J'habite un vieux quartier de Montréal, aussi blanc que du bon pain Weston. Blanc et francophone et catholique et cultivé et aisé et de bon goût, toujours. Un microcosme de la parfaite société du Nous. D'ailleurs, on y vote PQ et Bloc en masse. On n'y voit presque jamais d'individus à la peau foncée, même si mon quartier se trouve juste à côté d'un des secteurs les plus multiethniques de Montréal. N'ayez crainte, citoyens, les frontières semblent bien étanches. Mais comme on a l'esprit ouvert, on y tolère quelques femmes portant hijab, mais ça grommèle dans les chaumières.
Mon quartier est coupé en deux par une rue commerciale à la mode. Sur cette rue, deux sortes de restos se démarquent: français et vietnamiens. Tous les serveurs sont francophones. Nous sommes en sécurité linguistique: y'a pas l'ombre d'un resto indien ou pakistanais dans le coin. Le seul endroit où se rencontrent les quelques exilés italiens, algériens, suisses et allemands du coin, ainsi que votre juive de service, c'est un café italien.
Les boutiques de fringues, toutes plus ou moins pareilles, proposent beaucoup d'importations de France. Tout est cher. Et moche. Du linge de matante BCBG. Mais on parle français partout. Et même avec un accent pointu!
Ici se trouvent certaines des meilleures écoles privées de Montréal. De langue française. Au supermarché, c'est tellement pain blanc que les kits à tacos passent pour de la bouffe ethnique. Et jamais, au grand jamais, une caissière ne vous adressera la parole autrement qu'en français. C'est le bonheur total!
Je suis fana finie de magazines. C'est toute ma vie professionnelle. J'en achète des quantités astronomiques, venant de tous les pays. J'achète même des revues rédigées dans des langues que je ne comprends pas, juste pour la beauté de leurs maquettes et de leurs photos. Mais dans les dépanneurs de mon quartier, je ne trouve que des magazines made in Québec. La Semaine, 7 Jours, Le Lundi, L'actualité, Châtelaine, Coup de Pouce, Elle-Québec, etc. Ils sont bien, je les aime, je les lis même, mais je trouve quand même bizarre de ne pouvoir trouver aussi aisément Time, Maclean's, Vogue ou Vanity Fair. Mais pour Paris-Match, pas de problème.
Il y a bien deux endroits qui tiennent une meilleure sélection de magazines, une tabagie et une librairie, mais la majorité de leurs titres étrangers viennent de... France. Aucun problème non plus pour trouver Point de vue, la bible du gotha. Ou les milliers de magazines littéraires de l'Hexagone, comme on dit. OK, j'exagère un peu.
Mesdames et messieurs de la Maison de la Presse internationale, je vous jure fidélité à vie si vous débarquez dans mon coin.
Je suis venue dans ce quartier par amour. Qui prend mari prend pays. J'habite une jolie rue bordée de grands arbres. C'est tranquille, paisible, reposant, jamais confrontant. Pas de Juifs hassidiques désagréables, pas de propriétaires de dépanneurs jamaïcains baveux, pour l'instant pas vu de tchador. Pas de Hells non plus. Et jamais on entend un mot d'anglais en public.
Et bien, si c'est ça le Montréal de la future république du Québec, vous pouvez le garder. Avant de venir m'installer dans mon quartier, j'habitais un coin de la ville multiethnique, 50-50 franco-anglo, un peu bordélique, avec des synagogues, des mosquées, des temples protestants et bouddhistes, des restos de toutes allégeances: africaines, juives, japonaises, chinoises, bangladeshis et tutti quanti. Il y avait même des pubs anglais! Et d'excellents restaurants français, reconnus partout en ville.
Je m'ennuie là où je suis. Je ne connaissais pas ce Montréal. Même mon Hochelaga-Maisonneuve natal offrait une plus grande variété de couleurs et de sons. Si j'ai appris l'anglais très jeune, c'est en partie grâce à nos voisins anglophones sur la rue Jeanne d'Arc.
Adolescente, j'ai marché dans les rues pour la défense de la langue française au Québec et je le referais aujourd'hui si je pensais qu'elle était vraiment en péril à Montréal. La menace qui pèse sur le français n'est pas locale, elle est d'origine planétaire. C'est le rouleau compresseur de la culture américaine, c'est Internet, c'est le cable, c'est l'avion, le IPhone, le Huffington Post, que sais-je ? Pas les anglos de Montréal, de souche ou de l'immigration, ça j'en suis certaine.
Ils ne connaissent pas Marie-Mai ? Je ne saurais la reconnaître si elle débarquait dans mon salon ce soir en chantant son plus grand succès. Je n'ai pas acheté Douze hommes rapaillés. J'aime mieux Tom Waits qu'Éric Lapointe. Est-ce que cela fait de moi une traîtresse à la langue? J'achète plus de livres en anglais qu'en français, surtout parce qu'ils sont moins chers et parce que j'ai étudié la littérature anglaise. Devrait-on l'interdire? Et j'aime mieux vivre dans un quartier bariolé. C'est moins plate.
