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Férus de sexe, mais pas addicts: voici les hypersexuels

19/05/2017 11:37 EDT | Actualisé 19/05/2017 11:37 EDT

Une activité sexuelle riche, tant dans sa fréquence et ses pratiques que dans la diversité de ses fantasmes, n'est pas forcément signe de déviance. Pour éviter les amalgames, il convient donc de parler dans ce cas d'hypersexualité et non de dépendance sexuelle.

L'hypersexualité pourrait se définir comme une activité sexuelle soutenue source de plaisir et d'épanouissement, nécessaire à l'équilibre psychique de la personne. C'est un comportement sain dans le sens où il est adapté à la personnalité de l'individu, à ses envies, à ses besoins. Dans la majorité des cas, il s'agit d'un choix de vie personnel, aucunement source de souffrance. Si certains peuvent ressentir un mal-être vis-à-vis de leurs conduites sexuelles, c'est souvent parce qu'elles entrent en conflit avec des valeurs morales ou religieuses. Cette détresse ne doit pas être confondue avec celle de l'addict sexuel qui dépasse largement les interrogations relatives à l'éthique personnelle.

Les mécanismes psychologiques qui sous-tendent ce type de conduites sont très variables d'un individu à l'autre. Une activité sexuelle riche peut être une manière de combler l'ennui, de relâcher la pression, de fuir un quotidien monotone. Elle peut aussi constituer un moyen de réassurance sur ses performances, sur sa capacité de séduction. Nombreux sont ceux qui, à travers des aventures passagères fuient des problèmes de couple (liés notamment à une perte de désir) , ou qui, à l'inverse, tentent de protéger un lien amoureux d'un appétit sexuel ne pouvant être comblé par un seul partenaire. Ces aventures sans lendemain peuvent être tendres et affectueuses ou bien déshumanisées, dans ce cas l'autre n'est qu'un objet de satisfaction de son propre plaisir. Cette dimension objectale de la relation n'est pas problématique chez l'hypersexuel qui reste par ailleurs capable d'investir profondément et durablement une relation ; ce qui n'est pas le cas pour l'addict dont les carences au niveau de l'attachement viennent immanquablement perturber le lien à l'autre.

Pour certains, le recours à la pornographie ou à des partenaires auxquels ils sont sûrs de ne pas s'attacher peut faire office de barrière contre toute tentation d'un nouveau lien externe. La pornographie peut aussi constituer un moyen de se livrer en fantasme à des pratiques que l'on n'assumerait pas dans la réalité, tout comme le choix de clubs spécialisés peut permettre de réaliser des fantasmes inassouvissables avec son conjoint.

Il est possible de voir dans la quête de gratifications sexuelles l'expression d'une insatisfaction permanente où le besoin d'avoir toujours plus implique de laisser libre cours à ses pulsions ; ne rien s'interdire. Précisons qu'il y a une différence entre laisser libre cours à ses pulsions et être, comme l'addict, dans l'incapacité à les réfréner. Cette caractéristique de la personnalité est souvent retrouvée chez les personnes de pouvoir. Le pouvoir est un fabuleux aphrodisiaque, beaucoup s'en servent pour se placer au-dessus des lois, qu'elles soient morales ou juridiques, et la sexualité n'échappe pas à cette inclinaison.

Un comportement hypersexuel peut être un choix de mode de vie durable ou bien correspondre à une période particulière de l'existence.

Un comportement hypersexuel peut être un choix de mode de vie durable ou bien correspondre à une période particulière de l'existence. Parfois il arrive qu'il soit l'amorce de difficultés à venir et glisse ainsi vers une dépendance. D'une démarche volontaire pour le plaisir, au fil des années, on passe à une conduite compulsive, échappant à la volonté, davantage dans le registre du soulagement. Les mécanismes de défenses autrefois adaptées ne suffisent plus pour assurer l'équilibre psychique de la personne et elle va trouver dans le sexe une échappatoire aux conflits majeurs émergents.

S'ils ne peuvent pas être confondus, les hypersexuels et les addicts sexuels ont néanmoins en commun certains traits de personnalité. Parmi ceux qui les caractérisent le mieux se trouve la recherche de sensations. Selon la définition de Zuckerman, ce trait implique "le besoin d'expériences et de sensations variées, nouvelles, complexes, et la volonté de s'engager dans des activités physiques et sociales risquées, expériences recherchées pour elles-mêmes". La recherche de sensations est ainsi la première explication de nos différences d'attitudes envers le hasard et le risque : c'est par besoin de fortes stimulations que l'on s'exposerait à des situations dangereuses. La prise de risque est vécue comme une épreuve que l'on peut traverser avec succès, voire à l'extrême comme une séquence de mort suivie de résurrection. C'est le principe des conduites ordaliques : risquer sa vie au sens littéral ou figuré, s'en remettre au hasard, à la chance, pour en sortir victorieux, prêt à une nouvelle vie.

Cette mise en danger a toujours deux facettes : abandon ou soumission au verdict du destin, mais aussi tentative de maîtrise, de reprise du contrôle de sa vie. Il s'agit d'un risque choisi et non subi, les personnes en attendent un mieux-être même s'il n'est pas forcément conscient. La notion même de mise en danger est biaisée, car elles ont le sentiment de maîtriser la situation, ce qui modifie nécessairement leur rapport au risque.

Le risque peut être de différentes natures : risque mortel au sens propre ou mort symbolique familiale, sociale ou professionnelle. Il existe ainsi une part transgressive d'une forme de loi sociale dans cette fuite en avant. On élude les choses censées nous rendre heureux aux yeux de la société, les messages de santé publique de prévention pour certains, on remet en cause la loi établie pour interroger une loi supérieure divine. Cet attrait pour la transgression rejoint la recherche de sensations dans le sens où transgresser procure pour certains un sentiment d'excitation.

C'est bien sûr dans l'histoire personnelle de la personne qu'il faut chercher le sens des conduites ordaliques. Généralement, il s'agit de tentatives de réparation de carences infantiles ou bien d'une réaction à la suite d'un événement traumatique où la personne a cru mourir. L'individu va interroger le destin ou le hasard pour justifier son droit à vivre, il va tenter de fonder la légitimité de sa propre existence, de prouver sa valeur, dans une démarche solitaire en se confrontant à la loi morale, sociale ou judiciaire.

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