Louis Balthazar

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L'espoir de changement, cette fois-ci, appartient aux Républicains

Publication: 10/09/2012 14:08

Il est bien loin le temps où un jeune candidat, issu de la minorité noire, suscitait l'enthousiasme et faisait naître de nouveaux espoirs dans un pays en mauvaise passe. En 2008, Obama pouvait faire une superbe campagne avec le fameux « yes we can » comme cri de ralliement.

En 2012, on ne peut plus affirmer que « tout est possible » et les Démocrates peinent à démontrer que les États-Unis sont en meilleure posture qu'ils l'étaient il y quatre ans.

Un bilan plus que convenable

Le Président peut cependant se targuer d'avoir relancé l'économie, imposé une certaine discipline aux milieux financiers, instauré un programme d'assurance-maladie presque universel, mis sur pied des programmes d'aide à l'éducation et proposé des solutions pour contrer des déficits insupportables, rejetés cavalièrement par un Congrès républicain hostile. En politique étrangère, il aura instauré un style nouveau de coopération tout en recentrant la lutte au terrorisme contre des adversaires bien ciblés. Il aura mis fin à la guerre en Irak et annoncé la fin prochaine de celle en Afghanistan. Beaucoup de bourdes et de faillites ont été oubliées à la faveur de la capture de Ben-Laden qui a valu au président l'approbation générale et la stature d'un Commandant-en-chef efficace.

Un candidat républicain pitoyable

Mitt Romney est sûrement l'un des candidats présidentiels les plus faibles des dernières années. Il peine à se donner une image positive et demeure affublé d'énormes contradictions dans sa carrière politique. Il aurait pu se présenter comme un valeureux héritier de l'aile modérée de son parti. De par son père, George Romney, candidat aux primaires présidentielles de 1968 et de par son mandat comme gouverneur du Massachusetts, il appartenait à une belle tradition républicaine, conservatrice mais respectueuse des acquis du New Deal et affecté d'un certain sens des responsabilités gouvernementales. Durant ses années à Beacon Hill, il a créé un programme public d'assurance-maladie qui a servi de modèle à celui d'Obama, favorisé le libre choix en matière d'avortement, le contrôle des armes et la lutte au réchauffement climatique. Les pénibles élections primaires de son parti l'ont forcé à retraiter sur tous ces plans et à se conformer à l'une des plateformes les plus étroitement conservatrices qu'on n'ait jamais vues aux États-Unis.

On aurait pu croire et espérer qu'une fois dégagé de ses adversaires d'extrême-droite, il se serait sensiblement rapproché du centre. Mais il n'en est rien. Il continue de renier son passé et son héritage. Il n'ose plus faire valoir son expérience au gouvernement d'un État et doit se contenter de se présenter presque exclusivement comme un homme d'affaires, fier de son grand succès à la tête d'une entreprise de capitalisation. Il tarde à rendre compte de ses déclarations de revenu et demeure toujours la cible de ceux qui l'accusent d'avoir bénéficié d'injustes abris fiscaux. On pourrait encore espérer que Romney, une fois élu président, laisserait place au syndrome de « Nixon en Chine » et pourrait se permettre de réaliser des politiques progressistes. Cette espérance est anéantie par le choix de son colistier, Paul Ryan. Ce dernier, bien connu pour le programme économique qu'il a proposé en tant que président de la Commission du Budget au Congrès, s'est enfermé dans les perspectives simplistes des coupures d'impôts accompagnées de fortes restrictions des programmes sociaux et de l'augmentation des dépenses militaires. Romney entérine les vues de Ryan et s'en remet presque exclusivement aux libertés individuelles pour restaurer l'économie.

Ajoutez à cela l'absence totale de charisme du candidat républicain, ses propensions aux faux pas et aux gaucheries. On pourrait en conclure que la victoire sera facile pour Barack Obama qui apparaît toujours plus sympathique aux yeux des Américains.

Les Américains sont moroses

C'est sans compter sur la morosité ambiante de l'électorat, sur la profonde insatisfaction des Américains envers leur gouvernement. Obama a bien pu relancer l'économie, rescaper des banques et sauver General Motors. Il n'en a pas moins failli lamentablement au chapitre des emplois et de la relance de l'immobilier. Que cela soit dû à la mauvaise volonté des Républicains du Congrès et à leur obstruction systématique des programmes de stimulation de l'emploi et de lutte au déficit, il n'en reste pas moins que la classe moyenne se porte mal. On ne peut même pas se consoler en constatant que la pente est ascendante. Au contraire, tout va de plus en plus mal. Selon un sondage récent, 72% des Américains croient que l'économie nationale et la lutte au déficit sont sur la mauvaise voie, 67% croient qu'il en est de même pour l'emploi et la lutte au chômage et 57% déplorent que les affaires publiques sont en mauvais état. De là à faire porter le blâme pour cet état de choses au président, il n'y a qu'un pas qu'on franchit allègrement.

