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Les nouveaux ministres et les fonctionnaires

28/04/2014 12:19 EDT | Actualisé 27/06/2014 05:12 EDT

Le cabinet de Philippe Couillard a été formé ; certains des élus ont eu l'honneur d'être nommés ministres et, après l'euphorie du moment, ils devront bientôt rencontrer les hauts fonctionnaires de leur ministère. Enthousiastes, les élus se seront préparés et auront avec eux un ordre du jour contenant une liste de mesures qu'ils espèrent voir instaurer dans leur ministère.

Pour les fonctionnaires, rien de nouveau sous le soleil, ils sont déjà au courant de la liste d'épicerie qui leur sera présentée ; elle était contenue d'ailleurs dans le programme électoral du parti, et voilà des semaines qu'ils se préparent pour expliquer à leur nouveau ministre les raisons pour lesquelles ces promesses électorales sont irréalisables.

C'est un scénario qui se joue à tous les niveaux du gouvernement tant au fédéral qu'au municipal et je suis bien placé pour le savoir. À titre de nouvel élu à la mairie, j'ai rencontré un directeur général qui avait plus de trente ans d'expérience ; durant cette première rencontre je lui ai présenté quelques projets que je tenais à cœur.

C'est comme s'il avait deviné mes intentions, mais il ne pouvait savoir, j'avais été élu par acclamation. Qu'à cela ne tienne, il s'était bien préparé pour m'expliquer les difficultés que je rencontrerais dans l'implantation de mes suggestions. Lorsque j'ai voulu insister, il m'a rappelé que « les maires passent et les directeurs généraux restent. » En cours de mandat, après avoir acquis un peu plus d'expérience, j'ai tout de même réussi à réaliser plusieurs de mes projets non sans provoquer quelques étincelles.

Un politicien d'expérience, qui a détenu plusieurs ministères à Québec, a confirmé que l'expérience que j'avais vécue se répétait à tous les niveaux du gouvernement. Il m'a expliqué que la pire erreur à faire durant cette première rencontre avec les hauts fonctionnaires consistait à dévoiler ses intentions. Il était préférable de demander aux fonctionnaires de dévoiler leurs objectifs. C'est une approche déconcertante pour de hauts fonctionnaires qui se voient obligés de dévoiler leur propre plan de match, s'il existe.

Les nouveaux ministres doivent donc tempérer leur enthousiasme avant de se lancer dans des réformes en début de mandat sans avoir obtenu l'avis et la coopération de leurs fonctionnaires. Ces derniers possèdent une longue expérience et s'empresseront de couler à l'opposition et aux médias les faiblesses de ces réformes proposées sans leur accord. Suffit de penser aux premiers mois du dernier gouvernement québécois qui a dû reculer sur un nombre important de mesures qu'ils avaient annoncées. Je pense, entre autres, aux mesures proposées sur les redevances minières. La ministre Martine Ouellet avait tellement hâte de mettre les méchantes minières au pas qu'elle s'est empressée de dévoiler ses intentions. Elle a vite appris qu'elle n'était pas la patronne et elle a dû mettre de l'eau dans son vin et tempérer ses ardeurs.

Je devine que c'est le branle-bas de combat dans la fonction publique depuis l'élection du Parti libéral, ce parti qui nous avait promis dans le passé une réingénierie de l'État, une promesse qui ne s'est pas vraiment réalisée. Cette dernière est devenue la Révision permanente des programmes sous la responsabilité de Martin Coiteux, le nouveau président du Conseil du trésor. Tous les responsables de programme ont ressorti leur présentation plus ou moins poussiéreuse pour défendre la pertinence de leur organisation. Le nouveau ministre n'a qu'à bien se tenir, les fonctionnaires l'attendent de pied ferme.

Il y a par contre des exceptions et c'est le cas du Dr Barrette qui arrive au ministère de la Santé avec une bonne connaissance des dossiers. Non seulement il connaît ses dossiers, mais il a aussi la réputation d'être un fin négociateur. Entre autres, il sera intéressant de voir s'il réussira à régler le problème des temps d'attente dans les urgences, un problème qui inquiète l'ensemble de la population. Depuis trente ans, tous les ministres se sont cassé les dents sur ce dossier qui n'est pourtant qu'un problème de gestion, mais ils se sont tous frappés à la sempiternelle résistance au changement.

Obtenir la coopération des fonctionnaires n'est pas une tâche facile et représente un énorme défi ; les nouveaux ministres devront s'attaquer à l'immuabilité de l'appareil de l'État, une tâche difficile, complexe et qui demande de la persévérance. Les hauts fonctionnaires eux ne s'en font pas outre mesure ; si la tentative échoue et que les problèmes persistent, ce sont les ministres qui seront blâmés.

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