Au département de Lettres et Communication de l'Université de Sherbrooke, la grève générale des étudiants a débuté la veille de la semaine de congé hivernal. Quelle étrange idée de commencer un mouvement de solidarité étudiante juste avant que chacun retourne chez soi ! Cela a de quoi étonner le Français que je suis. Chez nous, la grève étudiante est un métier que certains syndicats politisés pratiquent avec brio. Les assemblées générales sont légion, le piquetage est un incontournable et le vote, une tartuferie.
L'excellence au Québec
Je ne suis pas journaliste. Voilà pourquoi j'exposerai seulement et simplement la situation qui me concerne : une situation inédite. J'appartiens à une formation française récemment créée à l'IUFM d'Aix-Marseille Université, sous la direction de la professeure Véronique Rey. Elle vise à produire les premiers rédacteurs professionnels diplômés de France. A cette fin, la dernière partie de la maîtrise se déroule à l'UdeS, sous la direction de la professeure Céline Beaudet. Une première audacieuse pour un diplôme : il nécessite deux continents pour être complété.
L'Hexagone envoie ses jeunes gens acquérir, le temps d'une session, l'expérience québécoise dans la rédaction. Je suis donc venu apprendre l'écriture de communication dans la région de l'Estrie. Voilà qui risque de vous surprendre ! Grâce à l'influence des pays anglo-saxons, où l'enseignement de l'écriture professionnelle et universitaire existe depuis longtemps, les universités de la Belle Province ont développé des compétences de premier ordre dans le domaine. Et elles font pâlir d'envie les cousins du Vieux Continent.
Seule ombre au tableau : ma session est compromise par la grève. Et je partage cette situation embarrassante avec nombre d'étudiants étrangers ou en échange universitaire. Venir étudier au Québec demande beaucoup de sacrifices. D'abord, il faut considérer l'investissement financier, comprenant l'argent pour se déplacer, se loger, se nourrir et étudier. Dans le cadre de conventions inter-universitaires gérées par la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ), les droits d'inscription sont dus à l'université d'origine, ce qui allège sensiblement la facture pour certains d'entre nous. Ensuite, il faut tenir compte d'un investissement moral. Quitter sa famille, ses amis, sa moitié, voire son animal de compagnie : tout cela se paie en mélancolie, en larmes, en coups de téléphone et en heures passées sur Skype à discuter avec un écran d'ordinateur. Enfin, il faut envisager un dernier sacrifice, et non des moindres : abandonner la douceur de vivre du climat méditerranéen pour les températures extrêmes du Saint-Laurent. Certes, ces sacrifices sont librement consentis et motivés par le désir d'enrichir son curriculum vitae. Néanmoins, je dois avouer une certaine frustration à ne plus pouvoir suivre les enseignements pour lesquels j'ai traversé l'Atlantique. Je dois aussi concéder une certaine crainte de ne pas être diplômé et d'avoir fait tous ces sacrifices pour rien.
L'université française en déclin
L'éducation et l'excellence que je suis venu acquérir dans votre pays ont un coût. La qualification, la disponibilité des enseignants, ainsi que l'équipement, la propreté des locaux et des bibliothèques, tout cela se paie. Le modèle français pourrait servir de contre-argument aux étudiants-grévistes arborant le carré rouge comme signe de ralliement. Ils seraient mal renseignés. En effet, l'université française, quasiment gratuite, est reconnue pour péricliter doucement mais sûrement au profit des Grandes Écoles et des structures privées ; le financement de l'État ne suffit plus à maintenir des formations de haute qualité et des établissements en bon état. Le cliché des amphithéâtres totalement délabrés et sans chauffage, remplis par 500 étudiants, n'en est pas un : je l'ai vécu.
Depuis quelques années, le phénomène d'autonomisation des établissements d'études supérieures a débuté ; l'État se retire du budget des universités, qui doivent par conséquent se financer par leurs propres moyens. Les droits d'inscription augmentent chaque année, petit à petit. Bientôt, forcément, nous paierons les mêmes montants que les étudiants québécois.
À Sherbrooke, les enseignants écoutent les étudiants, passent du temps à corriger les devoirs. À Sherbrooke, la surcharge des classes n'existe pas, les groupes réduits permettent un travail efficace, des discussions enrichissantes. À Sherbrooke, les ressources sont légion, les bibliothèques bien fournies et les laboratoires informatiques disponibles en tout temps.
Il importe donc d'entretenir la bonne réputation des universités québécoises pour continuer à attirer le monde entier dans ce bastion francophone d'Amérique du Nord. En 2011, la France a reculé sur ce point. Avec la « circulaire Guéant », portant le nom du ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, les étudiants étrangers se voient accorder des visas de travail plus difficilement qu'auparavant. La loi fut très critiquée par les intéressés et les présidents d'université ; ce type d'immigration est pourtant une grande richesse dont nous aurions tort de nous priver. Souhaitons que le Québec ne s'aligne pas sur ce modèle !
