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Canada 150, un périple à la recherche d’une identité nationale

Je ne me reconnais pas dans la célébration artificielle de repères multiculturels bricolés.

26/07/2017 09:00 EDT | Actualisé 26/07/2017 10:01 EDT
Egmont Strigl via Getty Images
Ce sentiment est difficile à expliquer. Il n'a rien à voir avec l'accueil et la bonne entente de ceux et celles avec qui je partage le lien citoyen.

Je suis de nationalité québécoise française chantait Gauthier alors que j'étais adolescent. Mais le texte était déjà modifié. Cette vieille ode marquant la fierté du peuple de mes ancêtres se fredonnait en parlant de la « nationalité canadienne-française ».

On est passé du Canada français au Québec français, mais moins en affirmant une fierté qu'en la perdant. C'est du moins l'impression laissée par mon périple d'été aux Iles-de-la-Madeleine en cette année célébrant le 150e anniversaire de la confédération.

Charlottetown

Nous avons quitté Québec, le premier juillet aux aurores, pour une longue journée de route. L'objectif était d'avaler le bitume jusqu'à Charlottetown, de visiter un peu et de se rendre à Souris, pour tardivement embarquer sur le bateau nous conduisant au port de Cap-Aux-Meules.

C'est long et c'est loin! Mais bon, la plupart des belles choses ont un prix et dans le cas des Îles, le bonheur d'y séjourner est sans commune mesure avec la peine infligée par la distance.

Mais avant la découverte de l'archipel, il y'a eu la halte à Charlottetown. Je n'avais pas réalisé l'importance de la chose avant notre arrivée sur les lieux mêmes où le sort du Canada s'est scellé en 1867.

Je ne me reconnais pas dans la célébration artificielle de repères multiculturels bricolés.

J'ai été frappé de constater à quel point je ne me sens pas Canadien comme d'autres se sentent Américains, Anglais ou Français. Je ne me reconnais pas dans la célébration artificielle de repères multiculturels bricolés.

Ce sentiment est difficile à expliquer. Il n'a rien à voir avec l'accueil et la bonne entente de ceux et celles avec qui je partage le lien citoyen. Je n'ai aucun problème à cohabiter avec eux. Mon malaise vient de l'idéologie proposant de faire de nous une méga corporation d'affections superficielles. La fiction canadienne repose sur une vision lénifiante du lien politique. Déambuler dans le port de cette cité très jolie, parmi mes concitoyens aux visages peints de feuilles d'érable rouges, m'a laissé coi. Qu'est-ce qui nous lie vraiment d'un océan à l'autre? Est-ce le respect de nos sacro-saint droits et libertés individuelles ? « Notre-dame-de-la-charte, priez pour nous ! », se serait exclamé le frère Untel.

Trudeau père de celle-ci n'était pas dupe des conséquences fâcheuses qu'elle allait induire sur le régime démocratique canadien. Mais fort du parlementarisme britannique présidant nos institutions et en rapatriant la constitution, il croyait possible un équilibre des forces par l'effet attracteur du fédéralisme nouveau genre contre la tyrannie de forces individualistes.

À Charlottetown, j'ai ressenti l'échec de cette vision du Canada.

À Charlottetown, j'ai ressenti l'échec de cette vision du Canada. Et je me suis souvenu de l'Île-du-Prince-Édouard comme l'ancienne Île-Saint-Jean. C'était le lieu d'installation des colons français, nommés Arcadiens par l'explorateur Verrazano en référence à l'Arcadie des Grecs. Champlain en modifia l'orthographe et cela nous a donné l'Acadie.

Havre-Aux-Maisons

Trudeau, père de Justin, a éduqué son fils en lui faisant boire le lait de ce « meilleur des mondes » aux promesses tarabiscotées. Je dis cela sans cynisme. La fiction de bonne vie politique à la canadienne tente de récupérer les appartenances de chacun sans les altérer pour une cohabitation pacifique autour de... Je suis incapable de formuler ce que cela peut être vraiment.

Ainsi, nous avons quitté Souris, le 2 juillet à deux heures du matin en direction d'Havre-Aubert. Nous avons touché terre cinq heures plus tard par un petit matin pluvieux. À la faveur de la générosité d'un ami, nous logions dans une résidence des plus coquettes de Havre-aux-Maisons. Nous étions perchés sur une colline avec vue sur la mer.

Dès notre arrivée, et certainement grâce au choc du contraste avec les célébrations euphoriques de Charlottetown, je me suis trouvé bien.

Le séjour aux Îles-de-la-Madeleine a été magnifique de beautés naturelles, de rencontres pittoresques et de repos revigorant. Mais par-delà les vacances, l'expression «se sentir chez soi » prenait toute sa mesure. Dès notre arrivée, et certainement grâce au choc du contraste avec les célébrations euphoriques de Charlottetown, je me suis trouvé bien.

