraient pousser intellectuellement les jeunes beaucoup plus loin qu'à l'heure actuelle. Les étudiants du secteur général apprendraient plus et auraient la chance d'approfondir leurs connaissances. Ces cours bonifiés ne seraient offerts qu'aux étudiants du secteur général, qui se retrouveraient entre eux, comme ce sera le cas à l'université après le cégep. Les meilleurs professeurs seraient attitrés à ces classes pour donner un maximum de chances aux jeunes. Nous ne pouvons pas nous payer le luxe encore longtemps de former des jeunes en abaissant continuellement le niveau des études. Bref, les meilleurs seraient mieux formés.