Je me dois d'ajouter que je m'inquiète du ton que prend le débat sur la langue et sur l'identité. Nous sommes redevenus frileux, sur la défensive. Nous cherchons une position de repli sur soi. Retrouver le sens du 'nous' est une entreprise nécessaire, certes et je la soutiendrai envers et contre tous. Mais nous perdrions beaucoup en voulant tourner le dos à tout ce qui se démarque du Nous. Nous sommes québécois, nous sommes nord-américains, certains comme moi sont même canadiens. (Ben oui, ça existe.) Tout cela peut cohabiter paisiblement. Et le français ne cessera pas de régner au Québec pour autant.
La seule chose qui peut le tuer, c'est notre indifférence face à sa qualité. Et non pas sa quantité.
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20 % d'immigrants, surtout italiens et une petite communauté haïtienne.
"L’arrondissement offre moins de logements abordables qu’ailleurs, tout en étant moins accessible pour quiconque n’a pas de véhicule."
http://www.linformateurrdp.com/Actualites/Vos-nouvelles/2010-09-23/article-1788895
/RDP%26ndash%3BPAT-attire-peu-les-immigrants-fraichement-arrives/1
"Plus de 48 % des immeubles résidentiels sont de type unifamilial et 61 % des ménages de l’arrondissement sont propriétaires, ce qui représente près du double de la moyenne observée à Montréal. "
http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=7697,83817576&_dad=portal&_schema=PORTAL
Voilà pourquoi cet arrondissement n'attire pas les immigrants de fraîche date, logements plus chers et moins nombreux qu'ailleurs, mal desservi par les transports en commun.
Tu trouve un quartier franco plate, tu es forcément un colonisé qui favorise les cadres supérieurs unilingues anglophones etc etc.
Je trouve la discussion et l'obsession linguistique plates. Je vis dans un quartier très plate et devinez quoi, j'aime ça comme ça.
Ne restez pas ainsi, le beau temps arrive, trouvez-vous un vélo et pédalez, ça vous fera du bien.
Le fait que le quartier soit plus monolithique et/ou conservateur n'a rien à voir avec la langue. Cela voudrait dire que tous les Anglos, ou les Allemands ou Russes sont repliés sur eux-mêmes s'ils habitent dans des quartiers plus homogènes ou de type banlieue.
Je crois plus que vous démontrer une préférence pour les quartiers plus hétérogènes et multiethniques ou multilinguistiques. Ce qui est légitime et je suis aussi de voter avis. Toutefois, votre association à la langue et au repli des Québécois francos sur eux-mêmes.... C'est un peu tiré par les cheveux, vous auriez pu donnez tous simplement votre point de vue directement au lieu de le faire indirectement. Bravo quand même pour la rédaction et la réflexion, mais je vous encourage à réfléchir plus amplement quand vous dites: ''Et bien, si c'est ça le Montréal de la future république du Québec, vous pouvez le garder.'' . Cela devrait dire que les endroits plus homogènes de la planète, comme plusieurs régions au Canada et aux États-Unis ne sont pas dignes de faire partie de la République eux non plus....?
Ce qui vous entoure, ce n'est pas tant de la frilosité identitaire que du mépris de classe...
Au moins, elle sait écrire, elle.
Rick1042
Ensuite, j'ai déménagé à Québec pendant 2 ans et je me suis installé dans la basse-ville. C'est blanc comme neige mais il y avait de la vie. Quand tu vis dans un 3 et demi crasseux, crois-moi que la rue devient ton coin détente. J'croisais des gens de tout les âges et statuts en allant à l'école et je croisais autant des prostituées en fin de soirée que de hipsters. Le 'clash' des classes sociales donnait un coté plaisant: le petit resto cheap avec un resto très tendance en diagonale... Une vision réaliste de la vie quoi!
J'ai déménagé à Rosemont à mon retour dans la métropole et ça bouge en masse. La vie près de la rue Masson est merveilleuse. La taverne de quartier côtoie les bars branchés. Le resto casse-croute n'est jamais loin du petit resto chic.
Ce n'est pas la culture de la majorité qui javellise un quartier, c'est la prospérité de ses habitants.
Un quartier de classe moyenne-supérieure (et + riche) est toujours monotone car le monde se barricade dans leurs demeures et n'ont pas un attachement à la rue.
À Montréal, le Plateau perd du lustre au dépend de Hochelaga, St-Henri et le Mile End. À New York, ça se déplace de Manhattan vers Brooklyn... etc.
Bravo pour Votre courage, ne vous laissez pas intimidé
Ce que j'ai fait c'est de nous mettre en garde contre une tendance javellisante, incarnée pour moi par Pierre Curzi, le type qui ne voulait pas que Paul McCartney joue sur les Plaines, et qui tend à vouloir rendre la société québécoise uniforme. Cette société hypothétique étant représentée par mon très réel quartier, qui N'EST PAS Rosemont.
Mais oubliez ça, car comme disait Voltaire, j'aimerais mieux mourir incomprise que de passer ma vie à m'expliquer.
Le 2e degré, ça existe. Au Québec, on a de la misère avec l'ironie.
Pour etre franc , cela m'etonnerait.....