LES BLOGUES

Comment perdre 80 000$ en entrevue

Il n'y a pas que l'argent qui a une valeur puisque la parole est une richesse.

27/11/2017 09:00 EST | Actualisé 27/11/2017 10:18 EST
Ivanko_Brnjakovic via Getty Images

Dès mon plus jeune âge, mon attrait marqué pour les brunes peut probablement être à l'origine de mon manque d'intérêt envers Larousse, comparativement à celui que j'ai développé pour le Petit Robert, suivi du Robert, alias Bob! Lorsque nous sommes plus jeunes, il n'en faut que peu pour tirer un trait entre l'attrait et le retrait.

Dans ce monde de correcteur automatique, d'obsolescence du papier, réformé par l'extinction sauvage de l'acte d'écrire avec un crayon, il est vrai que les gens savent de moins en moins écrire. Peut-être est-ce dû aux faits qu'ils écrivent moins, qu'ils aient cessé de développer un goût ou un intérêt pour écrire, peut-être n'y voient-ils plus la nécessité d'écrire, peut-être parce que l'on ne leur demande plus de le faire, ou bien peut-être avons-nous abdiqué parce que l'on a cessé de les éduquer et de leur inculquer la valeur créatrice et la force des mots, parce que beaucoup d'entre eux se sont rendu à l'évidence qu'ils ne savaient pas écrire.

Pourtant, nous avons tous quelque chose à dire.

On parle comme on écrit et nous écrivons comme nous parlons et cela se reflète évidemment dans la façon dont nous lisons. Cela se remarque aussi, tant dans le type de conversation que nous avons, que dans la qualité du contenu que nous échangeons. Dans le merveilleux monde du travail, le choc est parfois brutal.

Souvent, nous utilisons des noms communs ou des qualificatifs sans même savoir ce qu'ils signifient.

Malheureusement, notre vocabulaire est de plus en plus limité, et notre dictionnaire personnel l'est encore plus. Souvent, nous utilisons des noms communs ou des qualificatifs sans même savoir ce qu'ils signifient. Souvent, nous hochons de la tête, lors d'une conversation, lorsque notre interlocuteur utilise un mot qui nous est inconnu, ou pis, que nous connaissons la définition dudit mot et comprenons que son utilisation est hors contexte. Mais, nous ne disons rien, parfois...

Ce qui m'amène à poser une question toute simple : quand avez-vous ouvert ou utilisé un dictionnaire pour la dernière fois? Parce qu'y avoir été dans l'un peu plus compliqué, j'aurai parlé du Bescherelle. Plus sérieusement, beaucoup d'entre nous n'avons pas ouvert un dictionnaire depuis que l'on a cessé de nous l'obliger à la polyvalente, et encore là...

À l'âge où nous sommes dans notre vie professionnelle, penser redévelopper ce réflexe est illusoire, j'en conviens. Mais parfois, je dis bien parfois, il serait bien de faire l'exercice. Ne serait-ce que pour donner du sens à ce qu'il y a d'inscrit sur votre CV, et davantage de sens lorsque vous tentez de l'expliquer en entrevue, alors que vous tentez de vous vendre en même temps? Très souvent emporté par un élan de passion, à la seconde que les mots sont prononcés, on réalise rapidement (espérons-le) qu'une erreur vient de se glisser dans la conversation. À la fin du périple, ces erreurs laissent place à l'interprétation ou bien à des questionnements, et ça bien évidemment si vous ne vous êtes pas déjà vous-mêmes sortis du processus de sélection.

Plutôt que d'avoir un salaire de 80 000$, ton adjectif pourrait t'avoir coûté 80 000$.

Ceci me fait penser à l'histoire vécue d'un gars de 17 ans, qui, au téléphone, répond à la fille qu'il a follement hâte de voir qu'il appréhende grandement cette rencontre. Connaissant la définition du verbe transitif utilisé, ai-je besoin de vous dire que cette sortie n'a jamais eu lieu, et que ce n'est que quelques mois plus tard que le gars a saisi la raison.

Il n'y a pas que l'argent qui a une valeur puisque la parole est une richesse.