C'est un air connu: les baby-boomers vieillissent et leur nombre seul suffira à faire crouler notre système de santé lorsqu'ils atteindront l'âge d'or.
Le raisonnement semble logique, mais il est faux. Examinons les faits.
1. Le vieillissement de la population entraîne des coûts prévisibles et gérables
Plus on vieillit, et plus on risque de fréquenter les services de santé. C'est un fait indéniable. Néanmoins, toutes les études publiées au Canada depuis 30 ans démontrent que l'âge n'exerce qu'une pression faible et prévisible sur les coûts de la santé (moins de 1 % des dépenses annuelles de 2010 à 2036).
Si ce n'est pas la faute aux baby-boomers, à quoi attribuer les pressions financières que subit notre système de santé?
2. L'augmentation des consultations auprès des médecins spécialistes et des examens
diagnostiques font grimper les coûts de la santé
D'après des recherches récentes, la fréquentation accrue des services de santé a une incidence deux fois plus importante sur les dépenses que le vieillissement de la population.
En d'autres termes, même si le vieillissement exerce une certaine pression sur les coûts, le type et le nombre de services dispensés aux membres de tous les groupes d'âge sont un facteur beaucoup plus important.
Dans un article récent publié dans la revue scientifique Politiques de santé, mes collègues et moi avons examiné les sommes investies dans les services dispensés par les médecins sur une période de 10 ans. Nous avons décelé deux grandes tendances. La première, c'est que dans l'ensemble, les gens consultent un plus grand nombre de médecins qu'avant. En particulier, ils sont aiguillés plus souvent vers des spécialistes.
Plus notable encore est la multiplication des examens diagnostiques : en effet, on fait subir un plus grand nombre de tests de laboratoire, de tomodensitogrammes et d'examens par imagerie qu'auparavant. En Colombie-Britannique, par exemple, le nombre de personnes ayant subi ce genre d'examens a augmenté de 6 % de 1997 à 2006. Cela représente 260 000 personnes de plus, un chiffre qui fait grimper de façon appréciable la facture des soins de santé. Et il n'y a aucune raison de croire que la situation est différente dans d'autres provinces sur ces deux points.
3. Quantité des soins n'est pas toujours synonyme de qualité des soins
On peut s'interroger sur les raisons pour lesquelles le système de santé évolue de cette façon et, plus important encore, se demander si cette évolution améliore véritablement l'état de santé et la qualité de vie : ce sont des questions auxquelles il est difficile de répondre.
La multiplication des examens nous permet-elle de vivre en meilleure santé et plus longtemps? L'augmentation des renvois à un médecin spécialiste est-elle inévitable, ou la conséquence prévisible d'un système de santé mal organisé et surutilisé?
Malheureusement, il n'y a pas de réponses simples à ces questions. Néanmoins, on peut affirmer que certains faits culturels importants sont en jeu.
Nous aimons la nouveauté. Et si une chose est bonne pour nous, pourquoi s'en priver? Des tests de dépistage, des méthodes de traitement et des examens nouveaux sont constamment mis au point; nous voudrions qu'ils soient introduits rapidement pour pouvoir en profiter.
Or nous oublions trop souvent que les soins de santé comportent certains risques : tous les médicaments ont des effets secondaires; plusieurs formes d'imagerie nous exposent aux rayonnements; les interventions chirurgicales peuvent donner lieu à certaines complications. Même le fait de recevoir un diagnostic de maladie chronique peut avoir un effet négatif sur notre attitude générale à l'égard de la vie.
On trouve plein de travaux de recherche qui démontrent qu'un recours accru aux spécialistes, aux examens diagnostiques et aux techniques d'imagerie ne donne pas forcément de meilleurs résultats. Car quantité des soins n'est pas toujours synonyme de qualité des soins.
Le mot de la fin
Le temps est venu de cesser d'accuser les baby-boomers. Il faut élargir le débat au rôle que joue la technologie et soupeser les mérites et les risques éventuels associés à une multiplication des examens diagnostiques. Et il faudra déterminer si notre fréquentation de plus en plus soutenue des services de santé constitue le meilleur moyen de dépenser les fonds dont nous disposons.
Si les régimes de retraite des travailleurs de la construction retraités vont mettre en faillite les travailleurs de la construction de demain, j'ai beaucoup de difficulté à digérer votre «argument» des «coûts prévisibles et gérables».
Permettez moi de vous suggérer d'écouter l'entrevue du Dr. Dupagne sur France inter
http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-comment-survivre-aux-medecins-aux-hierarchies-et-a-notre-societe
Très intéressent et pertinent.
J'ai comme l'impression qu'on vit un cercle vicieux. La médecine est devenue une grosse business et nous sommes ses consommateurs. Les jeunes sont stressés, parfois un peu dépressifs, et ils développent des bobos de toutes sortes, alors il leur faut des médicaments. Plutôt que de leur conseiller de marcher tous les jours, de faire du jardinage, du yoga ou d'acheter un chien, on les bourre de pilules. Ils ne sont pas moins stressés ou malheureux, mais ils ne le sentent plus les bobos. Ils sont gelés, alors ils continuent à prendre des pilules, plutôt que de rechercher d'où vient le problème et comment le solutionner.
Les médecins ne font que suivre la tendance car il est dangereux d'être trop contestataire dans ce domaine.
Et notez que malgré tout ce qu'on annonce comme progrès, dans la réalité le taux de survie au cancer a très peu augmenté depuis les années 90 malgré la détection précoce et systématique de certains cancers.
Cette très légère apparente progression se fait au dépens de la qualité de vie des malades qui sont souvent complètement amochés par ces traitements débilitants et tout aussi en attente de rechute que s'ils ne les avaient pas fait , dans bien des cas.
Dans les deux dernières années, j'ai refusé plusieurs milliers de dollars de traitements de radio et chimio thérapies qui ne me donnaient en fin de compte et après des vérifications intensives, que de minuscules avantages additionnels.
Je me félicite tous les jours de l'avoir fait car maintenant, après deux chirurgies majeures, tout fonctionne très bien sans aucune séquelle, ce qui n'aurait certainement pas été le cas si j'avais suivi les recommandations médicales.
SI j'ai une rechute, au moins je me satisfais de penser que tous mes systèmes fonctionnent bien sans aucune médication et je suis prêt à y faire face s'il y a lieu.
J'ajouterais que j'ai reçu les meilleurs soins qu'il soit possible de recevoir et je n'ai que des félicitations pour le chirurgien et le personnel soignant .
Merci à notre système de santé.