L'avenir plutôt que l'utopie
Depuis 25 ans, l'accès à l'université s'est démocratisé, et les étudiants s'inscrivent chaque année plus nombreux. Entretenir cette foule en quête de savoir coûte cher. Il faut des solutions viables et non pas seulement des cris et des banderoles. Se battre pour la gratuité de l'éducation universitaire m'apparait un non-sens. Le temps de l'opulence est achevé depuis des lustres et l'État-Providence ne peut plus assumer toutes les dépenses. Le combat juste devrait privilégier la conservation des acquis actuels et l'amélioration des conditions d'études. La gratuité n'engendrerait qu'une dégradation du système. L'université québécoise pourrait alors prendre le chemin fâcheux de l'université française. Chers hôtes, je souhaite vous dire : il ne faudrait pas que vous vous priviez du rayonnement international de l'enseignement dans la langue de Vigneau et Tremblay au Canada. Vous possédez et devez entretenir un atout que la France semble abandonner.
Sans cette excellence, des professeurs français et québécois n'ambitionneraient pas d'installer une formation en rédaction professionnelle de haute qualité entre nos deux pays. Alors, je vous le demande, étudiants et étudiantes du Québec, ne vous battez pas pour une utopie. Luttez pour conserver ce qui attire le monde chez vous, revendiquez pour préserver vos richesses, manifestez pour l'avenir.
Si j’aurais été étudiant ça fait longtemps que j’aurais poursuivi mon Université pour BRIS DE CONTRAT pour avoir manqué à son OBLIGATION de me livrer les cours qu’elle s’est engagée de me donner lors de mon admission. Il EXISTE UN CONTRAT entre l’étudiant et l’Université qui est une corporation indépendante: les clauses types du contrat se définissent comme suit : l’étudiant paie les frais de scolarité et respecte le code vie et les règlements académiques en échange de quoi l’institution lui livre les cours qu’elle a annonce. L’institution a failli à la tâche en ne mettant pas les associations étudiantes a leurs place.
Lien
http://www.justice.gouv.qc.ca/francais/publications/generale/creance.htm
pourquoi votre lien mène-t-il aux petites créances ?
Ici, nous faisons face à des consommateurs qui trouvent le produit offert trop cher pour leurs moyens financiers. Alors ils le boyottent. Un coup parti, ils se souviennent que l'accessibilité aux études supérieures est un droit pour tous.
Votre lien devrait plutôt mener à la Cour supérieure du Québec pour un recours collectif.
Si j'aurais su, j'aurais pas venu.
J'ai pu voir l'agressivité de plusieurs étudiants français pro carrés rouges, dont l'argument clé était "nousn en france, l'éducation est gratuite", le comble absolue de l'hypocrisie.
En effet, il y a bien une raison pr laquelle les universités québécoises accueillent de plus en plus de français, et c'est bien souvent pour la qualité de l'enseignement. Si en France c'est si génial, pourquoi venir au Québec?
Sauf qu'en France, primo, on paye déjà, il ne faut pas croire, 400 euros par an, + le coût de la vie exorbitant alors qu'il est très abordable au Québec, et sinon, dans bien des facs, on s'assoit par terre, et n'espérez pas ne serait ce qu'aborder de loin le professeur. Si vous n'avez pas compris, c'est pareil.
Alors, messieurs les grêvistes, comparez tout ce qu'il y a à comparer, et non pas juste ce qui vous arrange.
Après, dans l'autre sens, c'est la politique du Québec qui veut attirer un maximum de francophones afin de contrer la monter des anglophones dans la province.
J'aime croire que les étudiants étrangers s'intéressent au Québec pour plus que ça (et je sais que plusieurs le font, vous devez être l'exception). Par exemple pour sa société complexe, en pleine ébullition, en pleine réflexion sur son avenir, dont vous avez la chance de vivre une période historique. D'ailleurs, cette chance que vous avez ne vous coûte absolument rien, et coûte 11 156$ aux contribuables québécois (approximation selon les chiffres de Line Beauchamp).
Le système français n'est pas un modèle pour les étudiants qui s'opposent à la hausse des frais de scolarité, rassurez-vous. Ce système à deux vitesses, où ceux qui en ont les moyens vont dans les grandes écoles et les autres se contentent du système public de moins en moins financé par l'État, ça représente exactement la logique contre laquelle nous nous battons.
Enfin, pour ce qui est de donner des leçons... Merci bien, j'en ai assez des Français qui refont encore et toujours leurs réputation de personnes hautaines qui croient tout savoir. Non, je ne fais pas de racisme primaire... Je suis moi-même Française et ai vécu un bon nombre d'année à Québec.
Alors pour finir, sois un peu solidaire, surtout que tu as toi-même bénéficié d'une éducation à bas prix, voir gratuite toute ta vie !
Et pour ce qui est de ta rancœur, pense un peu au bien commun !
Merci
Blagues à part, j'espère que votre critique saura rejoindre les leaders grévistes afin d'élargir d'avantages leurs horizons. Même si je trouve que les dépenses des universités frôlent parfois l'arrogance, il faut en venir à l'évidence que les coûts reliés à leur mises à jour sont énormes et que l'éducation supérieur à un prix. Je pense que le système d'éducation québécois est mûre pour une grande réingénierie et que la grève étudiante aura permis de mettre cette évidence en avant plan. Mettant que les leaders politiques ont pris conscience du problème, je crois que les étudiants peuvent retourner en classe.
Bref, merci d'apporter votre point de vue.
http://minarchiste.wordpress.com/2012/02/20/analyse-du-modele-scandinave/