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Petite histoire d'un recul négocié

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J'écris ce texte à froid, quelques minutes après avoir appris que mes collègues enseignants de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE) ont entériné l'entente de principe sectorielle proposée par le gouvernement. Les émotions guideront ma plume, mais ma raison semble vouloir emboîter le pas.

J'en veux donc à mes collègues de la FSE. Je leur en veux pour leur à-plat-ventrisme et pour leur retrait précipité d'un mouvement de solidarité indispensable.

Je leur en veux d'avoir joué le jeu du gouvernement et d'avoir accepté de négocier l'étendue de l'appauvrissement du système d'éducation public québécois.

Je leur en veux d'avoir qualifié de «gain» la baisse de ratio d'un seul élève par classe en maternelle. Je leur en veux d'avoir qualifié de «gain» le maintien du ratio d'élèves par classe à tous les autres niveaux du primaire. Je leur en veux d'avoir qualifié de «gain» la conservation d'acquis passés. Je leur en veux franchement d'avoir accepté le statu quo et même des concessions qui affecteront directement les élèves en difficulté.

Je leur en veux de parler de «gain» puisque, selon eux, «dans le contexte économique actuel», il serait difficile de faire mieux.

Ainsi, j'en veux aux gens qui appuient cette notion de «contexte économique actuel».

Ce contexte a été créé de toutes pièces par une idéologie marchande de la société. Nous le voyons en éducation, mais également en santé, dans les organismes communautaires et dans toutes les sphères publiques. J'en veux à ceux qui pensent qu'un dogme économique est une bonne raison pour, à notre tour, entériner des bêtises.

J'en veux également au Parti libéral du Québec pour faire la promotion d'un tel dogme. Je pourrais en vouloir au ministre Blais et à son prédécesseur Yves Bolduc, mais le réel problème est que leur poste est depuis longtemps occupé par des hommes et des femmes à qui nous avions promis un ministère, et ce, peu importe leur formation, leurs connaissances du milieu ou leur vision de l'éducation.

Le Parti libéral parle également de mauvaise gestion des commissions scolaires, mais si tel était le cas, pourquoi retirer des millions de dollars en éducation? Si l'on parle réellement de remaniement, pourquoi s'attaquer à l'enveloppe et non aux récipiendaires?

J'en veux aussi aux commissions scolaires et aux directions pour leur manque évident de solidarité. Nous les attendions au front, mais leur appui n'arrive toujours pas. On nous donne des avis disciplinaires, on nous coupe nos salaires lorsque nous exerçons des moyens de pression légaux, mais jamais on ne fait de sortie publique pour nous appuyer. Nous sommes laissés à nous-mêmes pour défendre l'école publique, malgré le fait qu'elles nous côtoient tous les jours, malgré le fait qu'elles vivent elles aussi les compressions budgétaires et malgré le fait qu'elles aient été enseignantes dans une vie antérieure. C'est à croire qu'il est vrai que les revendications de la partie patronale sont en partie de leur cru. Je n'en doute pour ma part plus une seconde. Leur carriérisme, entre autres, nous aura vaincu, et c'est bien dommage.

Mais il s'agit probablement d'un problème qui déborde largement du cadre scolaire. C'est pourquoi j'en veux aux électeurs québécois.

Vous vous bornez, pour une raison qui m'échappe complètement, à élire des partis plus corrompus les uns que les autres. C'est à en comprendre que vous vous fichez éperdument des générations futures et de l'éducation politique de nos enfants.

Les trois partis principalement élus à l'Assemblée nationale ont tous été visés par des allégations de fraudes électorales et les dirigeants des deux principaux partis ont même des passés plus que douteux en matière de fiscalité. Les députés du Parti québécois se pavanent devant les écoles publiques en scandant haut et fort qu'ils appuient les enseignants, mais ils élisent un chef avec le plus lourd passé antisyndical jamais vu à la tête de ce parti. Qu'est-ce qu'il faut de plus aux citoyens pour vouloir un changement?

Finalement, je m'en veux.

Je m'en veux d'avoir été aussi naïf et d'avoir cru que l'éducation publique était, pour des raisons qui me semblaient évidentes, un joyau de la société québécoise. Je me disais que la noblesse de ce système serait suffisante pour qu'on se serre les coudes entre collègues et que l'on puisse revendiquer sans gêne des conditions d'apprentissage gagnantes pour nos élèves. Parmi ces conditions, nous parlons de ratio dans les classes, de pondération pour les élèves en difficulté afin qu'ils et elles puissent obtenir un soutien de qualité, d'air que l'on puisse respirer sans risquer des bronchites, de locaux sans moisissure et d'enseignants en santé.

Il semble cependant que ces revendications sont, pour plusieurs, une raison de nous traiter de bébés gâtés.

C'est triste, parce que nous éduquons ceux et celles qui nous permettront un jour de rayonner en tant que société, en leur inculquant des valeurs qui nous sont communes. J'espérais naïvement que l'éducation en ferait partie.

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