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Le Massacre de Jérémie, un roman-catharsis

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Le massacre de Jérémie est fondé sur des faits réels. À la suite d'une invasion dans le sud d'Haïti, organisée par treize jeunes opposants au dictateur Duvalier, celui-ci décide de les éliminer et, en représailles, il fait massacrer les membres de leurs familles.

Comme tant d'autres de ses compatriotes, Philippe Rivière avait quitté Haïti, son pays natal. Il vit à Paris lorsqu'il apprend la nouvelle. Il rentre alors à Port-au-Prince et devient l'homme de la vengeance.
Gary Klang et Anthony Phelps nous entraînent avec Rivière dans une poursuite haletante.

Véritable thriller, Le massacre de Jérémie témoigne de la barbarie du duvaliérisme.

Entrevue avec les deux auteurs, Gary Klang et Anthony Phelps

Le massacre de Jérémie est dédié aux victimes du duvaliérisme. Pourriez-vous nous expliquer pourquoi ?

Anthony Phelps : Nous avons dédicacé cette réédition de notre roman aux victimes du duvaliérisme, afin que les Haïtiens se souviennent de ces dictateurs qui ont terrorisé toute une population pendant près de 30 ans. Qu'ils se souviennent également de ces braves qui ont osé faire face à une armée de tontons macoutes. En 1973, j'avais d'ailleurs dédicacé mon premier roman, Moins l'infini, aux camarades qui avaient tenté, en 1964, d'installer la guérilla dans le sud d'Haïti. Cette dédicace est donc un devoir de mémoire.

Gary Klang : Le massacre de Jérémie est un roman-catharsis, en ce sens qu'il venge, au plan symbolique, les milliers de victimes de la barbarie duvaliériste. Étant donné que la justice haïtienne n'a jamais rien fait pour ces dernières et que les criminels courent encore impunément, notre roman le fait par la littérature. Et c'est d'une importance capitale, car il voudrait réaliser ce que les Grecs appelaient la catharsis, c'est-à-dire, l'apaisement des douleurs, voire la guérison par la parole ou l'écriture, ce qu'a fait Nelson Mandela après l'apartheid.

30 ans après sa parution sous le titre Haïti ! Haïti !, votre roman va avoir une deuxième vie. Pourquoi avoir changé le titre ?

Anthony Phelps : Quand notre manuscrit a été prêt, Gary Klang et moi nous l'avons soumis aux éditions Libre Expression de Montréal. Il a été accepté mais la directrice a tenu à changer son titre, Aller simple pour Port-au-Prince pour Haïti ! Haïti !, disant que cela ne pourrait qu'attirer les acheteurs.

Pourquoi avoir opté pour le thriller - et en ce sens vous êtes des précurseurs - alors que, en 1985, année de la première parution de votre roman, ce genre n'était pas pratiqué dans les Caraïbes et au Québec ?

Gary Klang : Notre roman est effectivement le premier thriller haïtien, québécois ou caribéen. J'adorais Ludlum, Forsythe et James Hadley Chase, les plus grands maîtres du thriller et du polar. Ces deux genres, très proches, utilisent la technique du suspense, extrêmement difficile ; et, soit dit par parenthèse, un grand nombre de romanciers actuels, qui ont l'art de faire tomber leurs productions des mains de leurs lecteurs, auraient tout intérêt à s'intéresser à ces grands auteurs-là. J'ajouterais que Le massacre de Jérémie est bien plus qu'un thriller, vu qu'il intègre, en plus d'une action ininterrompue, un travail purement littéraire, autrement dit le style, les images, l'arrière-plan politique et historique, etc.

Antohny Phelps : Jeune, je lisais beaucoup. Dans un premier temps, les livres de la bibliothèque de mon père, puis de la bibliothèque des classes de l'Institution Saint Louis de Gonzague, ensuite, ceux que j'achetais avec mon argent de poche. Je lisais des romans d'aventures, d'espionnage, des romans d'amour. Plus tard ce fut le tour des romans littéraires non seulement de France, mais de l'Amérique latine, des États-Unis et autres. En 1982, l'un des guérilleros haïtiens, qui avait fait le coup de feu en République Dominicaine, arriva à Montréal. À cette époque, j'avais déjà fait la connaissance de Klang et nous étions des lecteurs fidèles de certains romanciers étatsuniens, auteurs de thriller. Nous avons pensé qu'il serait intéressant de prendre contact avec ce guérillero. Celui-ci accepta de nous accorder une entrevue pour nous raconter ce qu'il avait vécu dans les maquis de la République Dominicaine, où de jeunes Haïtiens s'entraînaient en vue d'une invasion d'Haïti, pour renverser le dictateur. Nous avions l'intention de publier cette entrevue dans une revue haïtienne de Montréal, mais en cours de route l'idée nous est venue d'utiliser une partie de ce matériau pour écrire un roman.

Pour vous qui êtes des opposants au duvaliérisme, avec la mort de Baby Doc est-ce vraiment la fin du macoutisme et quelle sera l'Haïti de demain ?

Anthony Phelps : Fin du macoutisme en Haïti ? Le macoutisme à la Duvalier est terminé. Cependant il faudra changer une certaine mentalité, celle de croire qu'on a le droit de tout faire, en toute impunité.

Gary Klang : N'étant pas prophète, j'ignore ce que sera l'avenir d'Haïti, mais ce que je crois c'est que l'esprit macoute a imprégné ce pays en profondeur après les 30 ans de dictature du père et du fils (j'espère qu'il n'y aura pas de saint esprit). Duvalier père avait dit : Je suis là pour cent ans. Je crains qu'il n'y ait du vrai dans sa prédiction. Espérons cependant qu'il s'est trompé, mais ce qui m'inquiète c'est que je ne vois aucune vraie volonté politique en Haïti. Il n'y a hélas pas de Nelson Mandela dans ce pays.

Prévoyez-vous des rencontres en Haïti, d'autant plus que ce roman est une catharsis pour les Haïtiens ?

Gary Klang : J'espère qu'il y aura beaucoup de rencontres en Haïti. Signalons déjà une invitation déjà pour le mois de mars à Port-au-Prince. Peut-être, qui sait ?, que la ville de Jérémie nous invitera elle aussi.

Ce récit haletant, où le suspense rythme toutes les pages, aimeriez-vous le voir porté à l'écran, ce qui serait une troisième vie ?

Antony Phelps : Un film avec ce roman ? Pourquoi pas. Tous les ingrédients sont là : L'amitié, l'amour, la violence, le suspense.

Gary Klang : Mon souhait pour 2015 : voir notre roman à Hollywood !

Anthony Phelps, né en Haïti, est membre du groupe Haïti Littéraire. Il vit au Québec depuis 1964. Son œuvre, traduite en plusieurs langues, comprend une trentaine de titres : poésie, romans, nouvelles et une quinzaine de disques de poésie.

Gary Klang est né en Haïti et vit au Québec depuis 1973. Docteur ès lettres de la Sorbonne (thèse sur Proust) et auteur d'une vingtaine d'ouvrages : romans, poèmes, essais, nouvelles... Son dernier roman, Monologue pour une scène vide, a paru en 2013 chez Dialogue Nord-Sud.

Le massacre de Jérémie - opération vengeance, Gary Klang et Anthony Phelps, éd. Dialogue Nord-Sud, Montréal ; le lancement aura lieu à Montréal, au Centre Na Rive, le samedi 24 janvier, à partir de 14 h.

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