Je ne raconterai pas ici le détail d'un séjour tellement plaisant. Je résumerai ma réflexion politique à l'occasion d'une randonnée pédestre sur l'île Boudreau. En nous rendant à ce joyau, dont la pureté n'a d'égal que l'archipel lui servant d'écrin, j'ai été frappé par la présence sur les maisons du drapeau acadien. J'en avais vu tout de même pas mal à l'Île-du-Prince-Édouard (origines obligent), mais ici, il y en a beaucoup. Sur le sentier traversant la petite île, de jolis iris bleus et dorés ornaient le sol, ceux-là mêmes ayant inspiré les formes de la fleur de lys emblématique du drapeau québécois.

Choc au creuset de la filière française, le drapeau acadien m'a fait signe. Simplicité des formes et message direct, cet étendard du fait français cherchant sa place dans l'Amérique parle de la mère patrie. Il s'agit du même bleu-blanc-rouge avec comme seul signe distinctif une étoile dorée dans le coin supérieur gauche. C'est la Ave MarisStella, l'étoile de la vierge Marie ancrée dans la partie bleue du drapeau et en opposition aux croix de Saint-André et de Saint-Georges incrustées dans le Union-Jack britannique présentes sur les différentes versions des drapeaux antérieurs à l'unifolié. Époque révolue où l'antagonisme des cultures était clairement exprimé, où l'identité s'affirmait sous un étendard ostentatoire, est-ce pire que d'exprimer une unité artificielle sous les couleurs de symboles édulcorés?

Il m'a semblé, à l'occasion du court séjour sur l'archipel des Îles-de-la-Madeleine, retrouver les vestiges d'une lutte à terminer, évanouie dans une amnésie collective propre et convenue.

Il faut voir ou revoir le documentaire de Pierre Perrault, L'Acadie, L'Acadie! C'est une pièce d'anthologie où s'exprime la fougue des étudiantes et étudiants de l'Université de Moncton en 1968. L'une d'elles affirme avec mélancolie : « Peut-être l'Acadie c'est un détail? Peut-être n'est-ce qu'un détail ? »

Je me suis demandé si mon Québec, interpellé à la liberté par Charles de Gaulle il y a exactement 50 ans, n'était pas en fin de compte qu'un détail lui aussi...

Halifax

La fin des vacances devait se faire par un passage obligé à Halifax. Mon grand-père Louis-Robert a été, en temps de guerre, ingénieur sur un navire marchand dont la mission était de ravitailler les Alliés en Europe. Un beau matin treize bâtiments ont quitté le port d'Halifax et douze d'entre eux ont été coulés par les U-boots allemands. Grand-papa naviguait sur le seul à avoir été épargné. Je devais y aller, m'imprégner des lieux et rendre hommage au courage de ces marins, dont celui de mon grand-papa.

Halifax est aussi une très belle ville. Son port, à bien des égards, ressemble à celui de la ville de Québec. Mais ce qui m'a impressionné en raison du motif de la visite, c'est cette question du courage.

Que signifie le courage pour un citoyen habitant la démocratie qui l'a vu naître et dans laquelle il évolue?

Que signifie le courage pour un citoyen habitant la démocratie qui l'a vu naître et dans laquelle il évolue? Je parle ici du courage comme de cette disposition à affronter des défis plus grands que notre petite personne. C'est la qualité morale menant à de ne jamais prendre pour acquis le monde dans lequel nous évoluons. C'est la vertu ancrée dans une réflexion qui cherche à comprendre d'où nous venons, pour mieux anticiper et bien construire où nous irons. Enfin, c'est un antidote à l'individualisme poussant à l'envie de faire œuvre commune.

Au musée maritime d'Halifax. Nous avons visionné des documents d'archives montrant la réalité des hommes et des femmes, coudes serrés, faisant face à l'adversité. Étaient-ils meilleurs que nous? La question n'est pas là. Ils étaient sans doute plus soudés les uns aux autres. Peut-être? Alors resurgit la devise des Acadiens : « L'union fait la force ».

Mais l'union au nom de quoi ? Ça restera la grande question. L'Acadie et le Québec ont en commun originellement : une religion, une culture et une langue. Dans les deux cas, il y a eu une identité à défendre, un combat pour la survie politique. Mais les années ont passé et l'assimilation a progressé à la faveur d'une baisse démographique constante.

Pour sa part, le Canada est un projet aux intentions rassembleuses. Mais bricoler le rassemblement n'est pas susciter l'union et la force associée en souffre nécessairement d'autant.

De retour à la maison, je fais le bilan. Mon voyage a été des plus instructifs. Je suis de nationalité franco-québécoise. Je demeure profondément ancré dans la mémoire de ma culture originelle, habitant un lieu morcelé où je cherche désormais à défendre cette identité, à la proposer sans l'imposer, à la rendre séduisante aux yeux de ceux et celles m'entourant.

C'est un peu ce que je dois à mon ancêtre, l'abbé Marcel-François Richard, lequel a donné son drapeau à l'Acadie. C'est aussi pour mon grand-papa Louis-Robert et pour mes enfants et petits-enfants.

Et qui sait, à vous qui me lisez ?

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