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On est en train de couper dans le muscle et dans l'os des services publics

29/09/2013 11:36 EDT | Actualisé 29/11/2013 05:12 EST

«Les services aux citoyens ne seront pas affectés». «Il ne faut pas s'en faire, ça ne touchera pas les services aux patients, ça ne vise que l'appareil administratif». «Les coupes ne visent que les dépenses administratives, les services directs aux élèves seront maintenus». Combien de fois avons-nous entendu ce genre de propos depuis les années 80 ? Compressions budgétaires, atteinte du déficit zéro, restructuration, virage ambulatoire, réingénierie de l'État, resserrement des dépenses publiques, peu importe le nom que l'on donne à ces réductions imposées aux services publics, on a toujours prétendu « couper dans le gras ».

Eh bien, un rapport de la protectrice du citoyen vient confirmer ce que les syndicats - la CSQ au premier plan - et les groupes sociaux dénoncent depuis des années : on est en train de couper dans le muscle et dans l'os des services publics.

La porte ouverte à la sous-traitance et au privé

Raymonde Saint-Germain, la protectrice du citoyen, souligne que la pénurie de ressources entraînée par les compressions budgétaires a poussé plusieurs ministères et organismes à diriger les citoyens vers des ressources communautaires ou des entreprises privées avec lesquelles des ententes de service sont signées.

Tout récemment, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, préparait le terrain à la sous-traitance aux entreprises d'économie sociale en ce qui a trait aux prestations de soin à domicile. Confier ces soins à l'économie sociale et aux entreprises privées reviendrait à confirmer le désengagement de l'État en la matière. Le tout en prétextant des économies qui se feraient aux dépens des travailleuses et des travailleurs et, ultimement, des patientes et des patients eux-mêmes.

Mesures de contrôle et qualité des services

Les mesures de contrôle nécessaires pour assurer la qualité des services offerts par le secteur privé sont complexes, nombreuses et coûteuses. La gestion de tels programmes est nécessairement plus compliquée. Il faut assurer la coordination de nombreux paliers décisionnels entre plusieurs acteurs différents, mettre en place des processus de certification, des démarches d'agrément et de déploiement des différents dispensateurs de services, etc. Tout ça, sans parler des mesures administratives pour assurer la facturation des services et le contrôle des dépenses !

On le voit aux États-Unis où le privé a une place prépondérante dans le système de santé : le privé coûte plus cher ! Les dépenses administratives (servant entre autres à coordonner les prestations de services entre les multiples intervenants ayant chacun leur propre système de gestion) s'élèvent à 7 % de la facture totale aux États-Unis contre 3,7 % au Canada.

Sortir du cercle vicieux des compressions

Le problème avec les compressions budgétaires répétées dans le secteur public, en santé comme en éducation, est justement qu'elles nuisent aux services à la population. À force de presser le citron et de complexifier le travail, on fait en sorte que l'on n'arrive plus à répondre aux besoins des citoyennes et des citoyens. Ces difficultés servent ensuite de prétexte pour ouvrir encore plus grande la porte au secteur privé. Ce faisant, il reste moins d'argent dans le secteur public et la valse repart de plus belle !

Il est plus que temps de nous sortir du cercle vicieux des compressions budgétaires et de nous donner les moyens d'assurer la pérennité, la qualité et l'efficacité de nos services publics. Pour cela, on doit tout d'abord sortir de la logique du déficit zéro à tout prix et véritablement chercher de nouvelles sources de revenus !

Quelques liens

- Le rapport du protecteur du citoyen

- Le privé en santé - Coûts et efficacité

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