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Moi, enseignant

20/12/2014 08:40 EST | Actualisé 19/02/2015 05:12 EST

Depuis que j'ai cinq ans, je sais que je veux enseigner. J'ai vu ma mère corriger, rentrer tard, planifier, préparer, cuisiner, rire et pleurer. Ça m'a ému, ça m'a changé, ça m'apprenait qui étaient les drôles d'humains qui décidaient de faire un exposé oral toute leur vie. J'ai toujours su que j'étais ce drôle de personnage, ce passionné, ce petit comique, cet empathique.

Puis, vint l'année dernière où les aspects techniques entrèrent dans ma vie. C'était le début de ma carrière à la commission scolaire de Montréal. C'était et c'est toujours génial. Pourtant, je suis anxieux. Je suis avec attention les divers changements qu'une supposée austérité nous impose et ça me stresse.

Je suis donc du mieux que je peux les derniers développements sur la reconfiguration des commissions scolaires, mais je n'y comprends étrangement pas grand-chose. Je n'y comprends pas le pourquoi et surtout le comment. Pourquoi restructurer un système de façon totalement aléatoire et pourquoi le restructurer alors qu'on ne connait même pas certains enjeux plus qu'importants, notamment le dossier de la dette de la CSDM. Qui l'épongera? La nouvelle CSDM affaiblie? Les commissions scolaires qui auront accepté à reculons une partie de la dette? Et à quel scénario sommes-nous rendus? Je connais quelqu'un qui a fait un pari. Selon lui, c'est le 48e scénario proposé qui sera le bon.

Bref, c'est beau l'enseignement. On doit subir des batailles politiques tous les jours, et ce, en silence, parce qu'après tout, on a deux mois de congé l'été et on a un fonds de retraite qui nous est généreusement offert à a fin de notre carrière, carrière qui ne consiste qu'à garder des enfants, rappelons-le.

Puis, en suivant ces débats enlevants (non), on lit aussi partout des formulations stipulant qu'on «ne touchera pas aux services aux élèves». On doit donc se satisfaire de ce message clair et apaisant du même génie qui a dit qu'aucun enfant ne mourrait de ne pas avoir accès à des livres. Et on pourrait légitimement le croire si on ne se rabattait que sur le débat des commissions scolaires. Le problème est qu'il y a d'autres enjeux en éducation.

Alors que nous, enseignants et enseignantes à tous les niveaux, tentons de valoriser notre profession et notre vocation, des cravates bien payées viennent nous informer qu'on serait peut-être évalués plus souvent, qu'on gèlerait nos salaires quelques années, qu'on devrait subir des remaniements sans vraiment pouvoir en discuter et qu'on devrait toujours payer de nos poches la plupart du matériel qu'on a en classe. Parce que oui, on paye la plupart de notre matériel.

Les services aux élèves ne sont donc jamais touchés. Nos petits monstres sont souvent exposés à la possibilité d'avoir un enseignant au bout du rouleau, mais ça se gère. Ah oui. Oups. J'oubliais que l'on discutait présentement d'augmenter le nombre d'élèves par classe. Je dois avouer que j'ai lâché un petit «what the fuck» quand j'ai lu cette nouvelle. À quoi pensent les cravates quand elles prennent ce genre de décision? Je commence de plus en plus à me rallier au fait scientifiquement prouvé qu'une cravate est faite de tissu et n'a donc, par le fait même, pas de cerveau.

Mais, au fond, il s'agit peut-être d'une faute collective. Qui ne parle pas de revaloriser la vocation enseignante? Par contre, qui est prêt à poser des gestes concrets pour aller en ce sens? Combien d'argent va aux écoles privées au détriment de nos écoles publiques? Et combien sommes-nous payés, nous, enseignants? Je ne vous étalerai pas les détails de mon salaire, mais si j'avais un enfant et une maison à payer, mon salaire ne m'arracherait pas de sourire, disons-le ainsi.

«Oui, mais l'enseignement, c'est une vocation.» Ça veut dire quoi, ça? De par la noblesse de ma profession, je devrais crever de faim et encaisser les coups d'une société qui me considère comme un gardien averti à temps plein?

Cette austérité qu'on nous impose sous prétexte qu'on manque d'argent me donne mal au cœur. Qu'on nous le dise en pleine face qu'il ne s'agit que de choix politiques afin de permettre à une élite de performer et à une marmaille de s'épuiser. De l'argent, il y en a. Personne ne réussira à me convaincre du contraire. Les banques regorgent de ce blé que vous cherchez tant. Allez le cueillir où il est vraiment. Feriez-vous de l'agriculture dans le désert? Et non, les banques ne partiront pas si on les taxe davantage. Eh oui, ça sonne cliché chaque fois qu'on parle des banques, mais personne ne semble écouter.

Je finirai en exposant un fait indéniable. Les ministres concernés peuvent bien lire et relire ce genre de plaidoyer, mais ils n'en feront rien, parce qu'ils s'en foutent. C'est à nous d'entreprendre un changement. Éventuellement, il faudra gagner la rue. Pas pour une journée, pas pour une semaine, mais bien jusqu'au bout de nos revendications.

«Si vous faites une grève, ce sont les enfants qui écoperont». Ils écopent déjà. Qui plus est, ils écoperont jusqu'au jour où nous y ferons quelque chose. Elles sont belles nos discussions dans les salles de profs, mais elles ne changent rien. Elles ne font que nous enrager. Wow. La belle victoire. Et éventuellement, il faudra que la société se lève ensemble. Un projet de loi arrive pour imposer un quota aux médecins de famille. Le projet de loi 3 est passé et Il n'y a pas eu de grève, à ma connaissance. Que des t-shirts, des carrés rouges sur des autos de police et une grande marche à un moment donné. Imaginez deux secondes que les chauffeurs d'autobus aient fait la grève ne serait-ce qu'une journée complète.

«Ce serait prendre la société en otage». Bullshit. Ça fait longtemps qu'on est pris en otage et rien ne changera tant qu'on ne décidera pas d'y faire quelque chose.

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