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Parce que personne ne veut des employés avec des p'tits bobos!

23/01/2017 08:25 EST | Actualisé 23/01/2017 09:21 EST

On ne choisit pas de s'acheter un bâton de hockey fêlé, il le devient avec l'usure, avec l'utilisation que l'on en fait, et avec la charge de travail qu'on lui donne. Nous l'utilisons et il apporte une contribution au rendement que l'on peut offrir.

Lorsque nous magasinons un bâton de hockey, nous cherchons à la fois flexibilité et souplesse, mais nous regardons surtout pour une résistance au stress nous permettant ainsi d'utiliser le bâton au maximum de ses capacités, sur une longue période de temps. Pas le choix, à 200 $ le bâton, nous ne voulons pas acheter des cure-dents.

Quoi que maintenant en pause parentale, j'ai pratiqué le hockey du niveau novice au niveau midget tant BB, AA, et même AAA. J'étais gardien de but, je le suis encore d'ailleurs. Vous ne pouvez même pas vous imaginer combien de fois j'ai dormi avec mon bâton de gardien, qui soit dit en passant est beaucoup plus gros que celui des joueurs. Peu importe, je sais que mes coéquipiers faisaient la même chose...

Je ne suis pas issu d'une famille bien nantie, mais on s'en fout. Je ne changeais pas de bâton à tous les mois. Pas parce que je ne le voulais pas, mais bien parce que mon père n'en avait pas les moyens. Pas grave! Je peux vous jurer que mon premier bâton était tout aussi magané que mon 2e (nous avons toujours un bâton de rechange au cas où...) mais ça ne m'empêchait pas d'y être attaché et de performer.

Mon bâton c'était tout! Mon bâton subissait tout. Il encaissait, il frappait, il dégageait, dans le fond il faisait ce que je lui demandais de faire. Il remplissait ses fonctions, d'où l'achat...

Passionné, je frappais vigoureusement mes poteaux avec celui-ci pour repérer mes angles. Frustré, je frappais sauvagement la glace après avoir accordé un but. J'entends encore mon père me dire après les parties de faire attention à mon bâton et de moins utiliser le talon de la palette. Mon style faisait en sorte que mon bâton se fendait au niveau du talon, conséquemment le bois s'effritait et que je le veuille ou non, mon bâton se fendait. Lorsque je recevais un lancer sur la partie plus élargie de mon bâton, ça résonnait et mon avant-bras amortissait la vibration du bâton, signe qu'il était en fin de vie.

Arrivé à la maison, je mettais de la colle à bois et deux serres sur le talon. L'affaire était Ketchup! Même fêlé, je prolongeais sciemment son existence et son utilité. Mon bâton devait réellement être brisé en deux pour que je lui fasse mes adieux... et encore là!

Regardez-vous dans le miroir!

Dans le merveilleux monde du travail, nous retrouvons beaucoup de bâtons fêlés. Nous retrouvons des employés fragiles dans toutes les organisations. S'il vous plaît, ne me faites pas croire, ne vous faites pas croire, que ces employés étaient déjà tous défectueux, tous en fin de vie, tous fragiles, avant de rejoindre vos rangs. Car si c'était le cas, ils n'auraient même pas passé le stade de l'entrevue.

Le Québec est le champion en matière de médicaments et de prescriptions. Plus de la moitié de la population bouffe des pilules pour déjeuner, c'est un fait. Ce qui est aussi un fait, c'est que nous croyons que ce problème n'existe pas ou bien demeure à la maison lorsque nous sortons pour nous rendre au travail.

Pourtant, prenez deux minutes, regardez autour de vous et vous constaterez que probablement plus du tiers de vos collègues prennent des médicaments en ce moment. Soit pour éviter l'épuisement professionnel, soit parce qu'ils se remettent d'un épuisement professionnel, ou bien soit parce que ça ne va tout simplement pas bien.

Ici, je ne parle pas de ceux qui ont une condition médicale ou bien des antécédents médicaux qui nécessitent une prise de médicaments. Ici, je parle des gens qui deviennent fragiles avec l'usure et l'utilisation que l'on fait d'eux sur les lieux du travail, un peu comme l'histoire du bâton qui fêle susmentionnée.

Parfois, nous en demandons ou bien nous exigeons tellement de nos employés qu'ils se fragilisent avec le temps. Les problèmes ici se situent à plusieurs niveaux. D'une part, beaucoup de gestionnaires et dirigeants se foutent de la santé et du bien-être de leurs employés. S'ils se tapent un burn-out, c'est de leurs fautes puisqu'ils sont faibles. D'autre part, certains sont sensibles à ce phénomène bien réel, mais ils ne savent tout simplement pas comment aborder la question ou bien comment agir, donc ils préfèrent s'en remettre au facteur temps.

Mais le pire, ce n'est pas tant qu'on s'en fout ou bien qu'on décide de ne rien faire, mais bien que nous vivons dans une société de consommation et que le réflexe de se débarrasser de quelque chose dès que nous voyons un signe de faiblesse et de le remplacer sans réellement se questionner est totalement incrémenté dans nos mœurs.

Qu'on le veuille ou non, le consumérisme matériel, l'interchangeabilité des outils et la dégénérescence de l'utilisation et de la durée de vie des objets ont malheureusement trouvé écho dans le merveilleux monde du travail.

Comme le bâton qui fêle, l'employé fragile est souvent mis de côté, s'il n'est tout simplement pas remplacé... Pourtant, vous le chérissiez il n'y a pas si longtemps.

Avant de changer de bâton à tous les mois, questionnez-vous sur la façon dont vous utilisez l'outil ou la ressource. Le problème n'est peut-être pas le bâton, mais plutôt la façon dont vous vous comportez avec...

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