Depuis plus de quarante ans, la question nationale est la pierre de touche de la politique québécoise. Ponctuée de deux référendums, cette question a dominé tout le débat et elle reste encore, malgré les apparences, celle qui domine la scène politique. Qu'on la défende, la combatte ou la remette à plus tard, elle reste la question fondamentale.
Présentement, le Québec traverse une période de transition et de flottement, à la recherche de nouvelles balises. Les années de réveil et de rattrapage qui ont suivi la Révolution tranquille des années '60 ont épuisé leur cours et le Québec est maintenant devenu une société moderne qui aspire à tenir sa place dans le peloton de tête des pays développés. Comment, alors, poursuivre la marche en avant? Comment redéfinir la question nationale à la lumière des réalités d'aujourd'hui, qui sont bien différentes ce celles d'il y a quatre décennies.
Première différence : la réforme du fédéralisme canadien n'est plus une option. Ce fut, pendant longtemps, la solution mise de l'avant par les tenants du fédéralisme. Elle exige toutefois que le reste du Canada accepte de modifier la constitution canadienne pour répondre aux aspirations du Québec et, même si un bon nombre de Québécois le souhaite encore, les évènements ont montré que cette hypothèse est devenue absolument inacceptable aux autres provinces, qui ne veulent définitivement plus en entendre parler. Qu'on le regrette ou non, c'est un fait indéniable qu'on ne peut ignorer sans tomber dans le déni.
Deuxième différence : il est maintenant accepté que les Québécois forment une nation. C'était loin d'être le cas il y a quarante ans, aussi bien pour les Canadiens que pour les Québécois eux-mêmes. Rappelons-nous le « one nation » du premier ministre Diefenbaker et souvenons-nous également notre appartenance à la nation canadienne-française, dont le Québec n'était que le point d'appui. Aujourd'hui, la grande majorité des citoyens vivant au Québec, surtout s'ils sont de langue française, se reconnaissent comme Québécois et s'identifient collectivement à la nation québécoise.
Troisième différence : au point de vue sociologique, la nation canadienne et la nation québécoise sont de plus en plus distinctes et différentes. Cette différence, déjà évidente sur la scène politique, sociale et culturelle, est appelée à s'accentuer fortement au cours des prochaines années sous un gouvernement conservateur dominé par l'Ouest et où le Québec est pratiquement absent. Avec la perte de poids politique du Québec à la Chambre des communes, cette tendance est permanente et ne pourra aller qu'en augmentant.
Quatrième différence : les Québécois ont réussi à faire reconnaitre par le Canada, et par le monde, qu'il leur appartenait de décider eux-mêmes de leur avenir national. C'est là le fruit de deux référendums tenus démocratiquement et d'une décision de la Cour suprême du Canada. Même la Loi sur la clarté adoptée par le Parlement canadien, si on la lit correctement, reconnait ce droit. Ce qui n'empêche pas que la transition vers la souveraineté et les rapports subséquents avec la fédération canadienne soient éventuellement sujets à négociation, comme cela se fait partout.
Cinquième différence : il est maintenant admis de tous que la société québécoise actuelle possède effectivement tous les moyens et toutes les ressources nécessaires pour devenir un pays. Ces ressources et ces moyens sont même supérieurs à ceux de la majorité des pays déjà indépendants. Même le premier ministre Charest a été obligé de l'admettre publiquement à plus d'une reprise.
Mais voilà précisément d'où viennent le flottement et l'hésitation qui caractérisent le climat actuel. Les Québécois se retrouvent soudainement devant une conjoncture qui les effraie. Ils forment une nation de plus en plus différente de la nation canadienne; ils ont le pouvoir et les moyens de devenir une nation souveraine; la réforme du fédéralisme n'est plus une option possible; ils doivent donc choisir entre l'indépendance et le statu quo. C'est un choix qu'ils aimeraient mieux ne pas avoir à faire. Mais c'est un choix qu'ils savent, au fond d'eux-mêmes, qu'ils ne pourront pas toujours éviter et qu'ils devront faire un jour. Par contre, ils ne veulent surtout pas manquer leur coup, et par conséquent ils hésitent. Avant de lancer la prochaine étape, ils veulent s'assurer que, comme on dit, la prochaine fois soit la bonne.
«To be or not to be, that's the question», car on est ou on n'est pas. La seule et vraie raison d'être indépendant, c'est de ne pas être dépendant des autres, mais de n'être dépendant que de soi-même. Depuis les origines, il y a quatre cents ans, les Québécois ont continuellement lutté pour devenir, progressivement, de plus en plus maitres chez eux. Cette marche a été brutalement interrompue par une conquête militaire. Mais tout le monde sait bien qu'elle ne s'arrêtera pas avant d'avoir atteint son objectif final. Un jour...
Je reconnais que vous utilisez la bonne expression en soulignant que la Chambre des commune, donc, les Canadiens, reconnaissent que les Québécois forment une nation, mais vous faites ensuite un lien entre le Québec, les Québécois et ceux qui habitent au Québec, laissant sous entendre que la population du Québec aurait été reconnue comme nation.. Or vous savez très bien que ce n'est pas le cas. La définition du terme "Québécois" accompagne et explique la Résolution de la Chambre des communes de novembre 2006 qui "Reconnaît que les "Québécois" forment une nation dans un Canada uni,
Cette définition stipule clairement que les Québécois dont il question dans cette Résolution sont tous les Canadiens-fançais, quel que soit l'endroit où ils habitent au Canada.
Si le PQ, Québec solidaire ou Option nationale aspirent un jour à gouverner un pays, il leur faut très rapidement avoir une opinion sur tous ces grands dossiers et non plus seulement sur les domaines de juridiction provinciale
Cela est particulièrement important pour re-motiver les Québécois de souche et mobiliser les 25 ans et moins pour qui les référendums sont une abstraction, pour les anglophones qui aiment vivre au Québec ainsi que pour les Français qui débarquent sur le Plateau et les immigrants allophones qui n'ont jamais entendu parler du projet de souveraineté, si ce n'est en termes folkloriques et négatifs. Étonnamment, cette vision du pays à bâtir est absente du discours souverainiste.
P.J.Audette