Lise Ravary

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La crise étudiante vue par un extra-terrestre

Publication: 03/05/12 12:58 EDT

Imaginons un instant que nous sommes des extra-terrestres en mission au Québec, en pleine crise étudiante. Ils ont un rapport à envoyer à leur supérieur sur la planète Pantoite10. Ils se mettent à le rédiger. Ça pourrait donner ceci... (ce texte est de nature ironique)

Ô Très Grand Pantoit,

Nous sommes au milieu de notre séjour chez les Québécois et nous avons beaucoup de choses affolantes à vous rapporter. Avant toute chose, je ne recommanderai pas que notre peuple vienne s'installer au Québec, ce serait trop dangereux. Les gens ici sont tellement hors de contrôle qu'ils se passent même sur le corps avec des automobiles. Pourtant, on nous avait dit qu'ils étaient pacifiques.

Le Québec est en insurrection. Pas selon nous, mais tout le monde le dit, alors à Rome...Tous les jours, tous les soirs, des masses de gens déambulent dans les rues les plus occupées de la métropole du Québec expressément pour les bloquer. Ça nous apparaît illogique. Comment avancer quand on est bloqué? Le Québec a un problème historique avec ça. Donc ces gens, surtout des jeunes, hurlent des slogans incompréhensibles: 'Charest, épais. Plan Nord, c'est notre or. Beauchamp, gnan gnan gnan. Enfin, ça sonne comme ça. Ils et elles - car les deux principaux sexes repérés participent à ce qu'ils appellent des manifs - portent tous des petits carrés rouges de tissu sur la poitrine. Nous n'arrivons pas à savoir si c'est une cible, imposée par l'ennemi - pour savoir où tirer - , ou un mode d'identification tribale.

Il arrive aussi qu'ils deviennent hypertendus et lancent des morceaux de rues, brisent des vitres, éclaboussent des autos de peinture rouge. De l'autre côté, des gens en bleu, qui n'aiment pas le rouge, essaient de les empêcher de faire ça. Ça crie, ça court, ça frappe, ça filme, ça menotte, ce n'est pas du tout esthétique. Mais il paraît que c'est comme ça ici qu'on fait régner l'ordre. Un sujet à étudier plus en profondeur.

Les jeunes détestent un type appelé John Charest, votre équivalent local, Ô Très Grand Pantoit. Ils sont soutenus par les 'artis' (pas certain de l'orthographe), les profs et des parents qu'on dit soixantehuitards ou vieux hippies. Les artis chantent des chansons, écrivent des livres et jouent la comédie. On leur accorde beaucoup de place au Québec. Il y aurait même une séance d'adoration publique, le Gala Artis, une fois l'an. Les profs, ceux qui en temps normal enseignent aux étudiants, sont frustrés d'être devenus des 'baby boomers' et espèrent se transformer en jeunes par la magie de l'osmose. Même chose pour les parents. Y'a longtemps que nous, nous connaissons les limites de l'osmose, hihihi.

Quelles sont les revendications de ces groupes qui 'manif' ? Difficile à dire. Ça dépend à qui on s'adresse. Il y a trois Grands Pantoits pour parler au nom des étudiants. Le plus connu est Gabriel Nadeau-Dubois, que nous appelons, entre nous, le petit bonhomme vert. Il est tout petit et son teint commence à virer au vert. Il doit être épuisé. Il est partout à la fois. Il défie les lois de l'univers. On l'a vu en même temps sur la rue Ste-Catherine, à Tout le monde en parle et à la télé au Moyen-Orient. Il est fort. Mais pas toujours clair son message. C'est un porte-parole qui n'aurait pas le droit de parler. Étrange.

Alors, ces revendications? On mentionne souvent la hausse des frais de scolarité à l'université, minime à nos yeux et ne nécessitant pas de 'foutre le bordel (une nouvelle expression que j'ai apprise ici. Ça veut dire... oubliez ça. Ça veut rien dire.). Mais ce n'est pas tout. On est aussi contre le Plan Nord, un truc qui est supposé enrichir le Québec. Contre les banques, là où les habitants cachent leur argent une fois riches. Contre le Grand Capital - un voleur d'argent qu'on n'a pas encore croisé. Il se cache peut-être dans les banques. Et pour l'université gratuite. Nous sommes formels: Les Québécois n'aiment pas l'argent.

