Lise Ravary

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Cessons de subventionner les magazines

Publication: 26/04/2012 10:59

Facile à comprendre l'indignation qui souligne l'attribution d'une subvention 'culturelle' aux magazines Summum. Mais ils ne sont pas les seuls à profiter de cette manne du fédéral.

Au fil des ans, une grande partie des 2,300 magazines canadiens, de Maclean's à Châtelaine, en passant par les hebdos québécois sur les vedettes, les magazines de mode-beauté et de shopping, les publications d'affaires et les magazines de cuisine, reçoivent leur chèque annuel de Patrimoine Canada qui leur verse 60 millions de dollars par année.

Mais ce n'est pas parce qu'on classe ces subventions sous le chapeau de la culture qu'il s'agit de 'Culture'. Ce sont des subventions de nature commerciale, créées en 1998, pour aider les magazines canadiens à concurrencer les magazines américains. L'industrie canadienne des magazines vaut aujourd'hui plus de 2 milliards de dollars.

Tous les magazines que j'ai dirigé, sauf enRoute, recevaient cette subvention basée sur le nombre d'exemplaires vendus. J'ai aussi rencontré deux ministres de Patrimoine Canada, Liza Frulla et Hélène Scherrer pour défendre le programme. Je le connais bien.

Le programme s'appelle Fond du Canada d'aide aux périodiques. Il a trois volets: l'aide aux éditeurs, un soutien financier pour produire du contenu canadien. Le volet innovation commerciale qui soutien la mise en marché des magazines canadiens. Le volet Initiatives collectives pour aider l'industrie canadienne en général, comme les publicités de Magazine Canada. Il existe aussi des programmes complètement différents pour les petits magazines culturels.

L'industrie des magazines canadiens est-elle en péril? Au Canada anglais, la majorité des magazines vendus en kiosque proviennent des États-Unis, mais ce chiffre diminue. Le Québec lui est protégé par sa langue, mais il se vend bon an mal an 50 millions d'exemplaires de magazines étrangers au Québec.

Ce programme, dans la foulée de la loi C-55, a été créé dans le but de réduire l'impact négatif anticipé sur les magazines canadiens quand les États-Unis ont remporté une bataille importante contre des provisions fiscales canadiennes qu'ils jugeaient néfaste à la concurrence, en vertu de l'Accord de libre-échange. On s'attendait alors que de 50 à 80 magazines américains allaient lancer des éditions canadiennes. L'industrie canadienne a rué dans les brancards et prédit la mort imminente des magazines d'ici.

Pour se faire pardonner d'avoir cédé aux Américains - il n'avait pas le choix, le Canada avait perdu sa cause devant l'Organisation mondiale du commerce - le gouvernement fédéral a créé ce programme de subventions. En fait, cette bataille Canada-USA a été le premier grand litige au sujet de la protection de la culture. C'est pourquoi on parle d'un programme 'culturel'.

Or, le cataclysme anticipé ne s'est pas produit. Certains magazines américains, comme Cosmopolitan, se sont essayés avec des éditions canadiennes, mais ça n'a pas marché. Mais le programme de subventions a continué et dans bien des cas, a eu un impact positif, surtout pour les jeunes magazines ou pour financer un effort de repositionnement. En fait, depuis C-55, il y a eu explosion du nombre de nouveaux magazines canadiens.

Cet apport financier au fil des ans m'a permis d'embaucher plus d'employés, d'augmenter les tarifs à la pige et aux photographes, de maintenir le nombre de pages de rédaction à 50%. Mais ne croyez pas qu'on a pas été critiqués quand Loulou a reçu sa part du gâteau!

Si on accepte que ce programme n'est pas foncièrement de nature culturelle, mais commerciale, le soutien à Summum est-il justifiable? La femme d'affaires en moi dit oui, la femme tout court a de sérieux problèmes. La solution est peut-être d'interdire que des magazines à caractère sexuel soient subventionnés? Mais là, on tombe vite dans la censure et le jugement de valeurs.

Ma solution? Ce programme n'a plus sa raison d'être. Le cataclysme qui allait frapper l'industrie canadienne ne s'est pas produit. C'est bien de recevoir une grosse subvention, surtout pour ces éditeurs malhonnêtes qui versent l'argent directement au bottom line, en contravention de la Loi qui exige un investissement démontrable dans le contenu. Mais est-ce nécessaire?

En période de compressions budgétaires, voici un soutien à une industrie vigoureuse et en santé qui aurait dû être éliminé. Tous les éditeurs savent que ça viendra un jour ou l'autre, mais en attendant, ils encaissent. Qui pourrait les blâmer?

 

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