Louis Balthazar

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L'Amérique n'est pas bénie par Dieu

Publication: 7/04/2012 09:41

« L'Amérique [entendez les États-Unis] n'est pas bénie par Dieu. Elle est la pourvoyeuse de violence dans le monde d'aujourd'hui ». Voilà ce que déclarait en 1967 un pasteur baptiste. Il s'appelait Martin Luther King, grand inspirateur du mouvement d'émancipation des Afro-Américains, assassiné en 1968. Devenu une icône dans le paysage américain, il est invoqué à plusieurs reprises par le président actuel qui en a fait son modèle.


La religion toujours présente aux États-Unis

En dépit de cette déclaration provocatrice, Martin Luther King ne remettait pas en question le rôle de la religion dans l'histoire des États-Unis. Bien au contraire. C'est en raison de l'héritage de foi chrétienne dont il assurait la transmission qu'il revendiquait les droits fondamentaux de la minorité noire aux États-Unis. Mais il osait reconnaître les défaillances de la tradition américaine à cet égard. Il dénonçait le mythe d'un modèle américain infaillible et vertueux.

Quel contraste avec le tableau que nous présentent les interminables primaires du Parti républicain d'aujourd'hui. Oubliant tous les enjeux majeurs de cette campagne présidentielle, les Santorum et Gingrich n'ont eu cesse d'invoquer leurs soi-disant convictions religieuses pour se faire les garants de la fidélité aux préceptes les plus traditionnels des religions chrétiennes. Ils ont accusé le président Obama de mettre en péril la liberté religieuse en universalisant l'assurance-maladie jusqu'à la couverture de médicaments contraceptifs dont l'usage est toujours condamné par certaines autorités religieuses. On a vu des évêques catholiques américains prendre parti vigoureusement contre les directives présidentielles et se ranger résolument du côté républicain. Ces mêmes pasteurs, qui s'étaient montrés plutôt timides à l'endroit du scandale de la pédophilie dans l'Église, montent aux barricades contre le recours à la contraception : une pratique pourtant tolérée depuis plusieurs décennies dans de larges secteurs de l'Église catholique.

La forte présence de la religion et de la pratique religieuse dans la société américaine n'a rien de nouveau. Depuis les origines bien représentées par l'épopée du Mayflower transportant des dissidents religieux vers une terre de liberté en passant par l'invocation au Créateur dans la déclaration d'indépendance, le premier amendement de la Constitution garantissant la liberté religieuse et la remarquable floraison d'une multitude de confessions religieuses au 19ième siècle jusqu'au recours fréquent à des principes religieux pour justifier des réformes sociales au 20ième, la religion est toujours demeurée singulièrement présente aux États-Unis.


Une polarisation récente

Ce qui est nouveau, c'est la forte polarisation politique qui l'accompagne. Tous les sondages nous révèlent que les personnes les plus fidèles à la pratique religieuse sont plus susceptibles d'accorder leur appui à des candidats républicains tandis que les athées et les croyants non-pratiquants se rangent en grande majorité du côté des démocrates. Cela n'a pas toujours été le cas, il s'en faut. Durant les années 1950, alors que les religions étaient en forte croissance, personne n'aurait songé à associer la croyance religieuse à un parti politique particulier. Si les catholiques votaient plutôt démocrate et les protestants orthodoxes plutôt républicain, cela relevait des traits sociologiques de ces affiliations et n'avait rien à voir avec des exigences religieuses.

L'adhésion à une confession religieuse n'était pas non plus reliée au conservatisme et à la droite. Comme dans le cas de Martin Luther King, on pouvait puiser volontiers dans la tradition évangélique pour revendiquer la justice sociale. Des prêtres catholiques, comme les frères Berrigan, tous deux jésuites, ont contesté la guerre au Vietnam et la conscription obligatoire au point d'encourir l'arrestation et la prison. Avec la théologie de la libération, qui avait ses adeptes dans des milieux catholiques aux États-Unis, une certaine gauche chrétienne s'était constituée. Les tenants de cette gauche ont cependant refusé de transformer leurs convictions religieuses en mouvement politique. Ils ont opté pour la sécularisation selon les paramètres du théologien protestant Harvey Cox qui publiait en 1968 un important ouvrage qui s'intitulait The Secular City.