Selon la formule tranchante d'un commentateur de Washington, le pire ennemi d'Obama n'est pas Romney, mais Obama lui-même ou à tout le moins l'image que s'en font des millions d'Américains, ce qui revient au même en politique.

En conséquence, jusqu'à maintenant, la campagne a été fortement négative des deux côtés. Pour Obama, s'il est vrai que son image de président déficient est son pire ennemi, ce serait peine perdue de s'enfermer dans son bilan, fût-il fort valable. Son meilleur atout demeure la faiblesse de son adversaire et la campagne démocrate ne s'est pas privée d'exploiter cette situation et de fondre sur les contradictions et carences de Mitt Romney. À l'inverse, du côté républicain, l'hostilité qu'inspire le président en divers milieux et le profond désenchantement à son égard sont des thèmes faciles auxquels on a largement recours. L'espoir de changement, cette fois-ci, appartient aux Républicains.

Les grandes conventions nationales

Les grandes conventions partisanes ont-elles changé la donne? Puisque ces conventions sont devenues à peu près inutiles à une époque où les candidats sont déjà désignés, elles se résument à de grands spectacles médiatiques susceptibles de réchauffer l'enthousiasme des militants et de redorer l'image du candidat. Les discours des ténors auxquels on fait appel ont continué de puiser dans les arguments négatifs, mais il fallait bien aussi chanter les mérites du candidat.

Ainsi, à Tampa Bay, les Républicains ont voulu rendre leur candidat plus humain, plus sympathique, en faisant parler son épouse et en mettant en évidence ses qualités de père de famille. Le candidat à la vice-présidence, un Paul Ryan plus médiatique a pu aussi faire valoir sa forte personnalité, mettre en évidence sa force de caractère, sa sincérité, son courage à énoncer un programme concret en vue de mettre de l'ordre dans les finances publiques. On en a profité pour chanter les vertus des traditions américaines de liberté individuelle et de méfiance à l'endroit du gouvernement.

À Charlotte, en Caroline du Nord, d'après la plupart des observateurs, les Démocrates ont eu plus de succès en répliquant aux Républicains. Il semble que Michelle Obama ait mieux réussi qu'Ann Romney à glorifier son illustre époux. Bill Clinton, jouissant d'une énorme popularité, a livré un message de grande qualité, faisant valoir sa gouvernance démocrate des années 90, alors qu'il réussissait à combler le déficit public tout en se permettant d'augmenter les impôts. Il a pu rappeler éloquemment la lourde responsabilité de l'administration républicaine de George W. Bush dans les déboires de l'économie américaine: énormes dépenses et coupures de taxes! Il a demandé aux Américains de reconnaître qu'Obama ne pouvait pas tout faire en quatre ans et qu'il fallait lui donner du temps. Oubliant les hostilités de 2008, Clinton a donné un appui solide et sans équivoque à Barack Obama.

Le président lui-même a su réchauffer ses militants et faire preuve d'une éloquence qui rappelait la campagne de 2008. Dans un discours en crescendo, il a fait valoir ses réalisations, tout en reconnaissant qu'elles sont bien partielles, il a fait appel aux solidarités dont sont capables les Américains. À l'individualisme dénudé des Républicains, il a opposé l'engagement social : « la liberté n'est pas valable sans un engagement envers les autres ». Il a repris le thème de l'espoir en attribuant les efforts de son administration aux citoyens américains eux-mêmes : « you made it » (c'est vous qui avez fait cela). Enfin, parlant au milieu des acclamations, il a répété : « je ne vous ai jamais dit que ce serait facile ». L'enthousiasme était délirant.

Au lendemain de la convention, le président est en meilleure posture que jamais. Si l'élection avait lieu demain matin, il serait tout probablement élu. Mais la véritable campagne ne fait que commencer. Dans un billet ultérieur, je ferai état des étapes à venir et des embûches d'une course à la présidence où des surprises et des revirements sont toujours possibles.

 
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