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Et si nous faisions de l'argent avec nos déchets?

10/02/2014 12:01 EST | Actualisé 11/04/2014 05:12 EDT

À l'heure actuelle, le verre qui se trouve dans votre bac de recyclage est un indésirable. En effet, il contamine le papier, le carton et le plastique en se cassant en petits morceaux. De plus, il est lui-même souillé par son passage dans le bac, le camion et le centre de tri. On dégrade donc non seulement la qualité et la valeur du verre recyclé, mais aussi celles des autres matières recyclables. Enfin, on se condamne en procédant de la sorte à produire de la matière d'apparence brunâtre, car on ne peut pas trier le verre par couleur. Ainsi, la demande pour le verre recyclé monochrome de qualité ne peut être satisfaite. Faute de débouchés, le verre au Québec est surtout destiné à l'enfouissement.

Cette situation a amené des recycleurs importants à réclamer l'élargissement de la consigne à un plus grand nombre de contenants de boisson, dont les bouteilles de vins et de spiritueux. Le fait de détourner le verre du circuit traditionnel de la collecte sélective présente cinq avantages indéniables qui permettraient aux acteurs de cette filière de progresser:

  • Augmenter le taux de récupération du verre
  • Augmenter la qualité du verre recyclé et donc ses débouchés
  • Augmenter la qualité et donc la valeur des autres matières recyclables du bac
  • Diminuer la quantité de gaz à effet de serre produit par le transport du verre en éliminant la nécessité de l'acheminer au centre de tri
  • Diminuer la facture des municipalités en détournant une partie du verre des sites d'enfouissement

La Société des alcools du Québec (SAQ) s'oppose toutefois à l'élargissement de la consigne disant privilégier la valorisation du verre recyclé. Par exemple, on mène actuellement des projets mélangeant le verre au béton pour en améliorer l'imperméabilité. Bien que cette avenue soit des plus prometteuses, l'utilisation de cette matière sous des formes novatrices ne s'oppose pas à son retrait du bac de recyclage.

La véritable raison pour laquelle la SAQ s'oppose au ramassage du verre en circuit court est candidement mise de l'avant par son Directeur du développement durable dans le documentaire de Denis Blaquière intitulé La poubelle province. En effet, Mario Quintin y affirme que la gestion des bouteilles vides « compliquerait les opérations en succursales », alors même que le syndicat des employés de la SAQ y est favorable. L'hypocrisie de l'État québécois concernant cette problématique est telle qu'il impose aux détaillants privés de gérer les contenants consignés déjà existants, refusant pourtant de s'investir dans une démarche similaire alors qu'il s'est lui-même engagé à recycler 70 % du papier, du carton, du plastique, du verre et du métal résiduel pour 2015.

La manipulation des contenants consignés par les détaillants privés ou publics n'est toutefois pas la seule option pour résoudre ce problème. La Nouvelle-Écosse, qui a élargi la consigne à plusieurs contenants de boisson, a opté pour la création de 80 Centres de consigne dédiés spécialement au ramassage et à la manutention des contenants. Avec un peu de volonté politique, on a libéré les détaillants privés et publics de ces contraintes et la population s'en accommode très bien.

Il est vrai que l'élargissement de la consigne entraînerait certains ajustements et des coûts marginaux, mais les gains nets en résultant, autant financiers qu'environnementaux, sont largement positifs. Il s'agit d'une recette qui a fait ses preuves en Europe et ailleurs au Canada. Le Québec et le Manitoba sont d'ailleurs les seules provinces au pays qui n'ont pas encore implanté un système de la sorte. Les territoires du Nord ont aussi emboîté le pas. Justement, l'usine Owens-Illinois de Montréal importe son verre recyclé de l'Ontario parce que celui produit au Québec est de trop piètre qualité. Qu'attendons-nous pour saisir cette opportunité et faire, nous aussi, de l'argent avec nos déchets?

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