Il faut attendre les années 1970 pour que l'aile droite et résolument conservatrice du Parti républicain se mette à récupérer les éléments les plus fondamentalistes des mouvements religieux. Le président Jimmy Carter (1977-1981) pouvait toujours intégrer ses convictions baptistes de « bornagain » dans un programme démocrate fondé sur l'équité sociale et les droits de la personne. Mais après lui, l'affirmation religieuse incarnée dans le mouvement évangélique a pris une allure toute conservatrice et s'est alignée sur le Parti républicain de Ronald Reagan et plus tard sur celui de George W. Bush.

On croyait avoir tout entendu de la part du président républicain des années 2000. C'était sans compter avec Rick Santorum dont le discours religieux atteint un paroxysme voisin du ridicule tout en connaissant de remarquables succès dans certaines couches sociales du Parti républicain. Qu'est-ce à dire? Faut-il s'attendre à l'éclosion d'une théocratie aux États-Unis?

Il faut d'abord constater qu'au moment même où se manifeste cette fusion toxique du religieux et du politique, la société américaine se sécularise de plus en plus. La pratique religieuse est à la baisse depuis de nombreuses années. Les recours intempestifs de la droite religieuses ont fait long feu en plusieurs cas dont le plus récent est la question de la contraception qui est en voie de faire perdre le vote féminin au Parti républicain.

Peut-être les grands cris du fondamentalisme religieux aux États-Unis correspondent-ils à une grande peur face à la modernité et au progrès qui entraînent avec eux une irrémédiable croissance de la laïcité et d'un rôle plus discret de la croyance.

En cette période de Pâques, ils sont encore nombreux, aux États-Unis, à voir dans le Christ ressuscité une espérance de justice, de libération et d'équité sociale pour tous.

 
« L'Amérique [entendez les États-Unis] n'est pas bénie par Dieu. Elle est la pourvoyeuse de violence dans le monde d'aujourd'hui ». Voilà ce que déclarait en 1967 un pasteur baptiste. Il s'appe...
« L'Amérique [entendez les États-Unis] n'est pas bénie par Dieu. Elle est la pourvoyeuse de violence dans le monde d'aujourd'hui ». Voilà ce que déclarait en 1967 un pasteur baptiste. Il s'appe...
 
 
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16:00 sur 10/04/2012
Le plus drôle tous les pays en croissance chrétienne dans leur pratique se développe d'avantage sur le plan économique que les autres en tous les cas regardons la Corée du sud le pays le plus évangélique au monde. Et si on se fie à la baisse de la foi aux USA et en Angleterre on voit le parralele intéressant en ces forces qui règnait sur le monde. Une exception la Chine non la Chine est très croyante mais en cachette cars il y a un nombre impressionnnt de croyant dans ce pays communiste
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08:03 sur 09/04/2012
Vous auriez pu mentionner la dimension soulignée par Arthur Miller: l'aspect hystérie collective et la chasse au démon (noir?) qui livre le système de santé à l'état plutôt qu'à la corporation.

La religion US a toujours été un spectacle destiné à la foule plutôt qu'à l'intériorité individuelle. On assiste au Barnum and Bailey, au Cecil B de Mille de la religion. Plus c'est clinquant mieux c'est.

Palin, Sanctorum et tutti quanti, c'est plus du drag show que de la religion.
Ça se tient à droite, parce que l'égoïsme, c'est plus outrageant que la générosité.
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Godefroi
Honni soit qui mal y pense
18:12 sur 08/04/2012
« Peut-être les grands cris du fondamentalisme religieux aux États-Unis correspondent-ils à une grande peur face à la modernité et au progrès»

Peut-être plutôt les conséquences des millions d' emplois partis à l'étranger, de la pauvreté, du contrôle économique des banquiers et idéologique des médias ainsi que de la faiblesse de syndicats affairistes.

Peut-être que la solution ne peut plus venir que d'un possible futur espéré paradis au-delà du réel à faire rêver. Si c''est ça l'avenir de l'"Amérique" c'est pas rassurant pour elle et ses voisins. Si la réalité l'emporte, on pourra remercier...Dieu.
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Francmon
Homo homini lupus
20:20 sur 07/04/2012
Même s'il se garde encore une petite gêne, on peut dire que Harper emprunte la même voie pour forger un Canada "pseudo-théocratique". La Constitution canadienne empêcherait tout dérapage politique inspiré par les croyances religieuses, mais la conception du Canada, selon Stephen Harper, n'est rien d'autre qu'une savante application de ses convictions religieuses, sur lesquelles sont appuyés tous les projets de lois qui ont déjà commencé à diviser les Canadiens.