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Les nouveaux défis du président Obama

08/12/2014 11:10 EST | Actualisé 07/02/2015 05:12 EST

Une toute nouvelle situation: Barack Obama ne cherche plus à gagner une élection, il ne peut plus se permettre de planifier sa présidence à moyen terme. Le temps presse, les appuis lui manquent, on le considère comme un canard-boiteux et les yeux sont déjà tournés vers la course à sa succession. Sa grande et légitime préoccupation, c'est de laisser un héritage à ses concitoyens, c'est d'incarner en politiques concrètes, en autant que cela lui est possible, les grandes idées, les grands projets qu'il a énoncés jusqu'ici.

Le temps est venu de faire des choix déchirants en vue de l'action. Par exemple, il lui faut choisir entre d'une part, la mise en oeuvre de politiques qui luis sont chères, qui lui paraissent nécessaires au bien-être de la population et qui sont appelées par une grande majorité de cette population et d'autre part, le processus démocratique qui doit y conduire. Ce processus paraît bloqué plus que jamais maintenant que les Républicains se sont assuré le contrôle des deux Chambres législatives. Certains entrevoient la possibilité que les leaders du « Grand Old Party » acquièrent avec le pouvoir plus de sagesse et se montrent plus enclins au compromis. Rien n'est moins sûr quand on entend ces leaders, notamment le futur chef de la majorité au Sénat, faire état de leur détermination à barrer la route au président sur plusieurs fronts. Obama les met au défi de légiférer en vue d'ouvrir une voie vers la légitimation des plus de onze millions d'immigrants illégaux. Ils ne semblent guère mieux disposés qu'en juin 2013, alors que les extrémistes du Tea Party réussirent à faire chavirer un projet de loi qui avait obtenu l'aval d'une majorité de plus de 60 sénateurs, incluant un bon nombre de républicains. Ils semblent encore moins disposés à collaborer en matière d'environnement et de politique étrangère.

Des mesures unilatérales

Le président ira donc de l'avant en utilisant jusqu'à la marge son pouvoir exécutif. Il vient d'annoncer une mesure audacieuse et draconienne. Quelque 5 millions d'immigrants illégaux, selon certaines conditions, sont invités à légaliser leur situation en acceptant de soumettre leurs dossiers et de s'acquitter de l'impôt. Les républicains se sont empressés d'accuser le président de tenir un comportement monarchiste ou impérialiste, de ne pas tenir compte du message que lui ont adressé les électeurs, le 4 novembre dernier. Ils ont beau jeu de rappeler au président ses propres déclarations passées, alors qu'il se justifiait de ne pas agir unilatéralement. Le président leur répondra que sa bonne foi et sa volonté de compromis ont atteint une limite insupportable, qu'il préfère toujours se soumettre à une législation qu'il appelle de ses vœux et que son action unilatérale n'entrave pas la Constitution. Il sait aussi qu'il est fort du soutien d'une majorité de l'opinion publique et que les républicains perdront à tout jamais l'appui des populations issues de l'immigration récente (notamment les Hispaniques) s'ils osent entraver l'action du président.

Barack Obama s'est encore permis d'utiliser toutes les ressources de son pouvoir dans la lutte aux changements climatiques. En voyage en Chine, il se permet de conclure une entente avec son homologue Xi Jinping selon laquelle les États-Unis se soumettront à un échéancier exigeant en vue de restreindre les gaz à effet de serre. Ici encore, Mitch McConnell, le leader de la majorité au Sénat, s'en voit outré et se promet de faire tout en son possible pour contrecarrer cette politique qui, entre autres, affecte l'industrie du charbon, florissante dans son État, le Kentucky. On brandira encore le spectre de la présidence impériale. Mais la Maison-Blanche fera valoir que les mesures exécutives s'inscrivent bien dans le cadre la loi passée en 1970 sous la présidence républicaine de Richard Nixon. Le Clean Air Act conférait une large autorité au pouvoir exécutif fédéral par l'intermédiaire de l'Agence de protection de l'environnement qui était alors créée.

Des accords internationaux

Le président pourra aussi agir à son gré sur le plan international puisque la Constitution lui confère le pouvoir de conduire lui-même la politique étrangère sous réserve des avis et consentements du Sénat. Barack Obama pourra s'inspirer d'une longue tradition d'initiatives internationales susceptibles de court-circuiter le Congrès. Faute de traités, il pourra recourir à des accords exécutifs. Il engagera toute la diplomatie à son service pour obtenir un accord avec l'Iran en ce qui a trait à une industrie nucléaire qu'on voudrait voir confiner à des fins civiles. Un tel accord, qui devrait être entériné par tous les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies et l'Allemagne, serait fort significatif pour la paix au Moyen-Orient. Ce serait un véritable fleuron pour les dernières années de la présidence d'Obama. Il pourrait encore y ajouter un accord avec Cuba qui mettrait fin à plus de 50 années d'un embargo devenu tout à fait anachronique.

Voilà de belles perspectives qui risquent fort de se heurter à la triste réalité de l'obstruction systématique d'un Congrès qui mettra tout en oeuvre pour qu'elles ne se réalisent pas. En matière internationale, notamment, les nouveaux dirigeants du Sénat n'auront de cesse d'alimenter la méfiance envers les ennemis réels et prétendus des États-Unis, pour maintenir un exceptionnalisme rigide et encourager un recours plus fréquent à l'instrument militaire.

À cet égard, Obama a déjà fléchi en autorisant des frappes aériennes massives contre l'État islamique en Irak et en Syrie dans le cadre d'une politique mal conçue et mal définie dont on ne sait trop où elle va mener. Il faut encore espérer que le président résistera aux appels qui ne manqueront pas de se faire entendre en vue d'une intervention militaire sur le terrain qui serait tout à fait contraire à ses premiers engagements.

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