Mais s'ils n'aiment pas posséder ces morceaux de papier, pourquoi ne pas les donner aux universités ? Bonne façon de s'en débarrasser! Elles semblent savoir quoi en faire. Elles construisent des immeubles, font des voyages instructifs, et paient les profs, même quand ils n'enseignent pas, grâce à une déité qu'on appelle ici Saint-Dicat.

Il y a aussi les médias. Les médias sont là pour rapporter les faits. Certains rapportent ce qu'ils voient (fait curieux, personne ne voit la même chose), d'autres rapportent ce qu'il y a dans leur tête. La tête se trouve au haut du corps chez les femmes et au milieu du corps chez les hommes. Les médias, comme les artis, ont aussi leurs vedettes: Martineau (qui aime la sangria), Lagacé (lui, il travaille pour La Presse qui appartiendrait à un ami de John Charest. L'ami n'aurait-il donc aucune influence?), Ouimet (elle aussi à La Presse, mais elle est contre John Charest.), Bock-Côté (brillant celui-là, je suggère qu'on le ramène sur Pantoite10), Pratte (un Grand Pantois rationnel, ce qui est rare ces temps-ci), Gendron (pas assez d'espace dans ce rapport pour le décrire) et un dernier, Barbe qui écrit très bien, a de très beaux cheveux, mais perd facilement contact avec la réalité. Y'a pas de séance d'adoration pour eux. Mais nous croyons qu'ils en rêvent secrètement.

Les médias jouent un rôle important dans l'insurrection. Nous sommes d'avis que s'il n'y avait pas les médias, il n'y aurait pas d'insurrection.

On ne voit pas la fin de cette insurrection. Les étudiants qui ne veulent pas donner plus d'argent à l'université et exigent un gel. Normal, ici il gèle tout le temps et ça dure toujours longtemps. Nous avons aussi entendu le mot 'moratoire' mais nous pensons qu'il s'agit d'une erreur. Ce serait 'mort à soir'. Comme dans 'chu mort à soir d'avoir tourné en rond toute la journée au centre-ville.

Madame Beauchamp, une politicienne très cultivée qui aime beaucoup l'Italie, est la Grande Pantoite des universités. Elle, elle veut obtenir plus d'argent des étudiants. Fait étonnant, nous avons appris qu'elle est prête à leur donner beaucoup d'argent, qu'ils vont ensuite lui remettre. Pas certains de comprendre. Curieux pays. Nota bene: Pays n'est pas le bon mot, mais nous ne savons plus lequel utiliser. Ça aussi ça fait partie de revendications. Comme le gel, ça dure depuis très longtemps.

Avant de terminer ce rapport, nous devons parler du phénomène des médias sociaux. À première vue, ce sont des écrans sur lesquels les humains écrivent tout ce qui leur passe dans la tête pour le faire savoir à tout le monde qui possède aussi un écran. L'omniprésent GND semble s'y fier, car il a dit ne croire qu'à la rue et aux médias sociaux pour changer le monde. Les anciens médias ont très peur des médias sociaux, ce qui ne les empêche pas de les copier. On y pratique beaucoup ce qu'on appelle ici 'l'enflure verbale'. Une façon un peu pédante qu'a la commentatrice Ravary pour dire 'on exagère'.

Voyez par vous même, Ô Très Grand Pantoit :

'C'est notre printemps arabe; Charest est pire que Duplessis; Charest c'est notre Mobutu, Moubarak, el Assad (c'est selon); le sang coule dans les rues de Montréal; Charest (ou Beauchamp) a du sang sur les mains; tous des enfants-roi; seuls les gens de la gauche ont du coeur; y'a pas de droite au Québec, seulement de l'extrême droite; les riches ne paient pas d'impôts; les riches sont tous des crosseurs; la révolution vient de commencer; la CLASSE est un mouvement modéré; la démocratie est morte au Québec; les baby boomers nous ont confisqué notre avenir; les inscriptions à l'université vont chuter dramatiquement; les Juifs sont derrière ça, comme d'habitude; le gouvernement au complet est corrompu; Line Beauchamp déjeune avec la mafia - oups, ça c'est vrai -, le gouvernement veut tuer la pensée critique, privatiser le Québec, l'offrir sur un plateau d'argent aux Chinois, etc. etc. etc.

Je pourrais continuer longtemps, mais cela va vous lasser. Comme bien du monde ici, j'ai l'impression.

Alors, nous bouclons nos bagages et nous rentrons à la maison le plus vite possible. Vous savez quoi Ô Très Grand Pantoit ? Ils sont fous ces Québécois !

 

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